Sondage : l'assurance médicale passe avant la liberté d’expression

« Dans le monde entier, les droits sociaux priment sur les autres », souligne Lioudmila Alexeeva, présidente du Groupe de Helsinki.   Crédit Photo : PhotoXPress

« Dans le monde entier, les droits sociaux priment sur les autres », souligne Lioudmila Alexeeva, présidente du Groupe de Helsinki. Crédit Photo : PhotoXPress

L’étude menée en mars dernier par le fonds russe Opinion publique, qui a sondé 1500 habitants de 100 villes et villages répartis dans 43 régions de Russie, révèle que l’accès aux soins médicaux gratuits est la priorité absolue pour les citoyens russes, surtout pour les retraités. La liberté d’expression et le droit de se rassembler viennent en dernière position.

70% d’entre eux considèrent que la gratuité des soins médicaux fait partie des droits essentiels. 57% citent le droit au travail et à un salaire décent et 54%, le droit à l’enseignement gratuit.

Dans le même temps, 21% d’entre eux déclarent que leurs droits ou ceux des membres de leur famille ont été bafoués. Et 63% considèrent que les droits des citoyens de manière générale ne sont pas respectés dans le pays. Notamment en ce qui concerne le droit du travail et du salaire, la justice, la gratuité des soins médicaux et de l’enseignement.

Ils dénoncent les licenciements abusifs, transgressions au contrat de travail, discriminations à l’embauche liées à l’âge.

« Dans le monde entier, les droits sociaux priment sur les autres, et davantage encore dans les pays pauvres, souligne Lioudmila Alexeeva, présidente du Groupe de Helsinki, la plus ancienne association russe de défense des droits de l’homme. Pourtant, nous sommes un pays assez riche, mais ce n’est pas nous qui sommes riches, mais le gouvernement et une poignée de personne. C’est pourquoi l’accès aux soins et à l’éducation est ce qui préoccupe le plus la population ».

Les libertés fondamentales, comme le droit à une justice impartiale et équitable, la liberté et l’inviolabilité de l’individu ne préoccupent que 51% des citoyens.

Le droit à des élections libres, de participer aux affaires sociales, droit de se rassembler : ces points ne préoccupent qu’une partie infime de la population.

« Et ce sont justement les représentants de la classe moyenne, explique Evgueni Ikhlov, chef du service d’information et d’analyse du mouvement « Za prava tcheloveka » (Pour les droits de l’homme). Cette classe moyenne est davantage intéressée par les valeurs démocratiques, par une société pluraliste, des élections libres, la possibilité d’action publique ».

D’après le sondage, un quart des interrogés pensent que le président est garant des droits des citoyens en Russie.

« Beaucoup de lois portant atteinte aux droits de l’homme, comme celle de l’enregistrement de chacun à un domicile fixe, un véritable retour au servage, où chacun est rattaché à un lieu donné, sont initiées par notre président, rappelle Lioudmila Alexeeva. Et j’ai pitié de ces 25% de citoyens qui ne le comprennent pas ».

D’un autre côté, 23% des sondés déclarent que les droits de l’homme ne sont défendus par personne en Russie.

Depuis 1993, il y a un institut Responsable des droits de l’homme. Son représentant Vladimir Loukine indique avoir reçu 24 000 plaintes en 2012, dont 56,7% concernaient l’atteinte aux libertés individuelles.

« Ce problème ne vient pas de nulle part et ne date pas d’hier : c’est le fruit d’années de gros procès politisés, à l’issue « prévisible », avec de très rares cas d’acquittement », explique Vladimir Loukine.

26,2% des plaintes portent sur l’atteinte aux droits sociaux. « Une grande partie (41,8%) concerne l’atteinte au droit du logement, surtout l’accès au logement pour les plus démunis et l’octroi de logements par l’Etat pour les militaires », indique le rapport.

12,7% des plaintes concernent l’atteinte aux droits économiques et 1,7%, les libertés politiques, chiffre resté pratiquement inchangé depuis l’année précédente. « Toutefois, il ne faut pas oublier que ce genre de plaintes sont déposées au nom de grands groupes de citoyens », précise Vladimir Loukine.

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