Les régions russes vont gagner en autonomie

Le 26 mai 2014, Ivanov : Le président russe Vladimir Poutine tient une réunion consacrée à l'organisation et l’élection des autorités locales. Crédit : RIA Novosti

Le 26 mai 2014, Ivanov : Le président russe Vladimir Poutine tient une réunion consacrée à l'organisation et l’élection des autorités locales. Crédit : RIA Novosti

Une réforme en cours en Russie permettra de déterminer au niveau des régions le système optimal d’organisation et d’élection des autorités locales, et de répartir à nouveau les pouvoirs entre les autorités municipales et l’Etat. Quatre formes d’organisation locale sont possibles à l’heure actuelle, chaque région pouvant choisir celle qui lui correspond le mieux. Les experts sont divisés sur la question de l’utilité des changements à venir.

Premiers changements

Selon les termes de cette nouvelle réforme de l’autonomie locale, les régions se verront proposer de choisir leur système de gestion parmi quatre options.

Les premières innovations dans la loi électorale ont été approuvées par les parlements des régions de Volgograd et de Moscou. Dans la région de Moscou, trois variantes d’organisation des autorités locales ont été choisies : l’élection directe des maires qui seront à la tête de l’administration, l’élection directe des maires qui seront également à la tête des parlements locaux, et l’élection du dirigeant de la municipalité parmi les députés du parlement local.   

Dans la région de Volgograd, les dirigeants des districts municipaux et des arrondissements des villes seront désormais choisis par et parmi les députés des conseils locaux, et ils occuperont simultanément les fonctions de président des parlements. Seuls les dirigeants des localités (par exemple, les villages) seront directement élus par les habitants, écrit le journal Kommersant.

Enjeu du changement

Le politologue et spécialiste des processus régionaux en Russie et CEI Alexandre Kynev est convaincu que cette réforme n’a pas d’autre signification que le souhait des fonctionnaires de créer un système plus aisément contrôlable. « A la suite de ces actions, l’efficacité générale en matière de gestion va décroître et cela aura sans aucun doute un impact sur le développement socioéconomique des territoires et des populations, ce qui affectera en conséquence ces mêmes gouverneurs. Les fonctionnaires estiment que cette organisation est meilleure, mais de la même manière qu’un patient dirigerait une opération sans avoir d’éducation médicale ».  

Les personnes à l’origine de ces modifications expliquent qu’il sera plus facile aux citoyens de faire part de leurs souhaits aux autorités, tandis que les experts sont convaincus du contraire. « Les habitants pouvaient auparavant élire le chef de leur municipalité, et maintenant, cela n’est plus possible. Désormais, même durant la campagne électorale, les gens ne peuvent plus venir exprimer leurs points de vue au futur dirigeant. A la place, on élira le député de la localité la plus insignifiante du district, qui n’a aucune autorité si ce n’est celle d’élire le député suivant », s’indigne l’expert.       

Selon M. Kynev, ces changements pourraient avoir un impact sérieux sur la perception des autorités, comme cela a été le cas pour l’abolition des élections des gouverneurs, lorsque les habitants s’estimant dépossédés de leurs droits civiques ont cessé de s’intéresser à la politique.

Le professeur du département d’économie régionale et de géographie économique de la Haute école d’économie de Moscou Alexeï Skopine est d’accord sur le fait que la nomination des chefs des districts en lieu et place des élections pourrait réduire le niveau des libertés démocratiques. Toutefois,  il y voit un avantage : la gestion deviendra plus réactive et permettra de résoudre davantage de problèmes économiques.     

« Il y a un problème en Russie : celui de la répartition des compétences entre les niveaux fédéral, régional et local. Le problème est qu’au niveau fédéral, il y a plus d’argent et moins de responsabilités, tandis que l’inverse est vrai au niveau régional et local : plus de responsabilités et moins d’argent. C’est cette tendance que l’on cherche à modifier, on est à la recherche d’un modèle approprié dans lequel les régions et les autorités locales seraient en mesure de se débrouiller sans faire appel au centre fédéral », estime l’expert. 

L’économiste est convaincu que le système précédent permettait de manipuler les autorités régionales. « Supposons que les fonctionnaires fédéraux n’aiment pas une région donnée, ils lui allouent alors moins de fonds, ce qui entraîne des manifestations et un changement de gouverneur. Les régions sont en conséquence devenues dépendantes du centre fédéral, ce qui ne devrait pas être le cas. Le problème est évident mais personne ne sait comment le résoudre », explique M. Skopine.

Selon ce dernier, la réforme dotera les municipalités de moyens d’attirer des ressources supplémentaires pour leur développement, afin qu’elles puissent être en mesure de prospérer. « Le problème est que les gens dans les régions sont inactifs et que de tels changements devraient donner la possibilité aux autorités de l'échelon le plus bas de prendre des initiatives concernant les autorités régionales ou bien les investisseurs », conclut-il.

Contexte

La Russie est divisée en différents sujets de la Fédération : 22 républiques, 9 territoires (kraï), 46 régions (oblast), trois villes d’importance fédérale (Moscou, Saint-Pétersbourg et Sébastopol), une région autonome (la région autonome juive), quatre régions (okroug) autonomes. Au centre de chaque région se trouve une ville importante tandis le territoire est divisé en districts (raïon). A l’intérieur de chaque région, on trouve le gouverneur de la région, le parlement régional, les chefs de districts, les députés municipaux et dans les villes importantes, des maires.

 

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