En Russie, l’inondation s’est étendue sur un million de kilomètres carrés

L’eau a effacé tout espoir de récolte car l’inondation a touché les régions agricoles principales de l’Extrême-Orient. Sergueï Mamontov/RIA Novosti

L’eau a effacé tout espoir de récolte car l’inondation a touché les régions agricoles principales de l’Extrême-Orient. Sergueï Mamontov/RIA Novosti

L’Extrême-Orient russe est ravagé par une inondation sans précédent, jamais vue ni par les habitants de longue date, ni même dans les annales historiques. Un million de kilomètres carrés est affecté par l’eau, le territoire comparable à l’Oklahoma, le Texas et le Nouveau-Mexique réunis. La situation change d’une heure à l’autre, et toujours pour le pire : les pluies diluviennes continuent, les centrales hydroélectriques évacuent précipitamment leurs réservoirs, alors que l’eau de la rivière Songhua s’approche de la région.

Selon les autorités, le pire scénario prévoit une évacuation de 100 milles personnes des villes et villages inondés. Aujourd’hui, plus de 21 milles personnes ont déjà quitté leurs maisons.

Une de ces personnes est Alexandre Levin, retraité vivant dans un petit hameau Kukelovo dans la Région autonome juive. Malgré l’inondation qui a touché sa maison et malgré la difficulté qu’il éprouve en marchant, il a toujours refusé catégoriquement de quitter le village envahi de plus en plus par l’eau. Pourtant, une voiture du Ministère des situations d’urgence a été envoyée à sa rescousse, et Nikolaï Kolesnikov, inspecteur chargé de la prévention des risques d’incendie du district Leninski et habitant du même village, a porté ce têtu dans ses bras pour l’évacuer de la zone dangereuse.

Les autorités ont affecté les écoles et les collèges pour abriter temporairement les victimes de l’inondation. Le sol des salles de sport est couvert des centaines de matelas. Les militaires ont envoyé ici des bains et des fours mobiles. Dans les centres de crise, les sinistrés reçoivent de la nourriture et sont encadrés par des médecins et des psychologues. 

« Tout est détruit – ma maison comme mon potager,  pleure Svetlana Philippovna. Nous avons déjà touché à la première compensation, 10 milles roubles. On nous a promis encore plus. Ma famille doit recevoir 400 milles roubles. Nous ne pourrons pas construire une nouvelle maison avec cet argent, mais nous n’avons même pas le temps à le faire, l’hiver arrivant dans un mois ou un mois et demi ».

Certains habitants désespérés de la région de l’Extrême-Orient russe refusent catégoriquement de quitter leurs maisons natales, malgré l’eau qui continue à monter. Ils se déplacent vers les étages en haut, les greniers et veillent à ce que les biens qui restent ne tombent pas entre les mains des pillards. Dans le village Vladimirovka (dans la région de l’Amour), inondé jusqu’aux toits, une vieille habitante reste dans sa maison. Elle refuse de s’évacuer en disant qu’elle était témoin de pire. Tous ceux qui essaient de s’approcher de sa maison sont repoussés par le feu de son pistolet de détresse.

L’eau a effacé tout espoir de récolte car l’inondation a touché les régions agricoles principales de l’Extrême-Orient. L’hélicoptère survole un territoire en un état déplorable : parfois une ligne de soja ou une île de blé resurgissent du miroir marron et gris de l’eau. Et cette étendue d’eau semble interminable. Les régions du bassin de l’Amour sont les producteurs principaux de soja en Russie abritant la moitié des récoltes de soja dans le pays. L’inondation n’en a laissé aucune trace.

Les îles du fleuve Amour disparaissent l’une après l’autre. Ce sort attend aussi l’île Bolshoi Ussuriysky ou l’île de Heixiazi, dont une partie appartient à la Chine et l’autre – à la Russie. Les deux parties de l’île sont privées d’électricité, presque tous les habitants sont évacués, les seules personnes restantes étant les gardes-frontières. Les districts de la province de Heilongjiang souffrent aussi d’une inondation ravageuse,  le nombre de victimes dépassant deux cents. Du côté russe, il n’y a pas de victimes.

Des forces considérables ont été réunies pour protéger et sauver les habitants de la région. Chaque jour, des avions de transport arrivent à l’Extrême-Orient. Ils apportent des hôpitaux ambulants, des barrages, des produits alimentaires et des médicaments. Ils ont déjà fourni des centaines de tonnes de vaccins : dans les régions sinistrées, les habitants passent une vaccination urgente contre l’hépatite A et la dysenterie. Treize mille secouristes travaillent dans la région, venus des quatre coins de la Russie.

La capitale de l’Extrême-Orient russe, Khabarovsk, est aussi menacée par la grande crue. L’inondation record a été enregistrée ici à la fin du XIX siècle, lorsque l’eau a grimpé à 620 centimètres. Actuellement l’eau a atteint le niveau de sept mètres, et selon les hydrologues, dépassera les huit mètres d’ici une semaine. La ville étendue sur le bord du fleuve à plus de 50 mètres est protégée par des barrages qui sont renforcés jour et nuit. Des milliers de sacs de sable sont déposés par les soldats et les bénévoles le long du quai de la ville.

Un homme d’affaires japonais, vêtu de gants blancs, a porté ces sacs lourds hier de midi à sept heures du soir, pour aider les habitants. « Je suis là pour une mission, explique-t-il. Je suis témoin du malheur qui attend cette belle ville, je ne peux donc pas rester indifférent ».

Pourtant le fleuve débonde, il dépasse les barrages créés par l’homme, les vagues clapotent déjà dans certaines rues et autoroutes de la ville, s’approchent des maisons.

Cette catastrophe pour les habitants n’est qu’une étape de vie normale de l’Amour.

« L’inondation n’est pas néfaste au fleuve : la situation dont nous sommes témoins et une étape du régime naturel de l’Amour, d’ailleurs sa vallée, son lit majeur et tous les êtres vivants qui les habitent y sont prêts », explique Alexeï Makhinov, docteur en géographie et vice-directeur chargé de la science de l’Institut des problèmes aquatiques et écologiques de l’Académie des sciences russe. Il rajoute : « Pourtant, cette grande crue influence sans doute considérablement le chenal du fleuve. Si le courant se déplace vers le bras gauche du fleuve dans sa partie moyenne, cela pourrait provoquer un changement de la ligne frontalière entre la Russie et la Chine, qui passe par la ligne de navigation ». 

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