Pourquoi les services secrets ne partagent pas leurs renseignements

1 juin 2017 Artem Koureev
Opinion
Security workers
Crédit : Getty Images

Le 22 mai, la Manchester Arena, au Royaume-Uni, a été le théâtre d’un attentat-suicide meurtrier. Si les services secrets britanniques avaient été alertés à temps, ils auraient pu prévenir la tragédie. Or, on ne peut pas exclure que leurs collègues étrangers aient pu disposer d’informations à ce sujet.

Ce qui est peut-être également valable pour l’attentat commis dans le métro de Saint-Pétersbourg. Aussi cynique que cela puisse paraître, les agents secrets n’échangent que rarement des informations importantes avec leurs partenaires étrangers, même quand des vies sont en jeu.

Ces « sources » plus précieuses que les vies

Les services secrets du monde entier se procurent des informations sur les projets des terroristes par le biais de leurs propres « sources », des agents infiltrés. Les informations qu’ils fournissent sont stockées dans les bases de données nationales où la police puise des renseignements sur les suspects. En Europe, ces bases sont complétées notamment par le Système d’information Schengen (SIS).

Le problème de ces systèmes est qu’un terroriste actif est difficile à repérer dans cette multitude de données si les services secrets nationaux ou leurs collègues étrangers ne fournissent pas de précisions.

Salman Abedi, l’auteur de l'attentat-suicide de Manchester, était connu des services de renseignement britanniques pour ses idées radicales, mais les alliés de Londres n’ont probablement pas mis leurs collègues au courant de ses projets.

Les services secrets ne partagent que très rarement de telles informations avec des pays tiers pour une seule et bonne raison : ces renseignements précieux (par exemple, sur le lieu et l’heure d’une éventuelle attaque terroriste) risquent de compromettre leur agent.

Pour les professionnels du renseignement, informer leurs alliés d’un attentat en gestation signifie souvent mettre en péril la vie de l’infiltré. D’autant plus si ce n’est pas un agent double de Daech, mais un compatriote introduit spécialement dans les rangs des terroristes.

Infiltrer une organisation terroriste est une mission délicate. Peu de professionnels voudront risquer des années d’activité pour sauver quelques étrangers. Aussi cynique que cela paraisse, aux yeux de la plupart des officiers des services secrets, une vingtaine de vies humaines est un prix acceptable pour préserver une source d’information qui pourra, le moment venu, sauver des centaines, voire des milliers de compatriotes.

Il est évident que les services secrets d’alliés proches (comme les États-Unis et la Grande-Bretagne) procèdent à un échange de données. Mais le problème est que souvent, ces informations sont modifiées et comprimées pour protéger l’agent.

Un Centre antiterroriste de coordination comme solution ?

En ce qui concerne l’attentat de Manchester, les Américains ont peut-être tiré la sonnette d’alarme et informé le renseignement britannique du danger que présentait Salman Abedi. Pourtant, il est probable que ces informations ont été remises sous forme d’une simple note insignifiante qui a pu facilement se perdre dans la paperasserie du département chargé de la mise à jour des bases antiterroristes et ne pas arriver jusqu’aux forces antiterroristes de Manchester.

Le consommateur final ne peut être approvisionné en information au niveau international que par un groupe spécial de coordinateurs compétents ayant la possibilité de contacter rapidement les services secrets de tous les pays concernés.

Seul un centre qui réunira non des fonctionnaires, mais des agents professionnels prêts à crypter ensemble leurs sources d’information, à analyser les données pour leur mise à jour et à garantir la coopération lors d’opérations antiterroristes, est capable de contrecarrer le danger du terrorisme. Seul problème, les services de renseignement sont très réticents partager leurs secrets.

Artiom Koureïev est expert en sécurité, membre de l’association Centre des études du développement économique et socioculturel des pays de la CEI et d’Europe centrale et orientale.

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