La guerre vue par les parents de Vladimir Poutine

Crédit : Mikhaïl Klimentiev/TASS

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Le président russe Vladimir Poutine a écrit un article pour le magazine Rousski pioner (Pionnier russe). Dans cette colonne intitulée « La vie est une chose si simple et cruelle », il évoque la vie de ses parents pendant la guerre.

Le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine raconte au magazine ce que ses parents ont enduré dans les années de la Seconde Guerre mondiale, ce qu’est devenu son frère et pourquoi son père et sa mère n’avaient aucune haine envers les soldats allemands.

« Toi, tu vivras, moi, je vais à la rencontre de la mort »

Selon Vladimir Poutine, son père était ouvrier dans une usine de Leningrad quand la guerre a éclaté. Il avait une affectation spéciale qui lui permettait de ne pas rejoindre les rangs de l’armée, mais il a demandé à adhérer au Parti communiste (bolchevik) de l’URSS puis à intégrer l’armée. Il a été envoyé dans un détachement de sabotage du Commissariat (ministère) de l’Intérieur. Lors d’une opération, les nazis ont réussi, profitant d’une trahison, à abattre vingt-quatre des vingt-huit hommes du détachement. Toutefois, le père de Vladimir Poutine s’en est sorti vivant après avoir passé plusieurs heures à se cacher sous l’eau d’un marécage en respirant à travers un roseau et en entendant les soldats allemands qui passaient juste à côté.

Par la suite, le père du président russe a été transféré à Nevski Piatatchok, un secteur de combats acharnés sur la rive gauche de la Neva, aux environs de Leningrad, que les troupes soviétiques ont défendu pendant de nombreux mois au prix de dizaines de milliers de morts dans leurs rangs. Le père de Vladimir Poutine y a été blessé, mais son voisin d’immeuble a accepté de le traîner sur l’autre rive du fleuve gelé, puis jusqu’à l’hôpital malgré des tirs ennemis ciblés. Quand il apprit que le blessé avait été opéré et que tout irait bien, le voisin prononça : « Maintenant, toi, tu vivras et moi, je vais à la rencontre de la mort. » Cependant, il resta en vie et, nombre d’années après la guerre, les deux hommes se rencontrèrent tout à fait par hasard dans un magasin de Leningrad.

« Ellenetiendrapas »

Toujours d’après Vladimir Poutine, son père donnait toute sa ration d’hôpital à sa femme, qui la remettait à leur enfant, le frère de l’actuel président russe. Lorsque les médecins l’ont appris, ils ont interdit toute visite à l’épouse du blessé. Le petit garçon est mort d’une diphtérie pendant le siège de Leningrad et ses parents n’ont même pas su l’endroit où il avait été enterré. Ce n’est que des années plus tard qu’ils ont appris qu’il avait été enseveli au cimetière Piskariovskoye, lieu du dernier repos d’environ un demi-million de militaires tombés en défendant la ville et de civils morts de faim ou de maladies pendant le siège de la ville.

Vladimir Poutine raconte également comment sa mère a été sauvée, ce qui relève presque du miracle. Rentrant de l’hôpital et s’engageant dans l’entrée de son immeuble, son père a vu des infirmiers qui sortaient des cadavres. Sur une civière, il a reconnu sa femme. Il lui a semblé qu’elle respirait et il en a fait part aux brancardiers. Ces derniers ont répondu sans sourciller qu’elle ne survivrait pas et qu’elle « y passerait en cours de route ». « Il a dit s’être attaqué à eux avec ses béquilles, les obligeant à la remonter dans l’appartement », écrit Vladimir Poutine, en ajoutant que son père avait aidé son épouse à se rétablir et qu’elle avait vécu jusqu’en 1999. Son père, lui, est décédé un an plus tôt.

« Comment peut-on les haïr ? »

Le père de Vladimir Poutine avait six frères dont cinq sont tombés au champ d’honneur. Des membres de la famille de sa mère ont également été tués lors de ce conflit. Cependant, les parents de l’actuel homme fort du Kremlin n’avaient aucune haine envers les soldats allemands. « Comment peut-on haïr ces soldats ? C’étaient des gens simples qui allaient eux aussi mourir à la guerre… Ce sont des bosseurs comme nous. Mais ils ont été envoyés au front », disait la mère de Vladimir Poutine.

Le président russe souligne enfin que tout ce que ses parents lui ont raconté sur leur vie durant la guerre, a été confirmé par la suite d’une manière ou d’une autre.

Ce n’est pas la première colonne écrite par Vladimir Poutine pour Rousski pioner. Dans ses écrits précédents, il avait déjà évoqué les sentiments qui lui manquaient et la façon dont il travaille avec ses subordonnés. Rousski pioner paraît en Russie depuis 2008 et est édité par Andreï Kolesnikov, chroniqueur du journal Kommersant, connu pour les relations cordiales qu’il entretient avec le président russe.

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