Une université de médecine russe interdit le port du hijab

Le débat a pris de l'ampleur lorsque, début septembre, le port de vêtements religieux ou ethniques a été interdit par un arrêté du président de l'université de médecine Pirogov. Crédit photo : PhotoXPress

Le débat a pris de l'ampleur lorsque, début septembre, le port de vêtements religieux ou ethniques a été interdit par un arrêté du président de l'université de médecine Pirogov. Crédit photo : PhotoXPress

L'interdiction du port du hijab, source de litiges depuis de nombreuses années dans les pays européens, est maintenant devenue un problème pour les établissements d'enseignement russes. L'université russe de médecine N.I. Pirogov a interdit le port de vêtements religieux, alors qu'auparavant ces interdictions ne concernaient que les établissements confessionnels. RBTH explique les causes de ces interdictions et comment les étudiants les combattent.

Externat ou hijab

La décision du président de l'université Pirogov est loin d'être la première tentative des établissements d'enseignement d'éloigner la question religieuse de leurs murs. Ce problème a été évoqué pour la première fois en 2012 lorsque la directrice d'une école de la région de Stavropol a interdit à des élèves portant le voile d'assister aux cours.

Les parents des jeunes filles ont porté plainte, estimant que les démarches de la direction étaient contraires à la Constitution de Russie qui garantit la liberté de religion. Finalement, l'affaire est allée jusqu'à la Cour suprême de Russie, qui a déclaré légale l'interdiction du port du hijab dans les écoles.

Le tribunal a également indiqué que toutes les élèves que la directrice avait exclues pouvaient choisir d'étudier à la maison, à distance, ou bien d'aller dans une école religieuse, la médersa. Cette année le problème de l'interdiction du port du hijab pour les écolières a éclaté dans l'une des régions centrales de Russie.

Le débat a pris de l'ampleur lorsque, début septembre, le port de vêtements religieux ou ethniques a été interdit par un arrêté du président de l'université de médecine Pirogov. Cette décision, signée par le président Andreï Kamkine, interdit aux étudiants de porter des vêtements montrant leur appartenance à une ethnie ou à une religion définie.

« C'est une chose quand il s'agit de l'école et de jeunes filles mineures, elles sont autorisées à ne pas porter le hijab », a expliqué à RBTH le vice-président de la Direction spirituelle des musulmans de la partie européenne de la Russie (DOUMER), Damir Moukhetdinov.

« Mais c'en est une autre quand la jeune fille a atteint un certain âge, l'islam lui prescrit de porter le hijab pour ne pas commettre d'acte répréhensible devant la société et devant Dieu ».

On ignore ce qui a poussé à l'adoption de telles mesures à l'Université de médecine Pirogov. Personne dans l'établissement n'a pu commenter l'affaire pour RBTH en raison de l'emploi du temps très chargé de la direction. Dans l'arrêté du 10 septembre figure une formule floue selon laquelle de telles mesures sont indispensables pour « l'amélioration de l'éthique de l'enseignement supérieur ».

Au printemps 2013, le port du hijab a été interdit dans l'Université d'État d'économie, de statistique et d'informatique de Moscou : la direction de cet établissement avait expliqué cette mesure par la nécessité d'assurer la sécurité des étudiants.

Plus tard, une mesure semblable a été prise dans les universités d'État de Volgograd, d'Astrakhan et de Rostov alors qu'à l'université d'État de Mordovie Ogariev, des étudiantes en hijab ont même été exclues des cours.

L'introduction d'un code vestimentaire spécifique dans les établissements d'enseignement ne va pas à l'encontre de la loi fédérale « sur l'éducation », cependant, un tel acte normatif doit pris en tenant compte de l'avis des personnes concernées.

Comme l'a expliqué à RBTH le directeur du centre d'informations et d'analyses « Sova », Alexandre Verkhovski, la raison principale d'une telle mesure est la volonté d'atteindre une uniformisation de tous les étudiants.

« On ne sait pas ce doivent désormais faire les étudiantes de confession musulmane. Qui décidera si tel voile est un hijab et si tel autre ne l'est pas ? Les musulmanes, et même les non musulmanes, portent des voiles de différentes façons. Il sera très difficile de poser une limite, ce qui mènera à l'arbitraire. Cela veut dire qu'une jeune fille musulmane ou orthodoxe qui porte un voile par conviction religieuse n'a pas droit à un enseignement supérieur ? », souligne-t-il.

Le salât est autorisé

Il existe des exemples de réussite dans la lutte des étudiantes musulmanes contre les innovations règlementaires des établissements d'enseignement supérieur. En avril de l'année dernière, à l'université moscovite de médecine Setchenov, le président a interdit de faire la prière sur le territoire de l'université, ce qui a bien évidemment provoqué l'indignation des musulmans.

Cependant, les étudiants ont rapidement obtenu le retrait de cette interdiction avec le soutien de plusieurs professeurs.

Les étudiantes musulmanes comptent poursuivre la lutte pour le retrait de l'interdiction du port du hijab dans les établissements d'enseignement supérieur russes.

« Nous allons défendre nos droits, exactement comme nous avons fait valoir notre droit de nous faire photographier la tête couverte, notamment d'un hijab, a déclaré Damir Moukhetdinov. Si on met en place l'interdiction du port du hijab, alors il faut faire la même chose avec le port de la croix, de la kippa et des autres symboles ».

Comme l'a souligné le vice-président de la DOUMER, le plus important dans cette situation est la recherche d'un consensus.

« Dans le cas contraire, le problème ne fera que s'aggraver puisque le nombre de musulmans dans notre pays augmente d'année en année. Plus vite nous trouverons une solution pour cohabiter, plus vite nous comprendrons que le monde est grand et que les gens sont différents, meilleur cela sera pour nous tous », a résumé Damir Mouketdinov.

 

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