Vis, rêve et travaille

Crédit photo : ITAR-TASS

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« Quelle que soit la personne sur laquelle tu tombes, ce sera toujours un dramaturge ou une danseuse étoile », vitupère le héros d’une vidéo virale, actuellement en visite à Saint-Pétersbourg. Qu’aurait-il pu bien dire, dans une telle situation, à propos de Moscou ? Sans doute quelque chose sur les photographes, les stylistes ou encore les fashion bloggers. Le métier de juriste et d’économiste a fait son temps. Aujourd’hui, la jeunesse russe se passionne pour les métiers plus créatifs.

Héros de notre temps

Poussés par le désir de créer, les jeunes hommes et jeunes filles russes se lancent courageusement dans l’apprentissage de la photo, du graphisme, de l’art culinaire ou du paysagisme, soit tout ce qui permet « l’expression de la créativité ».

Devenir professeur de yoga est aujourd’hui mieux vu que travailler comme kinésithérapeute, et le métier de coach business est plus prestigieux que celui de professeur d’université.

La représentation du métier idéal par les jeunes russes correspond parfaitement à l’ère du temps et au numérique. Sur les réseaux sociaux, les fils d’actualité, inondés de photos des profils les plus lookés et de plats succulents, de sélections des lieux les plus insolites et de précieux conseils abordant toutes les thématiques, viennent chaque jour inspirer la créativité des internautes. 

Qui ne risque rien, n’est pas dans le «mouv’»

Au début des années 2000, ils étaient peu de jeunes à oser changer radicalement de sphère d’activité. La tendance était à la stabilité, surtout en matière de travail. Une décennie plus tard, la situation a bien évolué : aujourd’hui, c’est avec une grande agilité que les jeunes russes quittent un travail stable mais rébarbatif pour s’essayer à d’autres domaines, expérimenter de nouveaux champs de compétences.

Les jeunes ont confiance en l’avenir et sont prêts à prendre des risques. 

A quoi ressemble le job de rêve ? 

La liste des exigences de ces jeunes compétiteurs pour leur futur travail est particulièrement longue. Pour la plupart, le travail doit plaire.

Selon une étude menée par la plus grande société de recrutement de Russie HeadHunter, les métiers les plus prisés par les jeunes Russes en 2013 sont ceux de copywriter, de responsable de formation, d’ingénieur IT, ainsi que de chef de marque et de chargé des relations publiques. Viennent ensuite les administrateurs réseaux sociaux et les blogueurs. 

« J’ai fait des études d’économie. Après mon cursus, j’ai travaillé un an comme comptable, mais j’ai compris que ce n’était pas pour moi. Ce métier ne m’intéresse pas, je ressens comme une sorte d’apathie. Maintenant, je cherche du travail. Je ne sais pas dans quoi », se lamente la jeune Galina, 24 ans, sur un forum de recherche d’emploi. 

Par ailleurs, le salaire doit être suffisamment élevé, exigent les jeunes Russes.

« J’ai à peine de quoi payer mon appartement ! Comment est-il possible de gagner aussi peu pour autant de tâches à accomplir ?! », avoue, perplexe, Ilya, 24 ans, qui a aménagé à Moscou après avoir terminé ses études de marketing à l’université d’économie de Saint-Pétersbourg

Selon une étude sur les attentes salariales des jeunes diplômés en 2013 menée par le portail de recrutement Superjob.ru, les jeunes affirment qu’il leur faudrait un salaire d’au moins 2 000 euros pour vivre, et non survivre dans la capitale. Ilya, lui, reçoit deux fois moins. 

« Le chef idéal doit partager mes intérêts. Mais le mieux, c’est encore de ne dépendre de personne et de travailler à son compte, quand tu veux et selon tes désirs », - considère Elena, étudiante en dernière année à l’Institut du design et de technologie de Moscou. Elle ne sait pas encore ce qu’elle fera à la sortie de l’université, mais elle n’exclue pas de devenir freelance. 

Suivant les critères et les paramètres de l’étude menée, le métier de rêve du jeune Moscovite serait : avoir un emploi du temps libre, mais en excluant le travail le week-end et les jours fériés. Le travail doit être, en premier lieu, pour le plaisir, et ensuite vient la question du salaire, qui ne doit pas être inférieur à 2000-3000 euros par mois.

Créer et concevoir est par ailleurs primordial, sans pour autant que le résultat final ait une valeur ajoutée.

Il l'a dit

« Ayant travaillé à de nombreux postes de direction, je peux dire que ce qui manque le plus sont des spécialistes qualifiés, possédant une approche créative... Nous manquons de gens actifs, créatifs et inventifs, capables de s’investir 12 heures par jour, de réfléchir et d’apporter des résultats. Ces personnes sont rares ». 

Alexeï Koudrine, ex-ministre des Finances, lors d’une conférence publique organisée dans le cadre de la journée des étudiants de l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg, le 18 mai

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