Les blogs se frayent une place dans le monde politique

Crédit photo : ITAR-TASS

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La participation des blogueurs dans la politique russe est devenue habituelle et l'implication des politiciens dans la blogosphère est désormais la norme. Presque chaque gouverneur, maire ou membre d'un parti possède son propre blog. La correspondante de La Russie d'Aujourd'hui a découvert les raisons du succès des journaux politiques virtuels, et qui les écrit vraiment.

La blogueuse Alena Popova est appelée par l'administration de la circonscription de la capitale. La directrice du service de presse l'invite d'une voix sévère à un entretien : « Nous avons un travail à temps partiel dans la salle de presse à vous proposer, le salaire est de 30 milles roubles (750 euros) pour tenir un blog». 

Ce n'est pas sans surprise qu'Alena reçut l'invitation à cet entretien d'embauche, dans son blog il n'a jamais été question de politique mais seulement de voyages et de chatons persans, qui, étonnamment, ont attiré des milliers d'internautes. Le mystère fut rapidement révélé. La directrice du service de presse proposa à la blogueuse d'écrire un blog au nom du chef de la circonscription.

Le directeur en poste a l'habitude d'écrire dans une langue bureaucratique. Alena a traduit le langage abscons en une langue pour le grand public. Mais le chef du district n'a pas accepté son texte : « Je ne peux m'exprimer ainsi. Que diront mes collègues ? », s'est-il ému.

Alena n'a pas obtenu le poste mais le blog de la circonscription fut bien créé, rappelant il est vrai bien plus une collection de revues de presse qu'un véritable journal virtuel. 

« En général les politiciens ou les maires n'ont pas besoin de toucher un très large public sur Internet. Il leur suffit d'être suivis par les journalistes, leurs collaborateurs et collègues qui tentent aujourd'hui de comprendre quelles sont les orientations de leurs chefs », indique l'ancienne porte-parole de la mission permanente du kraï de l'Altaï, Marina Reznikova.

"Le gouverneur de l'Altaï aimait écrire lui-même son blog et y recevoir des appréciations de ses actions. C'est une communication directe et instantanée ». 

Presque tous les gouverneurs, maires et représentants officiels des partis ont leurs blogs, mais en règle générale ils n'obtiennent que difficilement la confiance de leurs lecteurs. La société Profi Online Research a mené un sondage des internautes sur la question de leurs relations avec les blogs des acteurs politiques connus.

Le sondage montre que 57% voient les blogs des politiciens seulement comme un moyen de s'adresser directement à une personne en poste pour une plainte ou une demande. 21% des sondés pensent que les blogs politiques sont une vitrine de marque.

Attirer l'attention des lecteurs et influer sur leurs idées requiert d'autres démarches. « Il nous faut par exemple attirer l'attention à travers les blogs de tourisme du Kraï de l'Altaï, raconte Marina Reznik.

« Pour cela il nous a fallu inviter dans le kraï de célèbres blogueurs qui écrivent sur les thèmes du tourisme, qu'on les emmène voir les endroits magnifiques et les lieux de loisir de la région. Ils ont ensuite écrit dans leurs blogs non seulement sur la nature et l'accueil, mais également sur le gouverneur qui leur a organisé la réception »

La blogosphère fonctionne selon les mêmes règles que celles de la vie de tous les jours. L'intérêt peut être suscité chez des personnes très différentes. Le blog de l'opposant Alexeï Navalny occupe depuis déjà longtemps la troisième place des blogs les plus visités. Mais Navalny n'a pas du tout commencé comme un politicien. Il a attiré ses lecteurs par son extraordinaire passé et ses articles à révélations. Sa popularité est arrivée par la blogosphère.

Mais les politiciens officiels ont peu de chance d'entrer dans le top dix des blogs les plus visités. A la deuxième place des blogs les plus populaires après celui du président et du premier ministre, on trouve le site du président du parti du LDPR (Parti libéral-démocrate de Russie), Vladimir Jirinovski.

Mais sa popularité ne vient pas tant de l'intérêt qu'éprouvent les lecteurs pour sa politique que de la curiosité suscitée par les sorties hautes en couleurs du politicien à scandale. 

Toutefois, selon les experts, la politique au sens pur du terme n'intéresse les lecteurs qu'une fois tous les quatre ans : après les élections. Mais cette dynamique est ensuite difficile à maintenir.

« Le pouvoir n'est pas critiqué sur les réseaux seulement par les paresseux, mais ce ne sont pas des discussions concernant la politique. L'intérêt pour les blogs politiques est soutenu exclusivement si l'échange d'information se fait sur des thèmes différents, explique la producteur de la blogosphère Ilya Holtzman. La demande pour les blogueurs existe seulement en raison du fait que les médias ne transmettent pas les opinions de l'opposition ».

Le député de la Douma Dmitri Goudkov tient lui-même son blog et l'information est renouvelée quasi quotidiennement, mais il ne court pas après les lecteurs. La qualité supplante peu à peu la quantité dans la blogosphère : « Si je souhaitais attirer tous les internautes du net, j'aurais publié sur ma page des photos de femmes dénudées. Mais je n'ai besoin de toucher que le public auquel j'aspire ».

"Si les posts sont intéressants, alors ils peuvent rassembler un public stupéfiant, plus large que celui des médias. Le post qui a engendré le plus de visites fut celui sur les voitures hors de prix des fonctionnaires. Pour le préparer, nous avons mené une enquête spéciale et envoyé des questionnaires dans les salons automobiles », explique Dmitri Goudkov.

Selon Goudkov, une enquête peut souvent profiter de l'aide du public. On trouve des volontaires prêts à prendre des photos, à trouver des documents ou des preuves. Le nombre d'abonnés peut ainsi croître. 

C'est peut-être pour cela que les députés de la Douma souhaitent lutter contre les blogueurs. Les parlementaires proposent ainsi d'apporter des amendements à la loi selon laquelle si la page obtient plus de 10 000 abonnés, elle est automatiquement assimilée aux médias.

Mais au sein de la blogosphère on rit de cette initiative et on fait valoir que les lois du web fonctionnent tout à fait différemment, vouloir changer la situation par des décisions officielles est impossible.

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