On n’est jamais mieux balayé que par soi même

Crédit photo : Alexandre Artemenkov / PhotoXPress

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L’été dernier, la ville de Kronstadt, située à 20 km de Saint-Pétersbourg au bord de la mer Baltique, a mis en place une mesure originale de régulation de l’immigration en remplaçant tous les balayeurs étrangers et en confiant le nettoyage de la ville exclusivement aux autochtones. Le résultat est flagrant.

Trop souvent les autorités et les experts expliquent le travail clandestin par le fait que certaines professions, comme celle de balayeur et gardien, sont boudées par les Russes.

La ville de Kronstadt a démenti ce postulat. Depuis six mois, grâce aux efforts des autorités locales, les rues de la ville sont nettoyées exclusivement par des citoyens russes.

Administrativement, l’île de Kotline, sur laquelle se situe la ville-forteresse de Kronstadt, est considérée comme un quartier de Saint-Pétersbourg. En réalité, c’est un monde à part, une autre dimension, un autre style de vie, d’autres gens.

La plupart des habitants sont des ingénieurs de la flotte, l’intellengentsia militaire, des officiers, des dynasties entières de marins et d’anciens militaires. Elle avait le statut de ville fermée jusqu’en 1996. Avec un taux de criminalité inexistant. Seuls les touristes venaient en visiteurs.

Les problèmes ont commencé dans le milieu des années 2000, avec la première vague d’immigration, les représentants de ces « nations marchandes » qui se sont installés ont essayé d’imposer leurs règles.

Mais les autorités municipales et militaires ont sû contrôler la situation en envoyant des patrouilles nocturnes qui, à défaut de pouvoir interpeller les étrangers, contrôlaient méticuleusement leurs papiers.

Selon les habitants de la ville, la situation a empiré après la crise de 2008, quand la Russie s’est trouvée confrontée à un excès de main d’œuvre étrangère. Les chantiers se sont gelés et les ouvriers clandestins sans travail ont commencé à être embauchés par les services communaux de la ville. Toute la Russie était touchée et les gardiens et balayeurs venaient pour la plupart d’Asie Centrale.

A Kronstadt, la société Jilcomservice qui était chargée de la propreté de la ville, a délégué cette tâche à une entreprise de nettoyage, Bonda, qui appartenait à des pétersbourgeois issus du bâtiment et qui employaient le surplus de travailleurs immigrés.

C’est ainsi que sont apparus les premiers « appartements élastiques » (contenant un grand nombre d’immigrés) et les premiers squats dans des bâtiments abandonnés du Ministère de la Défense. Puis, ils ont ramené leurs familles. Les habitants n’ont pas supporté.

Le maire de Kronstadt Terentiy Mechtcheriakov souligne que « le problème principal de Kronstadt est le manque d’emplois. Chaque jour, des milliers de personnes se rendent au travail à Saint-Pétersbourg ».

« Deuxième problème, nous souhaiterions que les gens qui travaillent à Kronstadt dépensent leur salaire ici, dans nos magasins, au lieu de l’envoyer dans leur pays. L’avantage économique : les autochtones qui travaillent pour les services communaux paient des impôts et accroissent le budget. Quant à l’éthique : dans notre ville, il est inacceptable que les gens vivent à 30 dans des caves ».

Et la situation est semblable pour toute la Russie. Un problème récurrent : le travailleur est dans l’illégalité ou il doit donner la moitié de son salaire. Personne n’aime se faire exploiter, même un clandestin. S’il trouve mieux ailleurs, il revend tous ses outils et le voilà parti vers sa nouvelle vie.

Dès que les conditions des travailleurs clandestins sont devenues trop difficiles, l’administration de Kronstadt a eu le retour de la balle par le biais des forums municipaux, avec des messages de citadins mécontents : « Kronstadt croule sous les ordures ! », « Faites revenir mon balayeur Ouzbek ! ».

La toile était remplie de témoignages, la presse a pris le relais, puis la procurature a mené une enquête en se rendant aux adresses dénoncées dans les plaintes, mais n’a trouvé aucune effraction à la loi.

« Tout ce bruit dans presse nous a plutôt aidé. Notre nouvelle mesure a été vite propagée et nous avons réussi à trouver plus rapidement notre équipe de balayeurs. Une femme est venue de Pskov, après avoir vu à la TV un reportage sur Kronstadt : recherchons gardiens, assurons le logement », raconte le maire de Kronstadt.

Par ailleurs, les appartements « élastiques » ont été délogés, en imposant aux propriétaires des charges de 60 à 80 000 roubles (1350 à 1800 euros) par mois, selon le nombre de locataires réels comptés avec l’aide des voisins témoins.

Terenti Mereschtchiakov ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Il compte « réduire le nombre de fonctionnaires dans les services communaux et augmenter le salaire des gardiens jusqu’à ce que les gens fassent la queue pour ce métier ».

Les habitants seront chargés de contrôler la qualité du travail eux-mêmes et noter leurs gardiens sur une carte interactive de Kronstadt.

Avantages proposés à l’employé des services communaux de Kronsadt 

1. Logement dans un immeuble HLM : 1000 roubles (23 euros) par mois + les charges
2. Domiciliation dans la ville de Kronstadt
3. Livret de travail, travail officiel, ancienneté
4. Salaire moyen : à partir de 20 000 roubles (450 euros) pour 2 terrains + primes
5. Automatisation possible pour augmenter son salaire en cumulant des terrains supplémentaires (si tu peux gérer 5 terrains à l’aide d’un aspirateur, libre à toi).

    Source : Komsomolskaya Pravda

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