Vladimir Poutine impute la chute du rouble à des facteurs extérieurs

Crédit : Konstantine Zavrajin / RG

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La conférence de presse annuelle de Poutine n'a pas apporté de sensations, ni de découvertes. Le président s'est montré cohérent dans sa rhétorique.

Vladimir Poutine a déclaré que le cours du rouble, déprécié en raison de « facteurs extérieurs », était en train de se ressaisir, la Banque centrale et le gouvernement agissant de manière « adéquate ». Poutine a fait cette déclaration le 18 décembre, dans le cadre de sa conférence de presse annuelle à laquelle participaient 1 259 représentants de la presse russe et étrangère.

Le président a répondu à plusieurs questions critiques. Il a, par exemple, commenté la participation de l’ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski, qui avait passé dix ans derrière les barreaux, à la vie politique et l’éventualité d’un coup d’État au Kremlin.

La durée de la conférence de presse est toujours déterminée par le chef d'État. Cette fois, Poutine a parlé aux journalistes pendant 3 heures et 10 minutes. 38 représentants de la presse russe et étrangère ont pu lui adresser 53 questions. Comme prévu, la plupart des questions concernaient la situation économique russe suite aux sanctions (environ 10 questions ont été posées à ce sujet) et les problématiques internationales (11 questions).

Question sur l'Ukraine

L'une des questions les plus critiques a été posée par le correspondant de l'agence ukrainienne UNIAN, portant un pull avec l'inscription Ukrop (surnom donné aux patriotes ukrainiens dans les joutes sur Internet, du russe « aneth »). Il a demandé à Poutine de préciser le nombre de soldats et de véhicules militaires expédiés dans le sud-est de l’Ukraine, toujours en proie aux affrontements entre les insurgés du Donbass et l’armée ukrainienne.

« Tous ceux qui, par appel du cœur, accomplissent leur devoir ou participent volontairement aux opérations militaires, notamment dans le sud-est de l’Ukraine, ne sont pas des mercenaires, ils ne sont pas payés », a répondu le président russe.

« Le fait qu’un journaliste ukrainien ait eu le droit de poser une question à Vladimir Poutine montre que le président était prêt à répondre aux questions les plus critiques et à entendre des avis peu flatteurs », écrit le journaliste de Kommersant Maxime Iouzine. « La question était effectivement dure. La réponse également. Poutine a accusé les autorités ukrainiennes d'avoir utilisé des lance-roquettes et l'aviation contre leur propre population ».

« Poutine a donné la parole aux Ukrainiens. Les Ukrainiens ont déversé sur lui toutes les accusations possibles. En oubliant seulement de déplorer que la Russie ait cyniquement cessé de livrer du gaz gratuit à l'Ukraine », écrit sur son blog le rédacteur en chef du magazine Politklass Vitali Tretiakov.

Espoirs de renforcement du rouble

Une série de questions étaient consacrées à l'économie. Le président espère que le rouble se renforcera et que la baisse des devises étrangères par rapport au rouble, enregistrée ces deux derniers jours, se poursuivra. Il n'exclut pas une baisse supplémentaire des prix du pétrole qui affectera, selon lui, la devise russe et plusieurs autres indicateurs, notamment l'inflation.

« Après les récents bouleversements sur le marché des changes et les mauvaises nouvelles du marché boursier, les paroles du président ont remonté le moral de la communauté d'affaires. C'est un nouveau signal, après le message fédéral durant lequel le président avait annoncé une amnistie du capital, un moratoire sur les évolutions des taux d'imposition et des vacances fiscales. Tout cela montre la volonté des autorités d’aider les entreprises à se développer dans le contexte économique actuel », explique le président de l’Association des jeunes entrepreneurs de Russie Dmitri Kravtchenko.

L'économiste en chef d'Uralsib Capital Alexeï Deviatov n'exclut pas que le processus de rétablissement de l'économie puisse durer jusqu'à trois ans, alors que l'année prochaine, il s'attend à une « récession assez importante » en Russie.

« L'économie se rétablira, mais si le barème retenu pour la sortie de la crise est le niveau du PIB que la Russie affichait au début de cette année, nous n’en sortirons que fin 2017, au mieux. Ainsi, je dirais que cela prendra plus de trois ans », a indiqué l’économiste dans un entretien avec RIA Novosti.

Flou pour 2018

Poutine a également répondu à une question sur les élections de 2018. Il a déclaré que sa décision de se présenter ou non aux présidentielles dépendrait des résultats du travail accompli en Russie à différents niveaux. La décision de se présenter en 2018 est prématurée pour tout le monde, a souligné le chef d'État, il est nécessaire de travailler pour le bien des citoyens de la Fédération de Russie.

Globalement, les experts estiment que le discours ne contenait rien de sensationnel et que Poutine se montre cohérent dans sa rhétorique.

« Il n’y a rien eu de sensationnel. Cela montre que le gouvernement et la Banque centrale ne comptent pas modifier la politique financière. Le président n’a avancé aucune innovation économique majeure ni laissé attendre un virage économique vers un modèle économique et financier plus directif », écrit Mikhaïl Remizov, président de l'Institut de la stratégie nationale, sur les réseaux sociaux.

« L'impression générale après la conférence de presse de Poutine est qu'il est à l'aise, il ne sent pas la crise, fait des blagues, essaie d'étudier chaque question abordée sous différents angles. Il se montre prêt à répondre à toutes les questions avec courage », écrit sur sa page Facebook Evgueni Mintchenko, directeur de l'Institut international d'expertise politique.

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