Charlie Hebdo : les musulmans de Russie manifestent

Meeting à Grozny. Crédit : AP

Meeting à Grozny. Crédit : AP

Lundi 19 janvier, des milliers de personnes ont déferlé dans les rues de la capitale tchétchène Grozny dans le cadre d’un meeting de protestation contre la publication de caricatures du prophète Mahomet par le magazine satirique Charlie Hebdo. Un rassemblement analogue a déjà eu lieu en Ingouchie. La république russe du Daghestan envisage de se joindre aux protestations vendredi 23 janvier.

Plus de 800 000 manifestants ont pris part lundi au meeting de soutien aux valeurs islamiques, placé sous le slogan « L'amour pour le prophète Mahomet » tenu dans la capitale de la Tchétchénie. Outre les musulmans de cette république du Caucase russe, des représentants du clergé orthodoxe ont participé à l'action, rapporte l'agence RIA Novosti.

Selon le numéro un tchétchène, Ramzan Kadyrov, le rassemblement en question n'appelle pas à la violence, mais à la paix. 

« Au lieu de condamner ceux qui ont ouvert le feu et ceux qui les ont incités par leur caricatures, les autorités françaises ont organisé un show de rue visant à soutenir la permissivité qui mène à l'effusion de sang », a déclaré Kadyrov au début du meeting.

Le Caucase russe vent debout contre Charlie

Le 17 janvier, un rassemblement similaire s’est tenu à Magas, capitale de l’Ingouchie voisine. Intitulé « L’islam contre l’extrémisme et le terrorisme », le meeting a réuni 15 000 personnes, qui ont manifesté en faveur de la tolérance envers les religions.

Une attention particulière a été accordée au fait que les musulmans de Russie vivent dans un pays fondé par leurs ancêtres, car contrairement aux musulmans d’Europe, ils font partie des populations autochtones.

« Aujourd’hui, l’Europe veut nous apprendre à vivre, mais nous voulons protester : nous savons comment les musulmans de Russie doivent vivre. En aucun cas nous ne nous opposerons à notre État, car nous faisons partie d’un même pays », ont annoncé les manifestants cités par la chaîne Rossiya-24.

La république du Daghestan envisage de se joindre aux protestations le 23 janvier. Son leader Ramazan Abdoulatipov a exprimé dimanche son indignation face à la publication d’une caricature du prophète en Une du nouveau numéro de Charlie Hebdo.

« La tragédie qui a fait des victimes n’a rien appris à de nombreux hommes d’États et journalistes européens, a-t-il déclaré. Tout en condamnant à juste titre le terrorisme, ils continuent d’offenser les sentiments des musulmans », rapporte le quotidien Rossiyskaya Gazeta.

Moscou ne suivra pas

Les musulmans de Moscou ont demandé aux autorités municipales d’autoriser la tenue d’un rassemblement regroupant 100 000 personnes le 25 janvier en plein cœur de la capitale russe.

Cependant, un responsable de la sécurité à la mairie, Alexeï Maïorov, a précisé samedi que la tenue de cette action « provocatrice » serait interdite, rapporte l’agence RIA Novosti.

Il a précisé qu'après avoir examiné la requête, la mairie avait établi que les principaux organisateurs du rassemblement résidaient à Makhatchkala, au Daghestan, et n’étaient pas liés aux organisations religieuses de la ville.

Le leader de l’association régionale « Daghestan » Arsen Gousseïnov a de son côté annoncé connaître les organisateurs du meeting anti-Charlie. « Nous ne les soutenons pas. Ce sont des militants, des jeunes qui prennent une part active aux organisations religieuses », écrit Gazeta.ru.

« Ce genre de problème ne peut pas être soulevé au niveau d’un meeting, car des provocations peuvent éclater pendant ce genre d'actions de masse. Les questions de ce genre doivent être débattues dans le cadre de conférences et de tables rondes. Il ne faut pas omettre la liberté d'expression, principe sur lequel notre société est basée. À Moscou, il faut réagir d'une façon plus civilisée qu’en faisant descendre les gens dans la rue », a-t-il conclu. 

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