Le Carême. Une épreuve ou une purification attendue ?

Crédit photo : Lori / Legion media

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Le 18 mars les chrétiens orthodoxes commencent leur Carême. Pendant cette période ils doivent cesser la consommation de produits laitiers, de viande, d'alcool, et consacrer plus de temps à la prière ainsi qu'aux pensées tournées vers Dieu. Tous les croyants ne font pas le Carême. Et ceux qui le pratiquent ne le font pas toujours pour des raisons religieuses.

En Russie, certains croyants très pratiquants consultent leur prêtre avant le Carême et en respectent toutes les règles. Il y a aussi des personnes qui jeûnent pour « désintoxiquer leur corps », pour maigrir, pour expérimenter ou tout simplement parce que cela se fait.

Dmitriï Erokhine (32 ans). Expérimentation du Carême par curiosité

J'ai fait Carême une seule fois, il y a trois ans. J'étais jaloux de ceux qui peuvent se restreindre à ce point dans la nourriture. J'ai toujours voulu me mettre à l'épreuve et savoir ce que c'était. Je ne me suis pas spécialement préparé au Carême, j'ai tout simplement arrêté les produits laitiers, la viande, le poisson et l'alcool d'un seul coup. J'ai été fier de moi à cette époque.

Dans ma famille j'étais le seul à jeûner et je devais de temps en temps préparer des repas à part. En faisant les courses j'étais très attentif à la composition inscrite sur les étiquettes, je veillais notamment à l'absence d'oeufs et de lait. Au bureau, la nourriture maigre posait également des problèmes, c'est pour cela que je mangeais essentiellement des noix et des fruits secs.

J'ai tenu jusqu'à la fin du Carême, en respectant toutes les règles, même si les deux dernières semaines je ne me sentais pas très bien. Plus tard j'ai compris que par mes motivations expérimentales et mon orgueil j'ai trahi le sens profond du Carême.

Je ne suis pas pratiquant, mais si on me demandait  « crois-tu en Dieu ? », je répondrais sans hésiter par un « Oui ».

C'est pourquoi je considère cette expérimentation plutôt comme une honte que comme un exploit. Depuis, je n'essaie pas de démontrer par des actes ponctuels ma « bonté ». J'essaie tout simplement  d'être un peu plus honnête avec autrui et avec moi-même.

Alena Lanovaïa (21 ans). Perdre quelques kilos en trop

Pour moi, les kilos en trop c'est l'un des problèmes essentiels. Je ne suis pas rondelette, au contraire, mais de temps en temps il y a trois ou quatre kilos de trop qui s'installent. En hiver je prends un peu de poids et avant l'été j'essaie de le perdre.

Dans ce contexte, le Carême tombe particulièrement bien. Je crois en Dieu, mais je ne pratique que le Carême parmi toutes les périodes de jeûne. Je l'ai fait pour la première fois à l'âge de seize ans avec mes copines, pour relever un défi, pour voir qui tiendrait jusqu'au bout. De nous trois, une seule n'a pas tenu, elle a développé une dystonie.

C'est quand on a des vertiges et que l'on perd l'orientation dans l'espace. Son médecin lui a strictement interdit de jeûner. Il lui a prescrit du repos et une alimentation sans restrictions.

Le Carême me permet de perdre jusqu'à cinq kilos. Je pense que c'est vraiment formidable quand une démarche de piété aide à améliorer le physique. Maman me prépare des céréales à l'eau, des salades, des soupes sans viandes. J'aime également les fruits à coques, surtout les pistaches, et donc je peux tenir une journée entière avec seulement des fruits à coques et des fruits secs.

Mes amis se moquent en disant que je mange la nourriture des hamsters, mais ça m'est égal. Contrairement à eux, j'essaie de vivre en respectant les commandements.

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Sergueï Kolidenko (37 ans). La foi n'a pas besoin de preuves

Mon premier Carême remonte à très longtemps. A l'époque c'était moins par la foi que par amour pour ma femme. Elle était déjà très croyante et faisait toutes les périodes de jeûne. Je me souviens que j'avais peur de rester affamé, je me mettais toujours une double portion et je mangeais beaucoup plus que d'habitude.

Non seulement je n'ai pas perdu de poids, mais au contraire, j'ai pris cinq kilos. Cependant, ce n'était qu'un essai. Je testais sur moi cette nouvelle culture.

Et puis j'ai compris que pour croire en Dieu il ne faut pas chercher de preuves. J'ai cessé de chercher des embûches et je me suis senti soulagé. Dans mon âme deux lacunes se sont comblées. Et le Carême pour moi n'est pas un supplice, mais au contraire, une purification spirituelle attendue.

J'essaie de ne pas regarder la télévision, de ne pas me disperser en futilités incessantes. Pendant cette période je ressens une légèreté inhabituelle, une satisfaction, une compréhension que tout ce que je fais est bénéfique.

Maintenant, le Carême est naturel pour notre famille, on ne se pose même pas la question de le faire ou non. Avant l'hiver on congèle beaucoup de légumes, pas seulement pour le Carême bien sûr. Mais pendant cette période c'est particulièrement appréciable.

Nous cuisinons des pâtes, des céréales aux champignons, des ragoûts de légumes différents. On ne peut pas dire que notre menu de Carême est pauvre, tout simplement nous n'utilisons pas certains produits. Nous avons deux jeunes enfants, et eux bien évidemment, ne font pas le Carème. Ils boivent du lait, mangent de la viande.

Quand notre fille aînée aura sept ans, nous lui en parlerons. Et elle décidera elle-même si elle va pratiquer le Carême ou non.

Prêtre, père Vladimir

Je peux dire à tous ceux qui ont peur de ne pas tenir le Carême, qu'il y a de quoi avoir peur si on le considère uniquement comme un jeûne. Personnellement, j'attends toujours le Carême, car c'est pour moi un moyen de me purifier spirituellement et physiquement. Il est plus aisé de prier le ventre vide.

Pour les chrétiens orthodoxes c'est une période propice à analyser son attitude envers le monde et envers Dieu, une possibilité de travailler sur soi-même. Car nous péchons le plus souvent dans nos pensées plutôt que dans nos actes. Sur ce terrain il est beaucoup plus difficile de résister. Le cerveau est un mécanisme très subtil qui est difficile à contrôler. Cela concerne tout le monde, moi y compris.

J'explique toujours à mes paroissiens qu'il est important de travailler sur soi-même pendant les Carêmes, d'agir pour son âme. La première fois est souvent difficile, c'est pourquoi de nombreuses personnes le considèrent comme un supplice.

Mais ce n'est qu'une fausse impression, il est toujours difficile de s'élever. Et sans parler du ciel, essayez donc de monter à pied, ne serait-ce qu'au seizième étage. Il est beaucoup plus facile de se laisser glisser le long d'une pente. Dans la vie spirituelle, c'est la même chose. Il est difficile de s'élever spirituellement, mais faire une chute ne pose aucun problème. Il faut davantage se préoccuper de ce que l'on introduit dans sa tête plutôt que dans son estomac.

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