Le visage féminin de la guerre

De g. à dr.: Les pilotes Tonia Rozova, Sonia Vodianik et Lida Goloubeva discutent un combat. Crédit : Itar-Tass

De g. à dr.: Les pilotes Tonia Rozova, Sonia Vodianik et Lida Goloubeva discutent un combat. Crédit : Itar-Tass

Bien que dans l'ensemble la guerre soit une affaire d'hommes, l'allégorie de la guerre dans l'histoire et la culture de nombreuses nations possède des traits féminins. En Russie, elle est cristallisée dans le visage sévère et triste de la Mère-Patrie. Cette image est un appel aux instincts des soldats et au désir de protéger les plus faibles. C'est sous cette forme qu'elle est connue depuis la naissance de l'histoire russe.

Les mentions de la première femme-guerrière remontent au 17ème siècle. Pendant la Première Guerre paysanne de 1670-1671, la « Jeanne d'Arc russe » Alena Arzamasskaïa dirigea pendant plus de deux mois un détachement de plus de 2.000 rebelles qui s'étaient réfugiés dans la forteresse de Temnikov (Mordovie moderne). Après la prise de la forteresse, Alena Arzamasskaïa fut torturée et condamnée à être brûlée en tant que brigande et hérétique, accusée de sorcellerie. Un voyageur allemand contemporain, Johannes Frisch, l'a comparée à une Amazone, « supérieure aux hommes par son courage inhabituel ». Lorsque son unité a été défaite, elle a continué à résister obstinément, tuant encore sept ou huit soldats.

Contexte

En Russie, la première et dernière femme ayant obtenu le rang d'amiral est étrangement apparue plus tôt qu'en Chine et bien sûr qu'aux Etats-Unis. Au début du XIX siècle, l'empereur Alexandre Ier a accordé le grade d'amiral à Laskarina Bouboulina - une femme grecque, qui non seulement avait construit avec son propre argent une solide marine de rebelles grecs, mais avait même personnellement mené en 1821 une attaque sur la forteresse de Nauplie. Toutefois, la liste des femmes-amirales se réduit pour le moment au nom d'une femme grecque du XIX siècle.

Malgré l'apparence et le comportement très virils de certaines des dames qui ont dirigé la Russie du 18e siècle, les grandes conquêtes réalisées par l'Empire russe à cette époque étaient principalement l'œuvre d'hommes. Cependant, la guerre de 1812, également connue sous le nom campagne de Russie (de l'Est) de Napoléon, fut la première à l'issue de laquelle des femmes furent récompensées. Par décret du 8 février 1816, la médaille « En souvenir de la guerre de 1812 » a été décernée aux veuves des généraux et officiers tombés au combat, ainsi qu'aux femmes qui travaillaient dans les hôpitaux et prenaient soin des blessés. Au total, 7.606 médailles destinées aux femmes ont été fabriquées.

La guerre de 1812 a vu la participation de la première femme admise dans les unités militaires régulières. Connue dans l'histoire comme « la cavalière », Nadejda Dourova, qui avait 23 ans, a avec l'autorisation personnelle de l'Empereur servi sous le nom d'Alexandre Alexandrov d'abord dans les hussards, puis dans les lanciers. Dourova a brillé dans l'une des batailles décisives, à Borodino, où elle fut gravement blessée.

100 ans après Dourova, Rimma Ivanova fut la deuxième femme de l'histoire à servir dans l'armée russe. Elle était inscrite dans un régiment sanitaire sous un nom masculin, et quand tout fut révélé, elle commença à servir sous son vrai nom. Le 9 septembre 1915, quand lors d'une bataille deux officiers trouvèrent la mort, elle a motivé son régiment à passer à l'attaque et s'est précipitée sur les tranchées ennemies. Elle a été mortellement blessée par une balle explosive à la hanche. Elle n'avait que 21 ans. Un décret de Nicolas II, par voie d'exception, a remis l'héroïne à titre posthume la plus haute distinction russe de l'époque - l'ordre des officiers de Saint George de IVe niveau.

Lidia Litviak

est l'aviatrice la plus productive de la 2e Guerre mondiale. Elle a combattu dans la 586ème escadre, la 437ème escadre, la 9ème escadre de la garde, et la 296e (73e escadre de la garde). Elle a réalisé environ 150 sorties, elle a personnellement abattu six avions et un ballon d'observation. Elle a en outre détruit six autres avions ennemis avec un groupe de camarades. Le 1er août 1943 elle est décédée au combat. Ses restes ont été retrouvés et enterrés en 1979 seulement. On lui a décerné à titre posthume le titre de Héros de l'Union soviétique.

Si pendant la première guerre mondiale on ne connaît qu'une femme qui ait servi dans les rangs de l'armée régulière, durant les années de la Grande Guerre patriotique, lorsque l'ampleur de la tragédie était bien supérieure, des milliers de femmes ont lié leur vie avec les forces armées. Les femmes étaient résistantes, agents de transmission, espionnes, infirmières... Près d'une centaine d'entre elles ont reçu le titre de Héros de l'Union soviétique.

Les femmes ont combattu sur les lignes de front. La célèbre sniper Lioudmila Pavlitchenko a tué dans de violents combats 309 soldats et officiers ennemis. Au moment de son départ des forces armées pour blessures, elle n'avait que 25 ans. Les femmes snipers ont abattu plus de 11.280 soldats et officiers des nazis.
 
Peu de temps après le début de la Grande Guerre patriotique, la célèbre aviatrice Marina Raskova a personnellement demandé à l'Orgburo du Comité central du PCUS de lui permettre de former un régiment d'aviation de femmes. Sa demande a été acceptée. Mais les candidates étaient si nombreuses, qu'il a été décidé de former non pas un, mais trois régiments de femmes.

Les 586 pilotes de chasse de l'Escadre ont participé à la défense de Moscou, Stalingrad et aux combats Koursk, réalisant 9.000 sorties et abattant 38 avions ennemis.

Après le 586e régiment de combat vinrent les 588e et 587e régiments de bombardiers. Lors des combats aériens, les femmes-pilotes de bombardiers ont fait preuve d'une compétence digne d'admiration. Ainsi, le 2 juin 1943, lorsque neuf Pe-2 soviétiques frappèrent près du village de Kievskaya dans la région du Kouban, ils ont été attaqués par huit chasseurs allemands. Les aviatrices ont accueilli l'ennemi avec le feu croisé des armes à bord. Dans le cadre de cette lutte, elles ont abattu 4 chasseurs avant de regagner leur base sans perte.
 
La tradition des femmes-aviatrices est encore vivante aujourd'hui. On a récemment créé le premier escadron russe féminin d'hélicoptères de l'histoire baptisé du nom d'un gracieux oiseau tropical, « Colibri ». Les femmes dans l'armée russe sont désormais nombreuses, la gent féminine ayant lors des épreuves les plus dures de l'histoire russe conquis le droit de porter des épaulettes et de servir côte à côte avec les hommes. Au total, près de 50.000 femmes servent actuellement dans les forces armées de la Fédération de Russie.

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