Hausse de la conscience écologique, un emballage à la fois

Plus de 75% des consommateurs russes interrogés ont dit avoir acheté un produit dont l’emballage était respectueux de l’environnement. Mikhaïl Mordassov/RIA Novosti

Plus de 75% des consommateurs russes interrogés ont dit avoir acheté un produit dont l’emballage était respectueux de l’environnement. Mikhaïl Mordassov/RIA Novosti

Selon une étude du géant mondial de l’emballage Tetra Pak publiée la dernière semaine, les consommateurs russes montrent davantage d’intérêt et de demande pour les emballages respectueux de l’environnement que les habitants de certains pays développés, mais se placent tout de même en bas d’un classement reprenant 11 grands marchés de consommateurs en termes de réelles activités de recyclage.

Mais alors que les Russes tentent d’acquérir des réflexes écologiques, les « verts » estiment que les consommateurs occidentaux peuvent également influencer les producteurs d’emballages afin qu’ils garantissent une exploitation durable des ressources naturelles russes.

La mentalité écolo des consommateurs étrangers et l’exploitation des ressources naturelles en Russie sont fortement liées dans le secteur forestier car la majorité des produits sont exportés.

Afin de mieux identifier les attitudes face au recyclage et aux emballages écologiques, principalement constitués de papier et fabriqués de façon à faciliter au maximum leur recyclage, Tetra-Pak a mené au printemps dernier des études en ligne et des entretiens approfondis auprès de 7 000 consommateurs dans 11 pays.

Plus de 75% des consommateurs russes interrogés ont dit avoir acheté un produit dont l’emballage était respectueux de l’environnement, et 70% ont déclaré qu’ils l’avaient acheté même s’il coûtait plus cher. Ces chiffres sont plus élevés qu’au Japon, au Royaume-Unis et aux États-Unis.

Cependant, en ce qui concerne le recyclage, la Russie se place à l’avant-dernière place sur les 11 pays, ne dépassant que l’Afrique du Sud. Seuls un peu plus de 50% des Russes ont affirmé trier et séparer certains articles pour le recyclage, contre 84% au Brésil, 97% en Chine et 93% en Inde.

« Les consommateurs (des pays Brics) sont très ouverts et comprennent réellement l’importance des produits respectueux de l’environnement. De plus, ces marchés connaissent la plus forte croissance dans notre secteur », explique le vice-président de Tetra Pak Charles Brand au « Moscow Times ». « Mais la difficulté ne vient pas des consommateurs. Il faut essayer de rendre le recyclage plus efficace ».

Andreï Ptitchnikov, responsable du « Forest Stewardship Council » (FSC) russe, indique qu’une des raisons pour lesquelles le recyclage est moins développé en Russie est que sa densité de population est plus faible que dans les autres Brics. Les habitants ont en effet toujours bénéficié d’énormes espaces pour jeter leurs déchets. Le gouvernement russe constitue un autre obstacle important car il n’a jamais lancé de programmes pour promouvoir l’industrie du recyclage.

« On ne remarque aucune volonté de travailler dans ce domaine », regrette Ptitchnikov dans une interview. « Les entreprises de recyclage traitant des déchets en Russie sont motivées, mais elles ne dégagent que 3 ou 4% de profits tout au plus ».

Protéger les forêts

Environ deux tiers du bois russe est exporté, la plus grande part allant en Europe. En plus des matières premières, les Européens bénéficient également d’avantages écologiques grâce aux forêts russes.

Les écologistes précisent que les forêts russes remplissent une fonction importante en matière de contrôle du climat. Selon Ptitchnikov, les espaces boisés absorbent le dioxyde de carbone émis localement, agissant ainsi comme un « accumulateur mondial » de cette composante au profit d’autres pays.

Les forêts russes sont également souvent plus diversifiées qu’en Europe et abritent parfois des espèces rares.

D’après Ptitchnikov, ce n’est pas la quantité qui pose vraiment question dans le secteur forestier russe car la surface totale ne diminue pas. Les problèmes viennent des pratiques abusives en matière d’exploitation et qui peuvent causer des dommages environnementaux. La déforestation, notamment dans les régions d’Arkhangelsk et d’Irkoutsk, laisse le sol non-protégé et, par conséquent, l’empêche de retenir l’humidité. Ce phénomène favorise l’aridification.

C’est dans ce domaine que les Européens peuvent utiliser leur pouvoir de consommateur pour influencer la façon dont les forêts sont gérées en Russie.

Connaissance de la marque

Le FSC est une organisation non gouvernementale qui délivre des certificats aux entreprises d’exploitation et leurs clients gérant durablement les forêts. 19% des consommateurs du monde entier arrivent à identifier le logo FSC, symbolisé par un arbre vert sur les emballages des producteurs certifiés, avec une pointe à 54% au Royaume-Uni. Seuls 9% des consommateurs russes reconnaissent ce logo.

« Notre défi est de sensibiliser les consommateurs », indique Marcelle Peuckert, directeur du développement au siège de FSC à Bonn. « Nous n’avons jamais eu de vision internationale en ce qui concerne notre publicité. La gestion forestière est incroyablement complexe. Sensibiliser les consommateurs sur ce sujet est un véritable challenge ».

Malgré la mauvaise connaissance de FSC en Russie, le bureau local émet annuellement 60% de certificats en plus aux compagnies, notamment parce que les consommateurs occidentaux exigent une homologation écologique et que les fournisseurs basés en Russie doivent respecter cette norme pour rester compétitifs.

« Les Européens influencent de manière efficace les pratiques d’exploitation forestière en Russie », explique Ptitchnikov. « Les entreprises sont tenues de fournir des produits certifiés et commencent à travailler selon nos critères. Cela implique qu’elles doivent prendre des mesures qu’elles ne prenaient auparavant, comme protéger la biodiversité et renoncer aux coupes rases de masse ».

Les pays européens sont traditionnellement les principaux importateurs de bois russe, tendance qui s’est renforcée après l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce, entraînant une baisse de 250% du prix du bois exporté. Mais maintenant, même les acheteurs de pays moins développés, tels que l’Egypte par exemple, demandent du bois russe certifié par le FSC.

Article original publié sur le site de The Moscow Times le 18 septembre 2013

 

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