Quand les jeunes jettent des ponts entre les nations

Le Forum Jeunesse de Rhodes en Grèce. Crédit : service de presse

Le Forum Jeunesse de Rhodes en Grèce. Crédit : service de presse

Placé sous le signe du centenaire du début de la Première Guerre mondiale, avec pour thème la prévention des guerres futures par la solidarité entre les peuples et pour figure emblématique  Mahatma Gandhi, le Forum Jeunesse de Rhodes s’est déroulé du 25 au 29 septembre dernier dans le cadre paradisiaque de l’île grecque. Une centaine de participants, pour la plupart entre 20 et 25 ans, venant de 65 pays ont activement débattu à la faveur de tables rondes, d’exposés et de discussions informelles.

Le forum s’est focalisé au maximum sur des dossiers actuels, avec des panels consacrés à l’entrepreneuriat social, la diplomatie des jeunes et la jeunesse en zone de conflit. Point notable, le Forum Jeunesse de Rhodes (FJR) s’est déroulé en marge d’une manifestation plus large, le Dialogue des Civilisations, organisé à Rhodes depuis douze ans et qui rassemble des personnalités de premier plan dans les sphères politiques, scientifiques et religieuses.

L’un des aspect les plus importants de l’événement résidait dans l’interaction entre les deux forums, avec des jeunes désireux de faire remonter leurs idées et initiatives vers leurs aînés, tandis que ces derniers participaient volontiers aux table rondes de leurs cadets. La sauce a si bien pris que dans les derniers jours, les deux instances avaient pratiquement fusionné.

Au diable la guerre et la politique

En dépit des conflits en Ukraine et de la commémoration de 1914, les discussions n’ont guère porté sur les aspects politiques. La seule intervention consacrée à la guerre fut celle d’Alexandre Volvak, un jeune Ukrainien du Donbass. Dans son exposé remontant aux racines du conflit, il a admis que les jeunes sont clairement divisés en deux camps antagonistes et que tout reste encore à faire pour rétablir le dialogue.

D’autres intervenants (palestiniens, arméniens) ont détaillé différentes stratégies permettant aux jeunes de camps opposés de bâtir des projets ensemble ou d’influer positivement sur les autorités. Taulent Hoxha (Kosovo), un jeune entrepreneur très actif dans la société civile, a pour sa part fait complètement abstraction de la politique pour se focaliser sur l’organisation de manifestations culturelles rapprochant Kosovars et Serbes. « Les goûts, les centres d’intérêt nous unissent. La politique nous divise, c’est pourquoi je n’y prête pas attention », explique-t-il à notre journal. Une attitude pragmatique déroutante pour beaucoup d’aînés du Dialogue des Civilisations, pressant le jeune homme de s’expliquer sur la politique gouvernementale de Pristina.

« J’étais un peu sceptique au début, mais je suis surpris par le haut niveau des participants, confie Baptiste Amieux, jeune diplomate travaillant pour l’ONU à Tunis et « ambassadeur » du mouvement pour la France. Ce qui me plaît, c’est que tous portent des projets concrets. Ce sont tous des professionnels pleins de potentiel ».

La main de Moscou

Chaque année, le Forum Jeunesse est l’aboutissement de l’action menée par   Youth Time, une ONG basée à Prague, pour tisser des liens tout autour du globe permettant de fédérer et partager les projets de développement lancés par des jeunes. L’organisation, fondée en 2010 et dirigée par Julia Kinash, une jeune femme russe de 25 ans, est parrainée par Vladimir Yakounine, fondateur du Dialogue des Civilisations et PDG des Chemins de fer russes (RZD). Grâce à ses liens dans le monde des affaires, ce dernier trouve des sponsors soutenant l’organisation, particulièrement auprès de grandes sociétés de transport comme Alstom et Siemens.

La forte présence russe côté organisationnel (la majeure partie de l’équipe est russe) et financier ne se ressent pas sur le versant activités, contrairement au Dialogue des Civilisations, lourdement dominé par le monde russophone et par des orientations politiques nettement favorables au Kremlin. « Les positions de Monsieur Yakounine [très proche de Vladimir Poutine] sont connues de tous, explique Baptiste Amieux. On assiste à certains discours aux accents anti-américains et conservateurs [au Dialogue des Civilisations]. Mais, cela n’influe pas sur les activités du Youth Forum. Nous ne sommes pas dans l’idéologie, nous sommes concentrés sur les résultats ».

Certes, quelques voix discordantes se font entendre. « Julia Kinash [la présidente] manque d’indépendance, on voit bien que son discours est façonné pour plaire à son patron Vladimir Yakounine, persifle un participant venu d’Asie. D’autre part, l’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne ne sont presque pas représentées dans l’organisation ». Une lacune qui sera bientôt comblée, indique une source parmi  les organisateurs. Youth Time développe son réseau. Rome ne s’est pas faite en un jour !

Serait-ce pour la Russie l’émergence d’un engagement de longue durée dans la « puissance douce » [soft power] ? Cette forme très efficace d’influence globale a longtemps été sous hégémonie américaine. Vladimir  Yakounine, qui cultive depuis longtemps un profil international, relève le gant avec l’appui tacite du Kremlin. Bien sûr,  Youth Time reste une organisation à la taille bien modeste. Mais ce réseau international de futurs dirigeants pourrait bien se révéler très utile pour les dirigeants russes, qui ont depuis une vingtaine d’années complètement négligé de faire de leur pays un pôle d’attraction mondial auprès de la jeunesse.

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