Épouse heureuse, vie heureuse !

Svetlana Medvedev fait en outre partie du comité d’organisation du festival du film orthodoxe pour enfants baptisé « L’ange radieux ». Crédit : Sergueï Piatakov/RIA Novosti

Svetlana Medvedev fait en outre partie du comité d’organisation du festival du film orthodoxe pour enfants baptisé « L’ange radieux ». Crédit : Sergueï Piatakov/RIA Novosti

La Russie ne s’est jamais familiarisée avec le rôle occidental de Première dame, s’impliquant activement dans des oeuvres de charité et renforçant, dans un même temps, l’image de son époux. A de rares exceptions près, les décideurs politiques russes se disent contre l’exposition publique de leur épouse.

Charité non publique

Exposer son épouse le moins possible : telle est la règle qui prévaut dans le cercle des responsables russes de haut niveau. Les quelques fuites d’informations les concernant qui paraissent dans la presse se rapportent principalement à des affaires de corruption ou à des battages médiatiques liés aux publications de leurs déclarations de revenus. Ainsi, personne ne sait rien sur les éventuelles activités caritatives d’Olga Chouvalova, l’épouse la plus riche de Russie, mariée à l’un des plus hauts responsables politiques du pays, le premier vice-Premier ministre du gouvernement Igor Chouvalov. Selon sa déclaration, son revenu pour l’année 2012 atteindrait 5,1 millions d’euros. Suivent Zoumroud Roustamova (l’épouse du vice-Premier ministre russe Arkadi Dvorkovitch), Olga Mordkovitch (l’épouse du ministre de l’Education Dmitri Livanov), Maria Topilina (l’épouse du ministre du Travail), Natalia Kvacheva (l’épouse du vice-premier ministre Dmitri Kozak), qui déclarent des revenus de plusieurs millions, sans compter les voitures de luxes et les yachts. Pourtant, aucune trace de leur participation à des oeuvres de charité n’y a été relevée.

L'ex-épouse du président russe Vladimir Poutine Lioudila Poutine. Le 6 juin 2013, le couple a annoncé leur divorce. Crédit : Sergueï Gouneev/RIA Novosti

Concernant les éventuelles aides provenant des femmes des hommes politiques et responsables russes, l’une des plus importantes fondations caritatives de Russie Podari jizn ! (« Offre la vie ! ») répond : « Non, malheureusement, nous ne pouvons citer aucun nom. Sans doute certaines font-elles des dons, mais ce n’est pas public. Ni nous, ni les médias ne sommes au courant. »

Bien qu’elle soit engagée dans des actions sociales, les activités de l’ex-Première dame Svetlana Medvedev restent spécifiques. Depuis 2007, elle préside par exemple le conseil d’administration du  Mouvement pour la culture morale et spirituelle de la jeune génération de Russie. Sur le site officiel, pourtant, aucune information ne figure sur ces projets. Il y est simplement précisé que le Mouvement vise à « combler le contenu moral et spirituel du travail éducatif auprès des jeunes ». Svetlana Medvedev fait en outre partie du comité d’organisation du festival du film orthodoxe pour enfants baptisé « L’ange radieux ».

Femmes de dirigeants et d'ex-dirigeants

De nos jours, ce sont surtout les femmes des ex-représentants qui sont connues pour leurs actions de bienfaisance. L’épouse de l’ex-gouverneur de la région de Tver Alla Zelenina dirige la fondation « Bon départ », qui s’occupe de projets sociaux dans la région. « Nous avons créé cette fondation en 2003 lorsque mon mari se préparait à concourir au poste de gouverneur, notamment pour attirer plus de voix », avoue avec franchise Mme Zelenina. Au final, ce projet de campagne poursuit aujourd’hui encore ses activités de bienfaisance.

S’engager au service de la charité est plus facile pour une épouse de gouverneur que pour les gens ordinaires, et ce même lorsque le mari n’est plus en poste. « Les chefs de région, les fonctionnaires ayant travaillé du temps où mon mari était gouverneur, tout le monde nous vient en aide », explique Alla Zelenina. « Nous avons gardé de bons rapports : ils peuvent, par exemple, mettre à notre disposition un bus si nous avons besoin de transporter les enfants handicapés de la région jusqu’à Tver ». Parmi les donateurs de « Bon départ », figurent des sociétés de renom comme Audi, Danone, Voljski Pekar (boulangerie), Rosneft. « La fondation poursuit son développement, son budget n’a pas diminué. En 2012, les fonds rapportés ont atteint 233 000 euros. Cette année, ils ne baisseront pas », assure Mme Zelenina.

Olga Reiman (l’épouse de l’ex-ministre des technologies de l’information et de la communication sous la présidence de Dmitri Medvedev), à l’origine de la fondation « Qui, sinon moi ? » qui aide les enfants en situation difficile, affirme que ce n’est pas tant le statut familial qui l’a aidé à développer ce projet que l’expérience professionnelle. « Nous avons principalement cherché à attirer des fonds provenant de donateurs corporatifs des diverses sphères, dans le but de développer leurs propres programmes sociaux », explique-t-elle. « En règle générale, il s’agissait de grandes sociétés internationales comme Goldman Sachs ou Credit Swiss ». « L’attention portée par mon époux, depuis son poste de conseiller du président, n’a pas été un problème, au contraire », admet Mme Reiman. « Année après année, ces sociétés continuent leur engagement. Leurs œuvres de bienfaisance à notre fondation est devenue une tradition ».

Irina Tintiakova (mariée à l’ex-ministre des Finances Alexeï Koudrine) a créé en 2000 la Couronne du Nord, une fondation qui vient en aide aux orphelinats. Mme Tintiakova assure ne pas avoir eu recours à l’aide de son époux. Elle est elle-même allée à la rencontre des grandes entreprises pour trouver des dons. En revanche, elle reconnaît que son statut d’épouse de ministre des Finances a joué en sa faveur. « Dans les grandes compagnies, surtout internationales, sans références, personne n’aurait accepté de me recevoir », admet-elle.

Une ressource administrative

Les épouses des responsables politiques russes sont attendues à bras ouverts par les organisations caritatives. « D’un côté, c’est évident que les femmes de responsables n’ont pas la même reconnaissance que les stars, et ne peuvent sans doute pas soulever autant de fonds auprès des particuliers, reconnaît Olga Drozdova, directrice de l’Agence pour l’information sociale. D’un autre côté, en tenant compte de la spécificité de notre pays, leur participation nous permet de régler un grand nombre de questions importantes, ce qui peut s’avérer parfois plus précieux qu’un investissement financier ».

Assia Zalogina, présidente de la fondation Naked Heart créée par la top modèle Natalia Vodianova, raconte : « le service juridique du Centre pédagogique de soins a préparé un amendement au Code civil, afin de le mettre en conformité avec la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Natalia Vodianova a contacté la femme du vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch, Zoumroud Roustamova, et avec l’aide de M. Dvorkovtich, la première partie de l’amendement relatif à l’introduction de mesures en faveur des personnes à capacité réduite a été adoptée. Nous espérons que l’année prochaine, la seconde partie, qui prévoit d’étendre les formes de tutelle, soit également adoptée ».

Article original (en russe) publié sur le site de Kommersant le 24 juin 2013.

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