Pots-de-vin : des linguistes aideront le FSB à enquêter

Illusrtation : Marc Smith

Illusrtation : Marc Smith

Des spécialistes de l'Institut de langue russe de l'Académie des sciences de Russie rechercheront sur commande des services spéciaux les sens cachés dans les conversations et les blogs.

L'institut de langue russe Vinogradov de l'Académie des sciences de Russie (ASR) a conclu un contrat avec une unité technique du Service fédéral de sécurité (services spéciaux russes) : les scientifiques aideront les employés du renseignement à analyser les conversations et les blogs à la recherche d'indices de corruption, annonce Izvestia. L'Institut devrait élaborer des lignes directrices sur l'analyse du contenu de diverses communications pour résoudre les questions qui se posent lors d'enquêtes sur les affaires liées à l'article 290 du Code pénal (« perception de pot-de-vin »).

Suite au travail de recherche, les services spéciaux obtiendront une méthode de détection dans les textes ou enregistrements vocaux des allusions cachées à l'octroi ou à la perception de pots de vin. En particulier, l'étude des caractéristiques sémantiques et psychologiques des textes devrait révéler la relation entre les interlocuteurs, ainsi que la présence d'informations cachées ou mensongère dans un entretien. Les représentants de l'Institut de langue russe de l'Académie des sciences de Russie n'ont pas été en mesure de fournir de commentaire en temps voulu à Izvestia.

Izvestia a demandé des éclaircissements à l'un des concepteurs de cette méthodologie, le laboratoire de psychologie du langage et de psycholinguistique de l'Institut de psychologie de l'ASR. L'employée du laboratoire Irina Zatchesova a expliqué au journal qu'il était aujourd'hui possible de réaliser une analyse du texte et du discours à la recherche de motifs cachés - mais pour le moment uniquement en mode « manuel », sans programme informatique.

« En effet, c'est possible. Le travail est effectué par un groupe d'experts. Chaque phrase d'une personne est évaluée, nous travaillons actuellement sur ​​la classification des phrases, a indiqué Zatchesova. Lors de cette analyse on prend en compte l'ensemble du contexte et la réplique de l'interlocuteur. Puis on détermine la cohérence avec l'aide de méthodes statistiques. On suit et identifie également l'orientation intentionnelle de chaque réplique. Autrement dit, si une personne dit une chose, mais a à l'esprit une chose complètement différente, nous pouvons le montrer ».

Le directeur de l'Institut de linguistique de l'Université d'Etat humanitaire russe Maxim Krongauz estime que l'on peut créer une méthode, mais que cela ne fonctionnera pas. Le psycholinguiste de la Faculté de Philologie de l'Université nationale de recherche Ecole supérieure d'économie Tatiana Bazjina est sceptique quant à cette idée.

« Les allusions dans la communication peuvent être modifiées en permanence. Et il est donc très difficile d'identifier le corrompu potentiel. Corrompu ou non, cela ne deviendra clair qu'après qu'il aura prononcé le mot « pots-de-vin » », estime Mme Bazjina.

Le docteur ès science philologiques et chercheur de l'Institut du cerveau humain de l'ASR Dmitri Spivak - fondateur de la science consacrée à la linguistique des états de conscience altérés - est confiant dans les chances de réussite de l'initiative.

« On peut identifier un texte codé, il se distingue dans le texte général. Il est clair que ces analyses ne peuvent être produites rapidement et qu'il n'y a pas de méthodes tout à fait prêtes. Maintenant, c'est un problème actuel, et pas uniquement concernant les pots-de-vin, estime Spivak. Le texte peut être construit de façon à pousser quelqu'un à quelque chose, ou à séduire une personne. Par exemple, la détection de significations cachées dans le texte aidera à identifier un « lavage de cerveau » ».

Contexte

Conformément à l'article 290 du Code pénal russe, l'obtention par un représentant officiel, un responsable officiel étranger ou un fonctionnaire d'une organisation internationale publique, en personne ou par le biais d'intermédiaires, d'un pot de vin sous forme d'espèces, d'actions ou d'autres biens, ou sous la forme de services illégaux de nature matérielle, est punie d'une peine d'emprisonnement d'un maximum de trois ans. L'obtention d'un pot-de-vin d'un montant important est punie d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à six ans. Une personne exerçant une fonction publique ou le chef d'une administration locale peut écoper d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à 10 ans.

 

Texte original (en russe) publié sur le site d'Izvestia le 28 mai 2013.

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