Moscou expérimente de nouvelles méthodes pour en finir avec la condition d’orphelin

En 2013, 418 enfants de plus qu’en 2012 ont été transférés en vue d’être élevés dans un environnement familial. Crédit : Itar-Tass

En 2013, 418 enfants de plus qu’en 2012 ont été transférés en vue d’être élevés dans un environnement familial. Crédit : Itar-Tass

Les autorités de Moscou escomptent que le projet pilote d’amélioration des conditions de vie des familles adoptives lancé au début de l’année stimulera les souhaits d’adoption des enfants.

Un salon confortable combiné à une cuisine moderne, des pièces remplies de jouets, des bureaux et quelques toilettes et salles de bain. Aucune famille ne passerait à coté d’un tel appartement. Pourtant, ce n’est pas une famille ordinaire qui l’occupe, mais le « Centre d’assistance à l’éducation familiale ». De tels centres se substituent à l’heure actuelle aux orphelinats dans la capitale. L’an dernier, cinq de ces centres ont été mis en place et cette année douze autres seront ouverts.  Les enfants y vivent dans des conditions proches d’une maison avec parmi eux une mère, comme dans n’importe quelle famille. En vérité il ne s’agit pas de leur mère « naturelle », mais d’une mère « sociale », cette dernière passe toutefois 5 jours par semaine avec les enfants et devient véritablement leur mère.         

Voici par exemple une famille dans laquelle la mère adoptive, Natalia Tsiganova, s’occupe de neuf enfants. Ils sont arrivés ici après que leurs parents avaient été privés de leurs droits parentaux tandis que certains ont été transférés depuis l’orphelinat. Par ailleurs, l’on s’efforce d’installer les frères et sœurs dans une même chambre, afin qu’ils ne soient pas séparés. Les enfants resteront dans le centre jusqu’à ce que l’on trouve pour eux une famille adoptive. Pendant ce temps, ils pourront vivre une vie de famille ordinaire et s’habituer à l’ambiance domestique.     

« Pour certains cela a été difficile, mais leur âme s’est progressivement réchauffée, ils se sont adaptés et ont commencé à parler, à partager leur secrets intimes », explique Natalia Tsiganova.  

Les autorités de Moscou soutiennent le projet

Le maire de Moscou Sergueï Sobianine a récemment visité le « Centre d’assistance à l’éducation familiale ».

« Cette année nous avons investi plus de 800 millions de roubles dans le soutien aux institutions travaillant avec les orphelins, afin qu’elles puissent conduire leurs activités dans les conditions appropriées et réorganiser leur travail, a déclaré le maire. 15 orphelinats ont été reconstruits, dont 5 sont devenus des centres d’assistance familiale, impliqués non seulement dans l’éducation mais également dans le choix et la formation des familles adoptives. La ville a ainsi investi un milliard de roubles afin d’accroître la rémunération des parents adoptifs. La capitale met tout en œuvre pour à terme faire disparaître les orphelinats ».

En 2013, 418 enfants de plus qu’en 2012 ont été transférés en vue d’être élevés dans un environnement familial. Le nombre d’enfants placés dans les orphelinats est tombé à 538 personnes. Selon le maire de Moscou, cette tendance positive se poursuit, bien que dans ces institutions l’adoption demeure « difficile » pour les adolescents et les enfants handicapés.

Les autorités de la capitale escomptent que ce projet pilote d’amélioration des conditions de vie des familles adoptives lancé au début de l’année stimulera les souhaits d’adoption des enfants. Dans le cadre de ce projet, la ville fournira un logement aux familles ayant choisi de se charger de l’éducation d’adolescents ou d’enfants handicapés. Pour l’instant, seul 20 appartements ont été alloués, mais d’après le directeur du département de la protection sociale de la ville, Vladimir Petrossian, leur nombre pourrait atteindre les 100 d’ici la fin de l’année.

Echecs familiaux

Crédit photos : service de presse de la mairie de Moscou

Malheureusement, il n’est pas rare que les enfants retournent à l’orphelinat. L’an dernier, cela a été le cas pour 148 d’entre eux, tout le monde n’est pas prêt à endosser le rôle de parents des enfants d’autrui. En dépit du fait qu’il existe en ville 51 écoles pour les pères et mères adoptives.

Selon Vladimir Petrossian, le principal objectif du travail de son département est que la totalité des enfants orphelins et des enfants laissés sans soins parentaux puissent être placés dans une famille. Nous travaillons beaucoup afin que le moins de parents possibles ne soient privés de leurs droits parentaux. Malgré cela, le nombre de mères et de pères privés de leurs droits parentaux s’approche des 1500.

Orphelins VS « enfants normaux »

Au « Centre d’assistance à l’éducation familiale » n°1, l’on trouve également des enfants ayant été retirés à leurs parents. Ici, toutes les conditions appropriées ont été créées. Ils fréquentent  des écoles ordinaires et peuvent rejoindre les sections sportives. Ils sont  également en mesure de cuisiner et faire la lessive eux-mêmes et peuvent, comme n’importe quels enfants, se faire des amis en dehors des murs de l’établissement. Les pensionnaires des orphelinats n’ont pas cette possibilité. L’on a demandé au directeur du centre d’assistance, Valentina Spivakova, comment réagissaient les parents et les enfants des écoles et des crèches ordinaires lorsque les enfants du centre commençaient à les côtoyer :  

« Dans l’ensemble, l’attitude est normale. De nombreux parents nous ont proposé leur aide, nous ont apporté des cadeaux. Mais il arrive que l’on reçoive des plaintes. De tels cas sont peu fréquents, mais certains parents déclarent parfois que nos pensionnaires ont une mauvaise influence sur leurs enfants. Ils affirment qu’après avoir discuté avec les nôtres, leurs enfants ont commencé à utiliser des mots vulgaires. Bien sûr, nos enfants ne sont pas simples, il faut travailler avec eux. Je parle toujours en leur faveur, comme s’il s’agissait de ma famille, et je donne pour consigne à nos éducateurs de faire la même chose. J’explique aussi aux parents que si mon enfant venait à se trouver sous une mauvaise influence quelconque, c’est moi en tant que parent qui aurait manqué de vigilance ».     

« La chose la plus importante est que dans les groupes scolaires et dans les sections sportives, nos enfants n’étaient pas remarqués et étaient traités comme des enfants ordinaires, c’est la méthode la plus rapide pour arrondir les angles ».

Valentina Spivakova a travaillé plusieurs années dans les orphelinats et explique qu’elle est heureuse de les avoir quittés. Car là-bas, les enfants n’avaient pas la possibilité de communiquer, de se faire des amis.

Mère sociale

Cependant, certaines personnalités de la société portent un regard moins radieux sur ce problème. Par exemple, le directeur de la Fondation « Volontaires pour l’assistance aux enfants orphelins » et expert de la Chambre Civique Elena Alhchanskaya estime qu’il est pour l’heure trop tôt de parler de résultats tangibles de quelque nature.

« Mais je suis entièrement d’accord pour mettre un terme à l’existence des orphelinats. Tout ce que l’on a mis en place à Moscou ne fait que débuter, au Centre d’assistance à l’éducation familiale, les appartements pour les familles adoptives viennent tout juste d’être équipés. Je souhaite que cette expérience continue. Malheureusement, dans notre pays, l’on n’a pas toujours la patience de conduire les choses jusqu’à leur conclusion logique. L’on se souvient tous des maisons familiales pour enfants créées dans les années 80 et de l’expérience des familles adoptives dans les années 90, mais tout cela n’a pas été mis en œuvre. Et dans les centres d’assistance à l’éducation familiale, il faut en premier lieu tout faire pour que les enfants puissent retourner avec leurs parents dans leur véritable famille, ensuite si cela n’est pas possible, rechercher des adoptants ou une famille de tuteurs. Et puis je n’aime pas cette idée de « mère sociale ». Les enfants s’y attachent, et ils commencent à la considérer comme leur mère naturelle, puis il y a une rupture, une nouvelle perte. Tout ça devrait être clair : un éducateur est un éducateur, il n’y a aucun besoin de se substituer à ce concept aussi longtemps que l’enfant n’est pas placé dans une famille ». 

 

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