Spice, le cauchemar des stups russes

Créée l’année dernière, l’Alliance nationale contre les drogues (NAS) a pour but de réunir les organisations non gouvernementales existantes qui luttent contre le trafic de drogue. Crédit : Itar-Tass

Créée l’année dernière, l’Alliance nationale contre les drogues (NAS) a pour but de réunir les organisations non gouvernementales existantes qui luttent contre le trafic de drogue. Crédit : Itar-Tass

Il y a un peu moins d’un mois, le Spice, un cannabinoïde de synthèse, a fait 25 morts en Russie. 700 personnes ont nécessité une assistance médicale. Auparavant, aucun cas de ce genre n’avait été relevé parmi les consommateurs de drogues de synthèses. Pour lutter contre ce stupéfiant, les services de police espèrent pouvoir disposer d’une plus grande marge de manœuvre, notamment via l'interdiction des nouvelles drogues de synthèses sur le marché.

« Mélange d’herbes à fumer », « sel », « mix », tous ces noms ont un point commun : ils désignent une seule et même drogue, le Spice. Ses effets sont proches de ceux de la marijuana, mais sa composition est chimique. Et comme la formule de cette drogue se renouvelle de façon permanente, il est très difficile de la faire interdire complètement. Arrivée sur le marché vers la fin des années 2000, cette drogue entre d’abord en Russie de façon tout à fait licite. Aujourd’hui encore, elle est consommée en majorité par les jeunes, et est devenue un casse-tête pour les forces de police.

Le Service russe de contrôle des stupéfiants demande plus de pouvoir

Le 6 octobre au matin s’est tenu à Moscou la réunion du Comité anti-drogue sur le thème de l’intoxication de masse par un nouveau type de Spice, qui circule dans le pays depuis fin septembre. Plus de 700 personnes en ont été victimes, et 25 en sont mortes. Le directeur du Service fédéral de contrôle des stupéfiants (FSKN) Viktor Ivanov a déclaré que « l’épidémie de Spice a pu cette fois-ci être contenue ». Cependant, dans l’ensemble, il se dit pessimiste sur le problème de ces mélanges à fumer et insiste sur la nécessité de modifier la loi.

Dans les faits, le Spice ne désigne pas une drogue spécifique. Il rassemble toute une famille de stupéfiants de synthèse, dont la composition est en constante évolution. Selon le FSKN, il existe de nombreux types de Spice : leurs créateurs pouvant modifier à volonté un des éléments de la formule chimique de la substance précédente, déjà interdite en Russie. Ce nouveau produit sera alors revendu sur le marché en toute légalité. La dernière épidémie d’intoxication en date liée à cette drogue a par exemple été provoquée par un mélange Spice vendu sous le nom de MDMB. Viktor Ivanov explique que la mort de 25 personnes n’a malheureusement pas suffit à prohiber le produit mis en cause. Car pour ajouter une nouvelle substance à la liste des produits stupéfiants interdits il faut compter des mois de procédures bureaucratiques. Pendant ce temps, les concepteurs ont largement de quoi élaborer de nouvelles formules et lancer un nouveau Spice sur le marché, que les autorités devront à nouveau interdire via une montagne de paperasse. « Les dealers sont 300 fois plus rapides que l’État russe », regrette Viktor Ivanov.

Pour preuve, il avance l’exemple de la lutte contre les drogues de synthèse à l’étranger. Dans de nombreux pays, les organes compétents ont le droit, dans des délais très courts (en général une semaine maximum), d’interdire la circulation des substances qu’ils jugent dangereuses sur une période pouvant aller jusqu’à trois ans. Cette règlementation permet à la brigade des stupéfiants d’engager des poursuites pénales et d’incarcérer sans délai les dealers de ces nouveaux types de cannabis de synthèse. Le Comité anti-drogue a soutenu la demande du directeur du FSKN d’étendre les pouvoirs de ses services.

Accessible et pas cher 

Créée l’année dernière, l’Alliance nationale contre les drogues (NAS) a pour but de réunir les organisations non gouvernementales existantes qui luttent contre le trafic de drogue. Le président du directoire de la NAS Nikita Louchinkov a ainsi confirmé à RBTH que le Spice est aujourd’hui l’une des drogues les plus dangereuses sur le marché russe. « Si auparavant les effets connus étaient surtout psychologiques, aujourd’hui, on sait qu’il affecte aussi la respiration, le système cardio-vasculaire, la coordination des mouvements. Maintenant, le Spice crée une dépendance immédiate. Et si avant il était rare d’en mourir, les derniers cas d’intoxication suggèrent le contraire », a-t-il souligné.

Les dealers usent de méthodes de ventes particulièrement habiles qui rendent la lutte contre la diffusion de ce produit difficile. Le vendeur n’entre jamais en contact avec l’acheteur: le consommateur transfère l’argent sur un compte en ligne, après quoi il reçoit un message sur l’emplacement de la cache où se trouve le produit. Il peut s’agir d’un parterre de fleurs ou d’un arrêt de bus, bref, n’importe quel endroit susceptible de receler un de ces mélanges à fumer. Des courriers sont chargés de planquer la drogue. « Pour un « sachet », le courrier reçoit environ 3 euros. C’est peu, mais c’est de l’argent facile, et le nombre de personnes qui souhaite se faire un peu d’argent de cette manière est intarissable », assure Nikita Louchinkov.

Les effets du Spice

Konstantin nous a donné rendez-vous dans le studio vidéo où il travaille comme directeur technique. C’est un jeune homme maigre, originaire de Sotchi, la trentaine. Depuis l’âge de dix-neuf ans, il a consommé divers types de drogues. Il a arrêté depuis environ trois ans. Mais il a lui aussi expérimenté le Spice et dit avoir été « accro » à ses différentes versions synthétiques pendant près de quatre ans.

« Les mélanges à fumer, les sels, le Spice, tout est arrivé à Sotchi de façon légale vers la fin des années 2000, raconte Konstantin. Ils étaient vendus en magasin. Tout le monde voyait et achetait, pensant « si c’est autorisé, alors ce n’est pas dangereux ».

Selon lui, on ne peut jamais prévoir les effets. « Parfois, on se sent juste mal, parfois c’est l’inverse. Mais après, lorsque tout s’arrête, c’est l’apathie, la dépression. Ce qui m’attirait dans cette drogue, c’était son accès facile. Après une interdiction, il reste quand même facile à trouver. Maintenant, même les écoliers fument le Spice. Il n’est toujours pas considéré comme une drogue dure, comme l’héroïne », affirme le jeune homme.

Konstantin en est persuadé, les drogues de synthèse comme le Spice détruisent le système nerveux bien plus vite que n’importe quelle autre drogue. « J’en ressens encore les effets. Des fois, j’ai des convulsions comme ça, sans raison. Le cerveau et les neurones ont été très affectés. Au centre de réhabilitation, j’ai vu des gens qui s’étaient piqués à l’héroïne pendant des années. Après trois-quatre mois de sevrage, leur activité cérébrale était quasiment intacte, raconte-t-il. Ceux qui ont consommé du Spice pendant deux ou trois ans ont vraiment des difficultés à retrouver toutes leurs facultés mentales sur le long terme. Au niveau physique, ils sont plus sains que les héroïnomanes, mais leur cerveau est dans un état végétatif. Ils ne peuvent pas revenir à la réalité ».

 

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