Une journée sans photos

Vendredi 27 septembre, plusieurs médias sur le net ont refusé de publier des photos en signe de protestation contre l'arrestation du photographe Denis Sinyakov qui couvrait l'action de Greenpeace sur une plateforme pétrolière au large de Mourmansk pour le site d'information Lenta.ru.

Les sites internet Lenta.ru, Gazeta.ru, les sites des télés internet Dojd' et NTV, la station de radio Ekho Moskvy, les revues Rousski Reporter, Bolchoï Gorod et The New Times, ainsi que les journaux Soverchenno Sekretno, mais également les publications internet Rousskaïa Planeta et Znak.com se sont ralliés à l'action en faveur du photojournaliste. Les publications ont remplacé leurs photos par des cadres gris et des chapeaux noirs accompagnés d'appels aux lecteurs.

Les journalistes russes ont également signé une lettre ouverte demandant la libération de Denis Sinyakov et la levée de toutes les accusations contre lui. « Nous nous adressons aux plus hautes instances du gouvernement avec la demande de respecter la législation, nous les appelons à ne pas laisser cette situation sans attention », est-il écrit dans la lettre publiée sur Lenta.ru. Un lien y renvoie à une pétition organisée sur le site de la radio Ekho Moskvy.

L'adjoint du rédacteur en chef d'Ekho Moskvy, Tatyana Felgengauer, est persuadée qu'une telle action attirera l'attention et changera le sort de Denis Sinyakov. « Pour nous c'est très important, dit-elle. Nous savons qu'en Russie, il n'est pas facile pour les journalistes de travailler et il est très important qu'on ne nous empêche pas de travailler. L'un d'entre nous pourrait se retrouver à la place de Sinyakov demain, en se retrouvant simplement, par devoir professionnel, à une action ou un meeting interdits par le pouvoir. Nous voulons montrer à quoi peuvent ressembler des médias dont les photojournalistes sont empêchés de travailler. Notre site, de 8 heure du matin à 6 heure du soir, ne comprend aucune photo ».

Le célèbre journaliste russe et membre de la Chambre civile, Nikolaï Svanidze, indique qu'une telle action n'est seulement qu'une initiative temporaire, mais c'est un précédent important qui témoigne du renforcement de la société civile en Russie. « C'est un tout composé d'actions particulières, comme la plage est composée de grains de sable. D'un autre côté c'est un cas particulier, mais il confirme qu'il y a bien une solidarité entre journalistes. Elle peut ne pas toujours apparaître dans les bons formats, mais ici la mobilisation des journalistes est évidente, explique-t-il. Je dois souvent faire face à des cas de harcèlement des journalistes, mais ils ne peuvent pas toujours se plaindre. La situation est pire avec la presse régionale ».

Svanidze est certain qu'il est possible de défendre le journaliste moscovite d'une autre façon encore, mais si les pouvoirs régionaux commencent à opprimer le correspondant d'un petit journal, alors peu reste à faire. « En région le gouverneur à un pouvoir illimité et souvent les journalistes sont amenés à en subir l'influence. On peut empêcher les rédactions de publier des articles qui dérangent les fonctionnaires locaux. A Moscou il y a de la marge pour manoeuvrer, c'est le centre de direction du pays et des institutions fédérales, il y a beaucoup de journalistes, il y a des ressources de pouvoir, de la place pour aller travailler », remarque Svanidze.

Felgengauer note également la mobilisation de la communauté journalistique, « la solidarité journalistique est incontestable et nous le voyons à travers différents exemples. Les journalistes ne manifestent pas depuis très longtemps, depuis le conflit entre le Comité d'enquête de Russie et le journal Novaya Gazeta. Ces actions sont devenues le sujet de nombreuses discussions à un très haut niveau, indique la journaliste. Aujourd'hui nous soutenons le photojournaliste de Lenta.ru, le rédacteur en chef de la publication appuie cette initiative. C'est une absurdité qu'un journaliste photographiant l'action soit arrêté de la même manière que sont arrêtés les protagonistes de son reportage. Beaucoup de rédactions se sont jointes à nous ».

L'action de Greenpeace contre le producteur de pétrole en Arctique a été effectuée sur la plateforme Prirazlomnaïa le 18 septembre. Deux activistes écologistes de l'organisation ont tenté d'atteindre la plateforme, sans être arrêtés par les gardes côtiers. Le 19 septembre les commandos du FSB ont escorté jusqu'à Mourmansk l'Arctic Sunrise sur lequel se trouvaient les activistes de Greenpeace. Les trente membres de l'équipage, une grande partie desquels sont des citoyens étrangers, ont été arrêtés et placés en prison.

Tous les membres de l'équipage de l'Arctic Sunrise ont été inculpés pour piratage en vertu de l'article 227 du code criminel. Le 26 septembre, la justice a condamné 22 membres de l'équipage à deux mois, y compris le photographe Denis Sinyakov. L'enquête le considère comme l'un des « activistes écologistes », et la raison donnée de son arrestation a été ses « multiples départs à l'étranger ». La décision de justice concernant les huit autres membres de l'équipage de l'Arctic Sunrise a été reportée à dans 72 heures.

 

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