La vie des réfugiés syriens en Russie

Crédit : Dmitri Vinogradov/RIA Novosti

Crédit : Dmitri Vinogradov/RIA Novosti

Le conflit armé en Syrie a contraint des milliers d’habitants de ce pays à l’exil. En Russie, les Syriens sont particulièrement nombreux dans le Caucase du Nord. Il s’agit, le plus souvent, de descendants de la population caucasienne autochtone, les Tcherkesses. RBTH a décidé de savoir comment ils vivent en Russie.

Hamza est devenu un réfugié malgré lui. Il a 30 ans. Il est né dans la capitale syrienne, Damas. Son père enseignait l’histoire de l’islam dans les universités du Moyen-Orient. Devenu retraité, il a ouvert un magasin d’alimentation générale qui lui rapportait un bon bénéfice. Du point de vue juridique, Hamza est Syrien, mais du point de vue ethnique, il est Bjedoug, une ethnie qui aujourd’hui encore vit dans le Caucase russe.

Fuir la guerre

Il y a sept générations, la famille de Hamza a quitté le Caucase pour fuir la guerre, mais a toujours souhaité revenir sur sa terre natale. « J’ai décidé de réaliser le rêve de notre famille et de rentrer. Comme je connaissais la langue kabarde, j’ai voulu essayer. Lorsque je suis arrivé en Kabardino-Balkarie, la Syrie n’était pas encore en guerre. Cette dernière a commencé lorsque je me suis installé », se rappelle-t-il.

Hamza parle le kabarde en y glissant des mots d’arabe et d’anglais. Nous avons pour interprète une famille de la ville de Naltchik pour laquelle Hamza a travaillé.

« Arrivé ici, il me fallait gagner ma vie. Je n’avais jamais travaillé avant, ne faisant que ce qui me plaisait. Je montais des systèmes électriques. Ici, je suis devenu ouvrier du bâtiment, j’ai fabriqué des meubles et j’ai exercé le métier d’électricien », poursuit-il. Hamza sort alors son portable pour exhiber les photos des travaux de réparations qu’il exécute. Les appartements rappellent les contes de Shéhérazade, avec un mélange de décoration à l’européenne. Selon Elvira, l’une de ses clientes, quand l’équipe de Hamza a terminé les rénovations chez elle, tous ses amis ont commencé à la « copier ». « Les Syriens nous font des plafonds foncés et les illuminent. Personne n’avait jamais rien fait de pareil avant », souligne-t-elle.

Dans la guerre civile, la famille de Hamza a perdu sa maison et son magasin. C’est pour cela que ses parents et ses sœurs ont eux aussi déménagé en Kabardino-Balkarie. « Les bombardements dans mon pays ont commencé pendant que j’étais ici. Ma famille m’a rejoint. Et si moi, j’ai facilement obtenu un permis de séjour, cela a été plus difficile pour mes parents, raconte Hamza. On vit comme si on voulait se gratter l’oreille droite de la main gauche, mais est-ce qu’il existe un endroit sans problèmes ? Ils ne manquent jamais. Heureusement que nous avions encore un endroit où partir ».

Le jeune homme sourit malicieusement. Il rêve aujourd’hui de fonder une famille, mais n’a pas encore rencontré le grand amour. Ses sœurs se sont mariées et ont quitté la Russie. Lui veut vivre sur la terre natale de ses ancêtres. « Je loue un appartement. Mon oncle vit ici. Nous nous aidons, entre Syriens. Et nous sommes aidés par l’Organisation adyguéenne mondiale. Elle nous a débloqué 500 000 roubles  (environ 8 800 euros au cours du 5 mai) pour l’achat d’une maison. L’argent m’a été simplement viré sur ma carte bancaire, mais nous n’avons pas encore choisi notre maison », ajoute-t-il.

Chiffres officiels

 

Selon les données du Service fédéral des migrations de Russie, les étrangers et les apatrides demandant à être reconnus comme réfugiés et à bénéficier d’un droit d’asile temporaire ont été au nombre de 293 652 de 2009 à 2014. Le « leadership » appartient dans ce domaine aux personnes venues d’Afghanistan.

1.    Afghanistan : 6 742 personnes

2.    Géorgie : 6 557 personnes

3.    Syrie : 5 124 personnes

4.    Ukraine : 271 319 personnes

Du 1er janvier au 24 avril dernier, 458 citoyens de Syrie ont souhaité s’établir en Russie en qualité de réfugiés.


 

Maison et travail

Les sommes d’argent destinées à l’achat de ces maisons, nous les avons collectées tous ensemble, explique Mouhammed Hafitsè, président de l’organisation publique kabarde Adyguè Hassè. Ces ressources sont réunies non seulement pour les Syriens qui viennent d’arriver en Russie, mais également pour aider les Tcherkesses du monde entier. « Nous avons organisé un téléthon. Nous sommes aidés par des particuliers et par l’administration de la république, a-t-il expliqué. Au début, on proposait aux gens de choisir l’endroit où ils souhaiteraient vivre et on leur achetait une maison. Par la suite, on a décidé de virer l’argent pour que chacun en dispose à sa guise. »

Mouhammed Hafitsè précise qu’il soutient depuis cinquante ans les Tcherkesses du monde entier qui désirent rentrer. Et jusqu’à 2012, année du début du conflit en Syrie, ils étaient un peu plus de 3 000 à être revenus, mais depuis 2012, leur nombre est déjà de 1 600. Ces chiffres ne sont pas aussi importants que ceux, par exemple, des réfugiés ukrainiens, mais chacun trouve un métier et reçoit une maison, ces gens deviennent partie intégrante de la société qui est pourtant assez fermée et où la vie risque de se révéler difficile pour les nouveaux venus. « Nous avons accueilli des représentants de toutes les régions syriennes. Nombreux sont ceux qui ont obtenu la citoyenneté. Nous avons des villages où des rues entières sont peuplées par ces gens. »

Les Syriens ayant un diplôme, comme les enseignants ou les juristes, sont assez nombreux, mais l’exercice de ces professions exige qu’ils parlent le russe couramment. Or, leurs connaissances se limitent souvent à la seule langue kabarde ou adyguéenne. « Il leur est difficile de trouver un emploi correspondant à leur formation. Alors nous leur trouvons du travail dans un secteur où ils sont utiles, comme ouvrier du bâtiment, plombier ou manœuvre. Dans les villages, ils sont souvent maîtres à l’école maternelle parce qu’ils connaissent le kabarde que parlent tous les petits. L’un d’eux travaille comme traducteur dans une rédaction », fait encore remarquer Mouhammed Hafitsè.

Les amendements à la loi sur les russophones étant entrés en vigueur, il est indispensable de parler le russe couramment pour celui qui souhaite obtenir la citoyenneté. Cependant, Mouhammed Hafitsè se dit convaincu que la situation pourra être aménagée dans la république. « Nous nous sommes adressés au Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) pour demander que le tcherkesse soit reconnu comme le russe. Dans notre république, nous avons trois langues officielles : le kabarde, le balkar et le russe », a-t-il noté.

Hamza indique que la plupart de ses compatriotes souhaitent rester en Russie, mais il y a aussi ceux qui voudraient retourner en Syrie lorsque les choses seront redevenues normales. Pour l’instant, ceux qui se sont installés continuent de voir arriver leur famille dans le Caucase.

 

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