Ce que l’on pense en Russie de l’éducation sexuelle

Les enquêtes ont démontré qu’à Moscou et en milieu rural, les filles commencent à avoir des rapports sexuels plus tôt que dans les autres grandes villes du pays. Crédit : RIA Novosti

Les enquêtes ont démontré qu’à Moscou et en milieu rural, les filles commencent à avoir des rapports sexuels plus tôt que dans les autres grandes villes du pays. Crédit : RIA Novosti

Les notions de mère-enfant et de mariage entre enfants sont aberrantes, et même choquantes. Pourtant, il s’agit de nos jours d’une réalité. L’âge du premier rapport sexuel des filles a tendance à baisser de plus en plus. 7,3 millions d’adolescentes dans le monde deviennent mères avant 15 ans, dont 2 millions donnent naissance à leur premier enfant avant d’atteindre l’âge de 14 ans. Leur premier rapport sexuel a donc lieu encore plus tôt. La première enquête globale a démontré que les filles russes ne font pas exception.

Pour la première fois dans l’histoire de la Russie, une grande enquête représentative sur la santé reproductive des femmes russes a été menée dans 60 régions. Cette enquête a été organisée par le Service fédéral de statistique, en coopération avec le Ministère de la santé de la Fédération de Russie et avec le soutien financier du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

Selon l’enquête, parmi les pays développés, les Etats-Unis ont le taux le plus élevé de grossesses parmi les enfants. En Russie, cet indicateur est également assez élevé. Il est plus bas qu’en Europe de l’Est, mais plus élevé qu’en Europe de l’Ouest.

« Selon les résultats de l’enquête, l’attitude des plus jeunes sondées envers leur santé, y compris la santé reproductive, diffère de l’attitude au sein d’autres tranches d’âge », a commenté la chargée de recherche du Centre d’études des problèmes de population, auprès de la faculté d’économie de l’Université d’Etat Lomonossov de Moscou, Irina Troïtskaïa. « Seule une femme sur deux (53%) a consulté un médecin au cours des 12 derniers mois précédent le sondage. 13% ont reporté leur visite chez le médecin à plus tard ».

Le débat est toujours en cours dans le pays concernant la nécessité d’enseigner l’éducation sexuelle à l’école. Les sondages ont prouvé que les élèves d’aujourd’hui ont besoin de ce type d’information. 88% des sondées soutiennent l’idée d’éducation sexuelle à l’école afin d’aborder les sujets suivants : comment survient une grossesse (87,8%) ; quelles infections sont transmises par voie sexuelle (87,6%) ; quels sont les moyens de contraception (87,4%).

Pourtant, les avis sont partagés quant à l’âge auquel il faut commencer ce type d’éducation. En ce qui concerne les questions de reproduction, une femme sur deux souhaiterait que l’information soit donnée avant l’âge de 14 ans. 43,5% proposent de remettre ces cours jusqu’à l’âge de 14-15 ans, 6,5% préféreraient attendre 16 ans et plus.

Presque une femme sur dix pense qu’il ne faut pas introduire l’éducation sexuelle à l’école car « les instituteurs ne sont pas suffisamment formés pour dispenser ce genre de cours (8,1%) ; l’éducation sexuelle inciterait les adolescents à débuter plus tôt leur vie sexuelle (7,1%) ; l’éducation sexuelle doit avoir lieu uniquement à la maison (6,2%) ; l’éducation sexuelle est contraire aux principes religieux (1,1%) ».

Les spécialistes ont souligné que les adolescents manquent cruellement de connaissances sur les moyens de prévenir une grossesse indésirée, et ils en sont pleinement conscients.

« L’école pourrait devenir une source privilégiée d’information sur les relations entre les sexes », est persuadée Irina Troïtskaïa. « L’enquête a démontré que 85% des personnes interrogées soutiennent l’idée d’inclure au programme scolaire les questions relatives aux relations entre les sexes ».

Les arguments des opposants à l’enseignement de cette matière à l’école sont aussi parfois tout à fait justifiés. La présence d’instituteurs qualifiés, l’élaboration d’un programme de qualité et la création de livres de cours sont des prérequis indispensables à l’introduction des cours d’éducation sexuelle aux programmes scolaires. Il ne faudrait probablement pas confier l’enseignement de cette matière à un instituteur déjà présent à l’école, en se basant uniquement sur la similitude des contenus pédagogiques. La connaissance des principes de reproduction des plantes ne suffit pas pour enseigner les principes de reproduction des êtres humains. Dans ce cas, savoir parler aux adolescents de sujets délicats est aussi important que de connaitre le sujet lui-même.  

Contexte

En Russie, l’interruption volontaire de grossesse est possible jusqu’à la 12e semaine, à la demande de la femme, jusqu’à la  22e semaine pour des raisons sociales, et à n’importe quel moment de la grossesse pour des raisons médicales. Les avortements (les avortements chirurgicaux et les « mini-avortements » en tout cas) sont pris en charge par l’assurance maladie obligatoire et sont donc gratuits pour les femmes. 

D’après les chercheurs, le taux d’interruptions volontaires de grossesse est un indicateur de la culture sanitaire et du bien-être matériel de la population. En 2011, en Russie, le nombre d’avortements a atteint 26,7 pour mille femmes en âge de procréer. Selon les données du Service fédéral de statistique, aujourd’hui, le nombre d’avortements a commencé à baisser. Le taux de natalité a augmenté et, pour la première fois au cours des dernières décennies, il s’est équilibré avec le taux de mortalité.

Les enquêtes ont démontré qu’à Moscou et en milieu rural, les filles commencent à avoir des rapports sexuels plus tôt que dans les autres grandes villes du pays, et donc, elles se marient et ont des enfants plus tôt. Et cela arrive d’autant plus tôt, si elles sont peu éduquées et pauvres. A contrario, plus le niveau d’éducation et de revenu est élevé, plus elles sont prudentes : elles commencent à avoir des rapports sexuels, se marient et ont des enfants plus tard.  

Article original publié sur le site de Moskovski Komsomolets

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