Les dirigeants étrangers au défilé de la fête de la Victoire à Moscou

Crédit : Mikhaïl Japaridze/TASS

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La Russie a célébré le 9 mai le 70ème anniversaire de la Victoire dans la Seconde guerre mondiale. Elle avait convié les dirigeants de soixante-huit pays à la fête, mais moins de la moitié sont venus : presque toute l’Europe a décliné l’invitation. Selon les experts, le défilé a été politisé. Seuls ceux qui sont prêts à coopérer avec la Russie se sont affichés sur la place Rouge.

La Russie a organisé le 9 mai à Moscou un défilé militaire à l’occasion du 70ème anniversaire de la Victoire. Pour cette fête, célébrée cette année en grande pompe, elle a invité les dirigeants de soixante-huit pays et de grandes organisations internationales. Toutefois, plus la date solennelle approchait, plus la liste des participants s’amenuisait : les raisons les plus couramment invoquées pour décliner l’invitation du Kremlin furent la position de Moscou dans le conflit ukrainien et le choix d’autres activités pour cette journée.

Au final, la place Rouge a accueilli les chefs d’Etat ou de gouvernement de vingt et un pays, principalement les partenaires de la Russie au sein du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et les dirigeants de la plupart des pays ayant fait partie de l’Union Soviétique, ainsi que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Si la quasi-totalité des leaders de l’Union européenne, ainsi que le président américain, se sont abstenus de venir à Moscou, ils y ont néanmoins envoyé un représentant. Seul le président tchèque Milos Zeman a brisé le consensus européen en assistant au défilé. « La décision d’aller ou non à Moscou relève de chaque pays, je ne crois pas que la question revêt une importance politique », avait souligné Vladimir Tchijov, ambassadeur de Russie à l’UE, en commentant cette situation le 5 mai, lors d’une conférence de presse.

Leboycotteuropéen

Les interlocuteurs de RBTH estiment au contraire que l’absence de nombreux dirigeants lors du défilé est avant tout un geste politique. Qui plus est, certains pays n’ont même pas cherché à le cacher, en invoquant la guerre en Ukraine et le rattachement de la Crimée à la Russie comme raison officielle de leur refus.

« La Russie s’est vu déclarer une guerre hybride et ce boycott en fait partie. Tout comme la guerre de l’information ou celle des sanctions », affirme Sergueï Markov, le directeur de l’Institut des études politiques (proche du Kremlin). Selon lui, les dirigeants « ne dépendant pas de Washington » sont montés sur la tribune à Moscou le 9 mai, alors que les alliés de la Maison Blanche ou ceux « qui craignent de lui désobéir » ont décliné l’invitation. Il est vrai que le président américain Barack Obama a justifié son absence aux solennités par un emploi du temps trop chargé. « Vous ne serez sans doute pas étonnés, le président Obama ne prévoit pas de faire le déplacement à Moscou. Mais les autres pays prennent leurs propres décisions », avait alors déclaré aux journalistes Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale des Etats-Unis.

Un emploi du temps trop chargé a également été invoqué par le président français François Hollande, le leader biélorusse Alexandre Loukachenko ou encore par la chancelière allemande Angela Merkel, qui est pourtant venue à Moscou le lendemain 10 mai, pour rencontrer l’homme fort du Kremlin, Vladimir Poutine. Le premier ministre grec Alexis Tsipras, dont le pays fait partie de l’UE, avait lui aussi l’intention de venir, du moins selon ce qu’il avait fait savoir à Vladimir Poutine dès le mois de février, mais il s’est décommandé à deux jours des célébrations. « Rien d’étonnant. Le premier ministre grec est devenu la cible d’une forte pression des pays européens. Vu que la Grèce n’existe actuellement que grâce à leur soutien, Alexis Tsipras n’avait visiblement pas le choix », a confié à RBTH le directeur de l’Institut international des études humanitaires et politiques, Viatcheslav Igrounov, en ajoutant que l’amitié avec la Russie n’était pas capable d’endiguer l’influence réelle de l’Europe sur la Grèce. Le président tchèque a éprouvé lui aussi d’énormes problèmes, « le parlement ne voulait pas le laisser partir, a-t-il fait savoir. Et ce, malgré des arguments évidents : la Russie a tenu un rôle particulier dans la libération de l’Europe et cette dernière se doit de participer aux solennités. »

A la veille du Jour de la Victoire, le leader nord-coréen Kim Jong-un a lui aussi décliné l’invitation même si on peut difficilement lui reprocher de flirter avec Washington. Il est impossible de juger des motifs de sa décision, estime Viatcheslav Igrounov, « car ce pays est encore plus fermé que ne l’était l’Union Soviétique ». Pour Sergueï Markov, c’est la Russie qui n’en a pas voulu à Moscou et qui le lui a laissé entendre, car « la polémique sur les massacres sanglants du leader nord-coréen » a repris de l’importance.

Un défilé d’amis

Finalement, la liste des invités présents a montré la nécessité évoquée depuis longtemps de déplacer l’axe des relations économiques et politiques de la Russie vers l’Asie, affirme Sergueï Karaganov, doyen de la faculté de l’économie mondiale et de la politique internationale de la Haute école d’économie de Moscou. « A en juger d’après la composition [des invités], il est évident que le processus d’éducation de nos partenaires occidentaux se poursuit et que cette confrontation contribue à une « orientation » vers l’Asie », souligne-t-il. 

Viatcheslav Igrounov constate lui aussi que le défilé a été un rassemblement des amis de la Russie. « La fête de la Victoire, qui a été pendant longtemps une fête commune, s’est transformée en quelque sorte en une fête privée de la Russie », note-t-il. Selon lui, ceux qui voudraient que la Russie soit autre et dans une autre situation se trouvent en opposition avec ceux qui sont prêts à coopérer avec la Russie telle qu’elle est.

Fait significatif : pendant le défilé Vladimir Poutine a placé à sa droite le président chinois Xi Jinping. « Pékin est aujourd’hui un acteur international très important, peut-être le plus important. Et la coopération de la Russie avec la Chine est actuellement l’unique alternative à un rapprochement étroit avec l’Occident, qui est loin de se profiler », fait remarquer Viatcheslav Igrounov en guise de conclusion.

 

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