Khodorkovski veut revenir en politique

La grâce de l'ancien patron de Ioukos a été annoncée le 19 décembre 2013 lors d'une conférence de presse du président russe Vladimir Poutine. Crédit : Reuters

La grâce de l'ancien patron de Ioukos a été annoncée le 19 décembre 2013 lors d'une conférence de presse du président russe Vladimir Poutine. Crédit : Reuters

Pour la première fois depuis sa libération, Mikhaïl Khodorkovski a ouvertement fait part de sa volonté d'entrer dans la lutte pour la présidence. Il a déclaré qu'il envisageait la possibilité de participer à la vie politique russe. Les autorités du Kremlin, cependant, ne trouvent rien à commenter dans cette annonce. Par ailleurs, les experts ne sont pas convaincus que l'ancien PDG de Ioukos puisse trouver un soutien suffisant pour réaliser ses ambitions politiques.

Le 20 septembre, Mikhaïl Khodorkovski a annoncé le lancement de son projet Russie ouverte. L'organisation qui avait cessé toute activité après l'emprisonnement de l'ancien PDG de Ioukos, va prendre une autre forme. « Nous partageons ce qu'on appelle 'les valeurs européennes' et nous n'approuvons pas la ligne politique qui proscrit ces valeurs », a-t-il confié au journal Le Monde. Selon Mikhaïl Khodorkovski, « pour une opposition efficace, il ne faut pas un parti déterminé à lutter pour le pouvoir avec une nouvelle 'verticale', il faut une alliance 'horizontale' de nombreux 'petits groupes sociaux' qui peuvent s'unir pour agir ensemble ».

Russie ouverte est une association russe fondée par les actionnaires de la compagnie Ioukos et un groupe de particuliers en 2001 pour réaliser des projets caritatifs, d'éducation et de sensibilisation. Khodorkovski en était le PDG et le conseil d'administration était composé d'Henry Kissinger et de Jacob Rothschild. Dans les années 2004-2005, on comptait près de 50 filiales de Russie ouverte en activité dans les régions.

De l'argent pour bâtir une société civile

L'activité de Russie ouverte sera-t-elle une réussite ? Tout dépend du financement, a expliqué à RBTH le directeur général du Centre de l'information politique Alexeï Moukhine. « Apparemment, Mikhaïl Khodorkovski prévoit d'utiliser ses propres fonds pour, comme il le dit, construire une société civile. Mais en prenant en considération les réalités russes, cet argent ne va pas suffire longtemps, il faudra mobiliser des ressources, par exemple celles d'oligarques émigrés ou bien l'argent d'autres Etats », prévoit l'expert.

Russie ouverte, note Mikhaïl Khodorkovski, n'a pas l'intention de participer aux élections en tant que force politique autonome, mais est prête à soutenir les candidats « dignes » d'être élus. « Ainsi, l'opposition a pour objectif principal les élections à tous niveaux, mais en premier lieu, il y a bien sûr les élections de la Douma d'Etat de 2016 », a-t-il souligné.

Valeri Soloveï, professeur à l’Institut d'État des relations internationales de Moscou, docteur en histoire, a déclaré à RBTH que Russie ouverte éprouverait des difficultés, en premier lieu à cause de la résistance des autorités. « Des tensions administratives et politiques vont apparaître. Ce sera probablement le principal problème pour la nouvelle version de Russie ouverte », a expliqué le politologue. Selon Valeri Soloveï, le second problème sera la nécessité de redonner une image positive de Russie ouverte et de Mikhaïl Khodorkovski. « Pour le moment, sa réputation, que ce soit aux yeux de la population russe ou bien aux yeux du mouvement libéral, est loin d'être positive », a-t-il fait remarquer.

Ambitions politiques

A titre de rappel, la grâce de l'ancien patron de Ioukos a été annoncée le 19 décembre 2013 lors d'une conférence de presse du président russe Vladimir Poutine. Khodorkovski a déclaré immédiatement après sa libération qu'il concentrerait son activité sur la défense des droits de l'homme.

Il semblerait que les plans de Mikhaïl Khodorkovski aient évolué depuis. Dans une interview pour le journal Le Monde, il a rappelé qu'après sa libération, il avait promis de « ne pas chercher à obtenir la restitution des actifs de Ioukos et qu'il n'avait rien promis d'autre ». Khodorkovski a annoncé qu'il n'avait pas l'intention d'occuper le fauteuil présidentiel dans un contexte où le pays « se développerait normalement ». « Mais s'il apparaissait nécessaire de surmonter la crise et de conduire une réforme constitutionnelle, dont l'essentiel consiste à redistribuer le pouvoir présidentiel en faveur du système judiciaire, du Parlement et de la société civile, alors je serais prêt à assumer cette partie du travail » a-t-il ajouté. Dans une interview pour le journal Vedomosti, l'ancien patron de Ioukos a également déclaré être prêt à devenir « un président de crise » si « les gens ont envie de remplacer le système du pouvoir par un système plus moderne, et pas seulement Poutine lui-même ».

Les autorités du Kremlin ne voient aucune raison de commenter les déclarations de Mikhaïl Khodorkovski. « Il n'y a là aucune raison de faire des commentaires », a déclaré à la radio Kommersant FM le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

« Il me semble que Khodorkovski est en train de tâter le terrain. Il est important pour lui de comprendre quelle humeur règne au sein du camp libéral, dont une partie, il faut le reconnaître, n'est pas emballée par ses intentions », a annoncé à RBTH le professeur Valeri Soloveï. Selon le politologue, en plus de tout le reste, Mikhaïl Khodorkovski essaie de connaître le nombre de représentants de l'élite russe susceptibles de soutenir une alternative à Vladimir Poutine. « Pour l'instant, il ne fait même pas de la reconnaissance offensive, c'est seulement une reconnaissance lointaine », a conclu l'expert.

« Khodorkovski commet les mêmes erreurs que dans les années 2000. Il entame sa carrière politique, ou, comme il le dit désormais, sa carrière publique, avec un mensonge. Il a déclaré à plusieurs reprises qu'il ne ferait pas de politique, mais les circonstances ont été plus fortes. Mikhaïl Khodorkovski ne pourra pas remplir sa promesse principale, c’est-à-dire se porter candidat aux élections présidentielles », selon Alexeï Moukhine, directeur général du Centre de l'information politique.

Effectivement, Mikhaïl Khodorkovski n'a aucune chance d'occuper le fauteuil présidentiel dans un futur proche. En février 2014, de nouveaux amendements concernant les garanties fondamentales du droit de vote sont entrés en vigueur. Désormais, toute personne reconnue coupable de délits graves pourra être élue 10 ans seulement après avoir purgé sa peine. Pour Mikhaïl Khodorkovski, ce délai prendra fin dans huit ans. Ou plus tôt, si le tribunal adopte une décision appropriée.

 

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