Grande conférence de presse de Vladimir Poutine (Synthèse)

Crédit photo : Konstantine Zavragine/RG

Crédit photo : Konstantine Zavragine/RG

Le président russe a tenu jeudi 18 décembre sa grande conférence de presse annuelle, qui a duré un peu plus de trois heures.

Vladimir Poutine a entamé son discours en dressant le bilan de la situation économique dans le pays. Il a souligné que la Russie devrait terminer 2014 avec une croissance de 0,6%. Selon lui, le secteur agro-industriel poursuit sa croissance avec un indice de 3,3%. Quant à l'excédent du budget fédéral, il constituera 1,9% du PIB.

Situation économique

Abordant la crise du rouble, le président a indiqué que la situation actuelle avait été provoquée par une série de facteurs extérieurs. Il a toutefois reconnu que la Russie n’avait pas mis en place une série de démarches et que la diversification de l’économie devait être son objectif pour les 20 ans à venir.

Il a reconnu que si la situation continuait d’évoluer selon un scénario défavorable, la Russie devrait réviser une série de projets. Il a toutefois gardé un ton optimiste et souligné que la situation actuelle s'améliorerait et qu'une croissance était inévitable. Selon lui, la Russie aura besoin de deux ans, dans le pire des cas, pour sortir de la crise actuelle.

Le président a qualifié d’appropriées les mesures mises en place au cours de ces derniers jours par la Banque centrale du pays et par le gouvernement. Il a toutefois reconnu qu'elles auraient  probablement dû être adoptées de façon plus réactive.

M.Poutine a en outre espéré que le renforcement de la devise nationale, observé au cours de ces dernières heures, se maintiendrait. Quant au taux directeur, que la Banque centrale du pays a relevé à 17% pour freiner la chute du rouble, il a espéré qu’il ne s’agissait que d’une mesure provisoire.

Le président a par ailleurs pointé la nécessité de contrôler régulièrement les prix des aliments et de l’essence, qui tendent à grimper en raison de la crise. 

Empire et vassaux

Interrogé par les journalistes sur l’apparition de nouveaux « murs » entre la Russie et l’Occident, le président a expliqué que suite à la chute du Mur de Berlin, intervenue il y a 25 ans, l’Otan s’était engagé à cesser son élargissement vers l’Est. Pourtant cette promesse n’a pas été tenue, et de nouveaux murs ont commencé à apparaître.

« Le bouclier antimissile près de nos frontières, n'est-ce pas un mur? Personne ne s'est arrêté. C'est là le problème majeur des relations internationales d'aujourd'hui : nos partenaires ne se sont pas arrêtés, ils ont décidé qu'ils étaient les vainqueurs, qu'ils formaient désormais un empire et que tous les autres étaient des vassaux qu'il faut tenir en bride », a-t-il indiqué. 

Il a en outre rappelé que des bases militaires américaines étaient présentes dans le monde entier, mais qu'on accusait la Russie de mener une politique « agressive ». 

Vis-à-vis de la situation en Ukraine, Vladimir Poutine a confirmé que Moscou souhaitait faire comprendre à l'Occident qu'il était temps de cesser d'ériger des murs et qu'il était opportun de mettre en place un espace humanitaire commun.

Ukraine

Le président russe a souligné que seule une solution diplomatique pouvait mettre fin à  la crise politique en Ukraine. Il a confirmé la disposition de la Russie de jouer le rôle de médiateur entre Kiev et les insurgés et a de nouveau souligné la nécessité de  respecter les ententes de Minsk.

Evoquant les Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, M. Poutine a estimé qu’il revenait aux habitants de décider de leur sort. « Nous devons nous baser sur les principes du droit international et les gens (dans ces républiques autoproclamées, ndlr) doivent décider de leur sort. (…) La paix doit être rétablie par la voie politique et nous espérons qu'un espace politique unique sera également rétabli. Pour le moment, il est difficile de parler des formes qu’il prendra, mais, à mon avis, il faut tout de même y aspirer », a poursuivi le dirigeant russe.

Si Kiev veut rétablir la paix dans le pays, il doit prendre en considération les intérêts de la population du Donbass.

Pour sa part, la Russie continuera à soutenir la population du Donbass, en envoyant dans cette région de l’aide humanitaire. « Comme vous le savez, notre dixième convoi humanitaire y a été dépêché », a précisé M.Poutine.

Sanctions

Les sanctions ne sont pas le prix à payer pour la réunification avec la Crimée. « C’est le prix à payer pour survivre en tant que nation, civilisation et État », a dit le président.

Selon lui la position de l’Occident vis-à-vis de la Russie s’est formée bien avant l’adhésion de la Crimée.

« Quoi qu’on fasse, nous nous confrontons à des problèmes, à une opposition et à une lutte. (…) Si notre ours reste calme (…) le laissera-t-on tranquille ? Non. On cherchera toujours à l’enchaîner », a poursuivi le président. Filant la métaphore, il a ajouté que l’on chercherait même à arracher à l’ours ses griffes et ses dents, faisant allusion au potentiel de dissuasion nucléaire.

Chine et coopération gazière

La signature du contrat prévoyant des livraisons du gaz russe en Chine est mutuellement profitable, a indiqué le président. Il a expliqué que ce que l’on qualifie de « virage vers l’Est » était une décision logique dans le contexte actuel et qui avait été décidée bien avant la détérioration des relations avec l’Occident. 

Il a par ailleurs ajouté que l’Europe n’avait pas de fournisseur de gaz plus fiable que la Russie.

Opposition et 5ème colonne

Prié par l'animatrice de radio et de télévision Ksenia Sobtchak d'expliquer la différence entre l'opposition et la «cinquième colonne» (concept désignant des traîtres à la nation, ndlr), le président a expliqué que l'opposant le plus fervent agit au bout du compte au nom des intérêts de sa patrie. Quant à la « cinquième colonne », ce sont ceux qui font ce qui est dicté par les intérêts d'un autre pays.

À la question de savoir s'il regrettait d'avoir amnistié l'ex-PDG de Youkos Mikhaïl Khodorkovski, le président a donné une réponse négative. Quant à la volonté de M. Khodorkovski de briguer un mandat présidentiel, M.Poutine a indiqué que comme tout autre citoyen de Russie, l'ex-oligarque avait le droit d'y aspirer.

Situation en Russie

M. Poutine a assumé l’entière responsabilité de tout ce qui se passait dans le pays, y compris la chute du rouble.

« La responsabilité de tout ce qui se passe dans le pays incombe toujours au chef de l'État et à ceux qui le suivent dans la hiérarchie », a déclaré Vladimir Poutine, ajoutant que la décision de briguer un nouveau mandat présidentiel serait prise en fonction de la situation à l'intérieur du pays.

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