Des activistes trouvent la « pédophilie » au sein du théâtre russe

Crédit : RIA Novosti

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Les créateurs de la pièce de théâtre Le Pillowman, mise en scène par le Théâtre MKhAT de Moscou, ont été accusés d’avoir abusé sexuellement d’acteurs mineurs. Le metteur en scène Kirill Serebrennikov, qui a annoncé cette nouvelle plutôt bizarre, a déjà été interrogé par la police.

Une scène de la pièce Pillowman, au théâthe MKhAT de Moscou. Crédit : RIA Novosti

La pièce Pillowman du dramaturge irlando-britannique Martin McDonagh fait partie du répertoire du célèbre Théâtre MKhAT de Moscou depuis 2007. Durant six ans, tout allait : le spectacle faisait salles combles et les enfants acteurs y participant se sentaient bien… Jusqu’à ce que la pièce fut attaquée par des activistes. Un spectateur anonyme a porté plainte à la police après avoir interprété certaines scènes d’« actes de pédophilie ».

C’était le metteur en scène de la pièce, Kirill Serebrennikov, qui a annoncé cette nouvelle stupéfiante sur sa page facebook. M.Serebrennikov a en outre avoué qu’il avait déjà été interrogé par la police. En répondant à la question de savoir si les enfants participant au spectacle comprenaient qu’il y a des scènes de violence, le metteur en scène a déclaré que sa réprésentation ne contenait pas d’épisodes pareils.

Les policiers lui ont ensuite demandé de décrire l’idée principale de la pièce. « L’humanisme. Un artiste est toujours un embarras pour un état policier. Les enfants ne doivent pas souffrir. Les salauds doivent être punis. Atteint d’une tyrannie, l’État s’effondre. Les salauds se cachent toujours derrière la préoccupation des enfants. Le totalitarisme est un mal ». Tel fut la réponse de M.Serebrennikov qui a évidemment décidé de lancer un dialogue symbolique avec le pouvoir, en dénonçant l’hypocrisie des autorités.

Célèbre en Russie comme metteur en scène et réalisateur, M.Serebrennikov a notamment tourné plusieurs films d’art et d’essai, y compris Playing the Victim, qui a remporté en 2006 le prix du meilleur film de la première édition du Festival de cinéma de Rome. Parmi ses œuvres théâtrales figurent The Scumbags, d’après les œuvres de l’écrivain russe Zakhar Prilepine et Près de zéro, d’après le roman par un auteur inconnu se cachant derrière le pseudonyme Natan Doubovitsky (plusieurs journalistes russes affirmaient que c’était Vladislav Sourkov, l’idéologue numéro un du Kremlin, tombé en disgrâce depuis quelques mois).

Actuellement, M.Serebrennikov dirige le centre Gogol, un théâtre « open space » très populaire chez la « nouvelle intelligentsia » moscovite, les jeunes partisans des idées libérales. Le metteur en scène est devenu directeur du théâtre l’année dernière, nommé par le chef du département culturel de l’administration de Moscou Sergueï Kapkov dans le cadre d’une « modernisation culturelle » de la capitale russe, menée par la mairie. Une fois nommé, le metteur en scène a commencé à transformer un théâtre russe classique en un établissement « open space » selon le modèle occidental, ce qui a entraîné le licenciement de plusieurs acteurs. La reforme a provoqué un tollé général, une série de scandales et de manifestations. Cependant, les protestataires n’ont réussi à rien changer. Le théâtre Gogol, pas vraiment fréquenté par le public moscovite, a été finalement transformé en un « laboratoire d’art » de nouvelle génération.

Il est à noter également que parmi les activistes qui ont accusé les créateurs de Pillowman de pédophilie figure une certaine Mme Zaïkova, membre du comité d’éthique de la Douma (chambre basse du parlement russe). Cette même femme est en outre l’épouse de l’acteur Zaïkov, limogé par Kirill Serebrennikov du théâtre Gogol au cours de la réforme de l’année dernière. Le metteur en scène affirme donc que Mme Zaïkova, qui l’avait déjà critiqué devant les journalistes avant le scandale de Pillowman, veut venger son mari.

Très médiatisée, l’affaire a soulevé un tollé général, d’autant plus que Kirill Serebrennikov est un artiste très connu en Russie. Le metteur en scène a déjà baptisé ce genre de scandales « mizouling », du nom d’Elena Mizoulina, présidente du comité pour la famille de la Douma. Beaucoup croient que c’est grâce aux activités de la responsable que l’homophobie et l’hystérie anti-pédophile sont en hausse au sein de la société russe.

Avant Pillowman, c’était l’opéra Le Songe de nuit d’été du Théâtre académique musical de Moscou qui avait subi une attaque pareille. En mai 2012, le délégué du président russe pour les droits des enfants Pavel Astakhov a reçu une plainte anonyme selon laquelle les enfants du chœur participant au spectacle, étaient abusés sexuellement. Une commission spéciale convoquée par le département de culture de l’administration moscovite n’a pas réussi à constater aucun signe de pédophilie dans l’opéra. De plus, le spectacle a reçu la Masque d’or, prix théâtral le plus prestigieux de Russie.

Ce dernier épisode a provoqué l’indignation d’un autre député de la Douma. Sergueï Jelezniak, membre du parti au pouvoir Russie unie, qui peut rivaliser avec Elena Mizoulina quant à la fréquence de déclarations fortes concernant les bonnes mœurs, a demandé d’adopter une loi interdisant la « propagande de pédophilie » dans des représentations théâtrales.

Kirill Serebrennikov qui s’est trouvé au centre d’un nouveau scandale médiatique, a promis à ses abonnés facebook de leur fournir toutes les informations sur les actions des enquêteurs. Les internautes russes ont déjà comparé le scandale avec l’absurdité du Procès de Franz Kafka.  

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