Le siège de Léningrad : 872 jours de combats

Malgré la faim et les bombardements incessants, la ville continuait à vivre sa vie. Cédit : RIA Novosti

Malgré la faim et les bombardements incessants, la ville continuait à vivre sa vie. Cédit : RIA Novosti

Il y a 70 ans, le 27 janvier, il restait presqu'un an et demi avant la fin de la guerre. Après des combats éprouvants, l'armée soviétique a pu repousser les forces d'Hitler à 100 km de Léningrad, et rétablir l'accès des transports à la ville, en mettant ainsi fin aux 872 jours de ce qui restera dans les livres d'histoire sous le nom de « Siège de Léningrad ». La ville a enfin pu s'endormir sans le vacarme incessant des canons, qui avait commencé en septembre 1941.

En ce soir de janvier, tous ceux qui le pouvaient sont sortis dans la rue pour voir les feux d'artifice qui marquaient la libération. Mais tout le monde n'a pas retrouvé ses voisins, ses amis et ses proches. Il ne restait qu'un sixième des trois millions d'habitants qui peuplaient cette grande ville soviétique avant le siège : 1,5 millions ont été évacués, plus de 650 000 sont morts, principalement de faim.

Pourquoi Léningrad était-elle si importants pour Hitler ? La ville ne faisait pas que représenter une menace pour le flanc gauche de l'armée nazie, elle était aussi importante du point de vue logistique. Si les Allemands avaient réussi à prendre possession de Léningrad, ils auraient eu à leur disposition un port maritime et une gare ferroviaire importante, ce qui aurait été capital pour le ravitaillement. 

La ville s'est bien défendue. Le travail de 500 000 de ses habitants l'a transformée en une forteresse. Les assiégeants ont été des cibles pour les tirs canons embarqués de la flotte de la Baltique et des canons lourds du fort Krasnaïa gorka. La densité de l'artillerie anti-aérienne lors de la défense de Léningrad a été 10 fois plus importante que lors de la défense de Londres.

N'ayant pas la possibilité de prendre la ville, les soldats du groupe des armées « Nord » ont complètement bloqué Léningrad qui était déjà assiégée au nord par les Finnois.

Depuis l'automne 1941, l'armée soviétique a essayé à plusieurs reprises de débloquer la ville, sans succès.

Evacuation

L'évacuation des habitants de Léningrad, aussi bien que des habitants de beaucoup d'autres grandes villes de l'ouest de l'URSS, a été organisée peu de temps après le début de la guerre. Le 29 juin, les trains avec les premiers réfugiés sont partis en direction de l'Est. A l'époque, la guerre était encore loin et beaucoup d'habitants ont catégoriquement refusé de quitter leurs maisons.  

Quand le 27 août les forces de la Wehrmacht ont pris possession du chemin de fer qui partait de Léningrad, nombreux étaient ceux qui n'ont pas eu le temps de quitter la ville. La crise de ravitaillement a commencé, il était impossible de nourrir tous ceux qui sont restés.

La situation a commencé à changer seulement après que le lac Ladoga ait gelé. Au total, avant octobre 1942, plus d'un million de personnes ont été évacuées de Léningrad via « La route de la vie » tracée sur ce lac.

Famine

N'importe quelle grande ville, aussi bien aujourd'hui qu'autrefois, ne possède de denrées pour plus de deux semaines. Cela a été également le cas pour Léningrad. L'incendie des entrepôts provoqué par le bombardement aérien allemand a rapproché l'inévitable. En octobre, de sérieux problèmes d'approvisionnement ont commencé, et en novembre, la famine s'est installée dans la ville.

Il était impossible d'assurer le ravitaillement par voie aérienne. La période entre la fin de navigation sur le lac Ladoga et son gel a été la plus difficile de tout le siège : les navires ne naviguaient plus et les camions ne pouvaient pas encore passer.

Le système des tickets pour la distribution des produits alimentaires ne faisait qu'organiser la famine mais ne pouvait pas la combattre. On a commencé à baisser les normes d'alimentation, le 20 novembre 1941 a été l'apogée, quand les soldats du front n'avaient droit qu'à 500 grammes de pain par jour, les ouvriers à 250 grammes, les employés et le personnes se trouvant à la charge de quelqu'un à 125 grammes.

Des milliers de personnes mouraient chaque jour de faim et de froid pendant le premier hiver du siège.

Les morts de faim en masse ont continué jusqu'à l'été 1942. Mais même plus tard, les normes d'alimentation restaient trop réduites. Même les soldats qui avaient droit aux rations les plus importantes étaient souvent sous-alimentés.

La vie dans la ville assiégée

Malgré la faim et les bombardements incessants, la ville continuait à vivre sa vie.

La ligne de front passait à 16 km du Palais d'hiver, au coeur de la ville. Les chars des ateliers de l'usine Kirov, constamment bombardée, ont été acheminés directement au front, et un tramway reliait le centre-ville à la ligne de front.

Malgré tout, l'ordre régnait dans la ville. Quand, en novembre 1941, les morts de faim sont devenus nombreux, des équipes spéciales ont été organisées pour ramasser chaque jour des dizaines et des centaines de cadavres dans les rues. En mars 1942, tous les habitants aptes au travail sont sortis pour nettoyer la ville des ordures. En avril, le rétablissement des équipements collectifs a commencé.

La 7ème symphonie de Dmitri Chostakovitch est devenue l'hymne du siège de Léningrad. Source : Youtube

Malgré les bombardements et le siège, la vie culturelle continuait à Léningrad. Même pendant le premier hiver, plusieurs théâtres et bibliothèques sont restés ouverts. En été 1942, certains théâtres et établissements d'enseignement ont rouvert leurs portes. Le 9 août 1942, a eu lieu le premier concert de la philharmonie, où a été jouée la fameuse Symphonie héroïque Léningrad de Dmitri Chostakovitch, devenue l'hymne du siège.   

 

Réagissez à cet article en en tweetant @larussie #Léningrad


Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.