« Ils concilient modernité et valeurs très fortes »

Pierre Louvrier. Source : Service de presse

Pierre Louvrier. Source : Service de presse

Spécialisé dans le capital-investissement, Pierre Louvrier a été séduit autant par le caractère, le dynamisme et la culture des Russes que par les opportunités d’affaires.

Quels chemins mènent à Moscou ?

J'ai travaillé à Bruxelles, Paris, Milan, Genèveet j'ai rencontré beaucoup de Russes à travers mes activités personnelles. Certains sont devenus deproches amis et, de fil en aiguille, j'ai été invité à Moscou.

C'était autour de 2002 / 2003. Je me souviens d'avoir été très ému lorsque j’ai vu le sol russe pour la première fois, alors que j'étais seul dans la classe affaires de l'avion, qui a tourné longuement autour de l’aéroport avant de s’y poser.

J'ai été immédiatement conquis par le dynamisme et la vivacité des Russes. J'étais impressionné par la qualité et la chaleur des gens, par l'atmosphère de liberté.

Àpartir de 2007, j'ai activé mes réseaux personnels à l'Est dans le but d'y développer mon activité professionnelle.

Depuis mai 2010, je travaille en grande partie ici, tout en gardant des participations dans des projets en Europe de l'Ouest.

Le capital-investissement reste peu développé en Russie. Quelles opportunités avez-vous trouvé au cours des trois dernières années ?

Àce jour, avec CFG Capital, nous participons à quatre projets : Rusgrain, un groupe agroalimentaire qui est le 2ème producteur d'oeufs en Russie.

Je siège à son conseil d'administration. Nous avons aussi investi dans le secteur de la distribution de voitures premium, dans un groupe pharmaceutique et dans le projet des tours Hermitage de la Défense à Paris.

Notre rôle consiste à aider des entreprises russes à atteindre une taille internationale, en finançant leur croissance, en procédant à des fusions et acquisitions, et améliorant la gouvernance d’entreprise.

Pourquoi l’image de la Russie est-elle si contrastée en Europe ?

La réponse facile est de faire porter la faute aux journalistes. Mais ce ne sont que des catalyseurs de ce qu’une grande partie de la population pense à propos des Russes.

Je crois que le plus grand facteur d’incompréhension tient à l’intensité, la profondeur et la force de la culture Russe, qui prend beaucoup de temps à être appréhendée.

Pour essayer de comprendre la Russie, il faut pouvoir s’imaginer une réussite millénaire d’intégration d’ethnies et de religions différentes sous un même État.

Cette réussite est telle qu’il y a en Russie infiniment moins de différences entre un Russe de Vladivostok et un Russe de Saint-Pétersbourg situés à 9000km l’un de l’autre, qu’entre un habitant de Liège et un habitant de Lille qui, pourtant, parlent aussi la même langue et partagent aussi une histoire commune.

Les Russes sont donc à la fois extrêmement modernes et ancrés dans des valeurs très fortes. C'est un équilibre qu'on n'arrive pas à trouver en Europe occidentale et cela suscite peut-être parfois des jalousies.

Les stéréotypes sur la Russie ont la vie dure…

Oui, le Banya [bains russes] ou l'alcool, ce n’est pas nécessaire. Les femmes se maquillent, portent des jupes et hauts talons dès le matin, parce que c’est la façon dont elles épanouissent leur féminité, et c’est la seule raison.

Je me sens infiniment plus en sécurité à Moscou qu’à Paris ou Bruxelles et, pour répondre à deux questions qui m'y sont souvent posées : les affaires avec un flingue, ça n'existe pas, et il n’y a pas d’ours dans les rues !

Quels sont vos loisirs à Moscou ?

 La vie sociale et culturelle est intense, les Russes sont des gens passionnés. La vie théâtrale est très dense et Moscou est la meilleure place d’Europe pour la vie nocturne. Je fréquente les clubs Soho Rooms, Krisha Mira, Manon, Oblaka, Gypsie.

Je lis aussi beaucoup, ce qui aide à participer aux vrais débats d’idées qui sont très fréquents ici. Il n’y a pas de politiquement correct, on peut librement parler de tout.

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