Le directeur artistique du Bolchoï opéré suite à une attaque à l’acide

Sergueï Filine fût agressé tard dans la nuit du 17 janvier au pied de son immeuble, rue Troïtskaïa, en plein centre de Moscou. Crédit : Itar-Tass

Sergueï Filine fût agressé tard dans la nuit du 17 janvier au pied de son immeuble, rue Troïtskaïa, en plein centre de Moscou. Crédit : Itar-Tass

Le directeur artistique du ballet du Bolchoï Sergueï Filine vient de quitter le service de réanimation. Son état est jugé stable par l’équipe médicale.

Vladimir Neroev, directeur de l’Institut de recherche Helmholtz pour les maladies oculaires, médecin ophtalmogue en chef du ministère russe de la Santé refuse tout pronostic sur l’état de santé général de Sergeuï Filine : « Notre Institut se charge uniquement des brûlures oculaires. Ce genre de cas nécessite un traitement chirurgical aussi bien qu’un traitement conservateur, tout dépend de la gravité des lésions, du processus pathologique. La situation est complexe. Notre priorité est avant tout de lui sauver la vue. »

« Nous devons attendre les résultats de la première opération. Après observation, les ophtalmologues décideront de ce qu’il faut faire, transférer le patient en Belgique ou non. L’Hôpital militaire belge est célèbre pour son Centre des grands brûlés. Mais la priorité est de lui sauver la vue. Et à Moscou, il y a assez de spécialistes dans ce domaine », a expliqué dans un entretien avec Komsomolskaïa Pravda la chargée de communication du Théâtre du Bolchoï Ekaterina Novikova.

Elle a ajouté également que, dernièrement, les attaques criminelles contre Sergueï Filine s’étaient intensifiées : son courrier personnel a été ouvert, sans toutefois rien révéler de compromettant, ses assistants comme Rouslan Pronine et Natalia Malandina ont été discrédités. Son compte Facebook a été piraté et des insultes envers la direction du théâtre publiées sur sa page. Il était régulièrement menacé par téléphne et il a trouvé les pneus de sa voiture crevés.

Le directeur général du théâtre du Bolchoï Anatoli Iksanov a déclaré vendredi, lors d’une conférence de presse, que la veille de l’agression Filine lui avait fait part de ses inquiétudes : « Pas plus tard qu’hier, nous discutions avec Filine et il me disait qu’il se sentait comme sur la ligne de front. Vous comprenez, travailler au théâtre est très difficile, surtout à ce poste. Bien sûr, nous étions au courant pour les menaces. Mais qui aurait pu croire qu’elles se termineraient si tragiquement ! Nous n’avons aucune idée de qui pourrait être à l’origine d’un tel acte... ».

Filine fût agressé tard dans la nuit du 17 janvier au pied de son immeuble, rue Troïtskaïa, en plein centre de Moscou. En bas de chez lui, il fut interpellé par un inconnu qui lui jeta de l’acide au visage avant de prendre la fuite. Filine fut hospitalisé avec des brûlures au troisième degré.

Le médecin spécialiste des grands brûlés Andreï Vesselov affirme que les brûlures d’acides reçues par Sergeuï Filine risquent de laisser de graves séquelles car la réparation de la peau du visage peut nécessiter plusieurs interventions de chirurgie plastique.

« S’il s’agit vraiment de brûlures au troisième degré, le visage sera défiguré. Il faudra recourir à plusieurs interventions chirurgicales. La réparation peut prendre très longtemps, voire plusieurs années », a affirmé le médecin.

Vendredi, le ministre russe de la culture Vladimir Medinski s’est adressé au Procureur général Ïouri Tchaïka afin de lui demander de porter une attention particulière à l’enquête autour cette affaire.

La police a ouvert une enquête criminelle pour « grave atteinte à l’intégrité corporelle ». La peine maximale encourue est de huit ans de réclusion ferme. Le porte parole de la police moscovite, cité par Interfax, a déclaré privilégier la piste du règlement de comptes dans le milieu professionnel. Mais, les policiers n’excluent pas une affaire de moeurs. Une fois que l’état de santé de la victime s’est stabilisé, les forces de l’ordre ont commencé à l’interroger.

Les collègues de la victime se déclarent choqués par la cruauté de l’agression et ne comprennent pas les raisons d’un tel acte : « Je n’en reviens pas. Je n’ai pas de réponse quant aux raisons de cet acte. L’atmosphère au sein de la troupe était remarquable, je n’ai jamais senti aucun malaise, conflit ou scandale. Tout le monde apprécie Sergueï Ïourevitch, c’est un homme honnête et très juste », a déclaré à RIA Novosti la danseuse étoile du Bolchoï Nina Kaptsova.

Toutefois, ce cas n’est pas isolé. D’autres personnalités du ballet russe témoignent de cas de menaces et accusent la mauvaise ambiance qui règne dans le milieu assez fermé du ballet. L’actuel directeur du ballet du Théâtre de La Scala de Milan Makhar Vaziev se souvient avoir été menacé quand il travaillait à Saint-Pétersbourg : « Incroyable ! Qu’un directeur artistique puisse encore être menacé : quand en 1995, je travaillais au Théâtre de Mariinski, je recevais des menaces presque tous les soirs. Je pensais vraiment que cette époque était révolue. »

Alexeï Ratmanski, l’ancien directeur artistique du ballet du Bolchoï, aujourd’hui choréographe principal de l’American Ballet Theater, considère que cette tragédie est dûe au manque d’éthique au sein du Bolchoï : « Le malheur qui est arrivé à Sergueï Filine n’est pas un hasard. Le grand problème du Bolchoï, c’est toute cette bande patibulaire qui fourmille autour des artistes : les faux-amis, les trafiquants de billets à la sauvette, les fans complètement fous, prêts à égorger pour leurs idoles, les hackers sans scrupules, toute cette presse jaune et les interviews à scandales. Tout cela a fait boule de neige. Et ce, par manque d’éthique, qui a été détruite petit à petit au Bolchoï, par des personnes concrètes. Le voilà le vrai malheur de ce grand théâtre... Je souhaite à Sergeï un prompt rétablissement et beaucoup de courage ! »

Sergeï Filine a 42 ans, il a intègré la troupe du ballet du Théâtre du Bolchoï en 1988, après des études à l’institut de chorégraphie de Moscou. Il a interprété Désiré dans La belle au bois dormant, Ziegfried dans Le lac des cygnes, Albert dans Gisèle, le Prince dans Casse-Noisette, Roméo dans Roméo et Juliette, le Danseur Classique dans Le clair ruisseau, etc. Il s’est produit en tant que soliste invité dans les compagnies du ballet national du Royaume-Uni, de Hongrie et de Tokyo.

En 2008, après une prestigieuse carrière, Filine a été nommé directeur artistique du ballet du Théâtre musical Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko à Moscou.

Puis est devenu directeur artistique du ballet du Théâtre du Bolchoï en mars 2011.

Sources d’information : RIA Novosti, Interfax, Kommersant, Komsomolskaïa Pravda, lenta.ru, gazeta.ru

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