Le destin des assassins

Nikolaï, Olga, Tatiana et Anastasia pendant leur captivité à Tobolsk en 1917.

Nikolaï, Olga, Tatiana et Anastasia pendant leur captivité à Tobolsk en 1917.

95 ans après les faits, nous ne connaissons toujours pas le nombre exact de régicides. Selon l'une des versions, il y en a eu huit, selon une autre – onze, soit le nombre identique à celui des victimes. Les principaux régicides sont Iourovski et Medvedev-Koudrine. Les deux écrivirent des mémoires comportant des descriptions détaillées de la nuit de la fusillade. Les deux étaient fiers de leur rôle historique. Les deux occupèrent des postes élevés et furent des membres respectés de la société soviétique.

Iakov Mikhaïlovitch Iourovski (1978-1938) en 1918 il est le commandant en chef de la villa Ipatiev à Sverdlovsk, où est détenue la famille royale, il dirige également le peloton d'exécution. Selon Iourovski, il exécuta personnellement le tzar Nikolaï II.

La participation du juif Iourovski à l'exécution permit aux nationalistes de déclarer : « Notre père le tzar a été tué par des étrangers ». En réalité, il n'y avait que deux « étrangers » : Iourovski ainsi que le tireur letton Emile Celms dont la participation à l'assassinat n'a pas été définitivement prouvée.

Iakov Iourovski

Joaillier de profession, la nuit de l'exécution il se fixa l'objectif de retrouver les diamants du tzar. Il les trouva, en effet : l'inspection des corps révéla que les quelque huit kilos de diamants de la famille royale étaient cousus dans les habits des princesses. Iourovski remit ensuite tous les bijoux au commandant du Kremlin de Moscou. Les premiers bolcheviks étaient assez désintéressés mais infiniment cruels.

Il occupa les postes de chef de la Tchéka [« commission extraordinaire », forme abrégée de « Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage », ndlr] régionale de l'Oural, de chef du département or du Gokhran (l'Agence des métaux et pierres précieuses), de directeur du Musée Polytechnique de Moscou.

Ce sont toutes des positions hautes et stratégiquement importantes durant les premières années du pouvoir Soviétique.

Iourovski décède à l'hôpital du Kremlin, accessible uniquement aux fonctionnaires privilégiés, décorés par l'État. Son diagnostique stipule : ulcère gastroduodénal. Les témoignages disent que sa mort était douloureuse.

Les assassins du tzar étaient amis et se voyaient régulièrement. Iourovski, Goloshchokin et Medvedev qui participèrent à l'exécution, discutaient de leur crime commun autour d'une tasse de thé. Ils aimaient particulièrement se disputer le premier tir cette nuit-là.

Un jour, Iourovski arriva au rendez-vous triomphant. On lui avait rapporté un livre publié en Occident qui disait noir sur blanc qu'il tua Nikolaï. Il était heureux.

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Mikhaïl Alexandrovitch Medvedev - Koudrine (1891-1964) occupa des positions élevées après la révolution. Il était, par exemple, le chef adjoint de la 1e division du département spécial du NKVD de l'URSS. Dans les années 30, il visitait les universités de la province pour y faire le récit de l'exécution du tzar.

Fin des années 1950, il recevait une pension personnelle de 4 500 roubles. Lors de sa rencontre avec les étudiants en droit de l'Université de Moscou, il se faisait un plaisir de leur raconter comment en 1918, ils économisaient les balles et achevaient les ennemis des ouvriers avec des baïonnettes.

Mikhaïl Medvedev - Koudrine

Medvedev termina sa carrière avec le grade de colonel. Avant sa mort, il laissa des mémoires détaillés de l'assassinat de la famille royale, adressés au dirigent de l'URSS de l'époque, Nikita Khrouchtchev («Tourbillons ennemis», manuscrits inédits). Dans ses mémoires, il conteste le rôle de chef de Iourovski et s'attribue le mérite de la destruction de la famille royale.

Medvedev fut enterré avec les honneurs militaires au cimetière Novodevitchi, la nécropole la plus prestigieuse du pays. Il légua le browning qui servit à l'exécution du tzar à Khrouchtchev personnellement.

Après la mort de son père, le fils de Medvedev convainquit le fils de Nikouline de témoigner à la radio.

On croit que Nikouline ne participa qu'à la reconnaissance post-mortem des corps des Romanov : « Alors, je me rappelle, en 1936, j'étais encore petit, Iakov Mikhaïlovitch Iourovski venait chez nous et écrivait quelque chose... Je me rappelle qu'avec papa, ils précisaient quelque chose, parfois se disputaient... Qui tira sur le tzar en premier... Papa disait que c'était lui, Iourovski disait que c'était lui... »

 Un autre régicide, Radzinski, enregistra ses mémoires sur magnétophone : « L'un de nous est descendu dans l'eau avec des cordes et tirait les cadavres hors de l'eau. D'abord, on a sorti Nikolaï. L'eau était tellement froide que les visages des cadavres avaient les joues rouges, on aurait dit qu'ils étaient vivants ... Le camion s'est coincé dans les marécages, on a eu du mal à sortir la voiture... Puis nous avons eu cette idée... On s'est dit qu'on ne pouvait pas trouver un meilleur endroit... Nous avons creusé dans les marécages, avons couvert les cadavres d'acide sulfurique, les avons défigurés... Il y avait un chemin de fer pas loin... Nous avons pris de la ferraille pourrie pour masquer les tombes... Nous n'avons enterré qu'une partie des exécutés, les autres ont été brulés... Nikolaï a été brulé, c'est sûr... Botkine aussi...et Alexeï, je crois... »

 Au début des années 1980, le chef du KGB Andropov aimait écouter les confessions des régicides. Les rumeurs disent que ces enregistrements sont encore conservés dans les archives du KGB.

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