Après-South Stream : l’avenir du gaz russe en Europe

RBTH publie des morceaux choisis du discours prononcé par Sergueï Pravossoudov, rédacteur en chef du magazine Gazprom, à la conférence « Projets énergétiques russes dans les Balkans dans l’après-South Stream » qui s’est tenue le 2 mars à Belgrade avec le soutien de l’Institut des études stratégiques de Russie (RISI), de la Fondation de la perspective historique et de l’ambassade de Russie en Serbie.

Image par Konstantine Maler.

Quelle était l’idée du gazoduc South Stream ?

Après la désintégration de l’Union soviétique, plus de 90% des exportations de gaz russe étaient effectués par l’Ukraine. Et cette dernière a commencé à exiger un régime préférentiel pour les services rendus : Kiev voulait payer le gaz moins cher que les autres clients et obliger la Russie à payer plus cher le transit. Toutefois, l’argent versé pour le transit s’évaporait et rien n’était investi dans le gazoduc dont l’état, sans aucune modernisation, est devenu déplorable.

Tout le monde comprenait que tôt ou tard, la situation deviendrait critique. Cela étant, le géant gazier russe Gazprom a commencé à construire des conduites pour contourner l’Ukraine. Il y a eu d’abord Blue Stream vers la Turquie, puis le pipeline Yamal-Europe passant par la Biélorussie et la Pologne et débouchant sur l’Allemagne, et enfin Nord Stream directement connecté à l’Allemagne.

Le projet South Stream a été mis en route afin que les pays de l’Europe méridionale puissent eux aussi recevoir du gaz russe en contournant l’Ukraine.

Bien sûr, moderniser les infrastructures gazières ukrainiennes reviendrait moins cher que construire South Stream. Des négociations ont été engagées à ce sujet avec l’Ukraine. En 2004, les deux parties ont signé un accord sur la modernisation du réseau ukrainien aux frais de Gazprom.

Cependant, la révolution orange à la fin de 2004 en Ukraine a placé aux commandes du pays un nouveau pouvoir qui a rompu tous les accords avec la Russie, sans faire le moindre investissement dans le gazoduc.

Plus tard, lorsque la présidence du pays est revenue à Viktor Ianoukovitch, le gouvernement a signé de nouveaux contrats avec la Russie, notamment dans le domaine gazier. L’Ukraine s’est vu accorder une importante remise et un prêt de 2,7 milliards d’euros, et s’est vu promettre un autre prêt de 10,5 milliards.

Mais tout s’est répété encore une fois : une nouvelle révolution, un nouveau gouvernement et une nouvelle rupture de tous les accords avec la Russie. La conduite restait toujours dans un piteux état.

À qui profitait cette situation ?

Du point de vue économique, South Stream était souhaitable, voire indispensable aux pays membres du projet. Toutefois, la Commission européenne a déclaré aux responsables de Bulgarie et de Serbie qu’ils ne pouvaient pas conclure ces accords (qui, en fait, étaient déjà signés) sans concertation avec elle. Rien de tel en réalité.

La Bulgarie et la Serbie ne doivent coordonner avec personne les accords internationaux sur les livraisons de gaz. La Commission européenne a uniquement le droit de définir les conditions d’exploitation du gazoduc après sa construction.

Toutefois, la Commission européenne a insisté pour que le projet soit réalisé dans le cadre du Troisième paquet énergie. Ce qui signifiait que Gazprom devait construire le tuyau à ses frais, mais remettre 50% de ses capacités aux mains de concurrents.

Estimant injuste d’investir son argent dans une conduite destinée à ses concurrents, Gazprom a proposé que ces derniers financent leur partie eux-mêmes. Ainsi, ce gazoduc n’a pas été construit, bien que son « rival », reliant l’Azerbaïdjan à l’Italie, ait reçu toutes les autorisations de la Commission européenne indispensables à le remplir à 100% de gaz azerbaïdjanais.

C’est à ce moment-là qu’il a été décidé de construire un nouveau gazoduc, Turkish Stream. Selon ce projet, un tuyau posé au fond de la mer Noire reliera la Russie à la Turquie, tandis que les autres pays pourront acheter du gaz à la frontière entre la Turquie et la Grèce.

La Commission européenne a affirmé que le projet était dénué de sens. Elle a déclaré que la Turquie, qui n’est pas membre de l’Union européenne, pouvait acheter le gaz où elle voulait, mais que les autres pays devaient acheter le gaz transitant par l’Ukraine parce que c’est « un itinéraire plus correct et plus fiable ».

L’Ukraine est aujourd’hui au bord de la faillite. Elle ne se maintient à flot que grâce à des subventions et des prêts qu’il faudra rembourser un jour. En ce qui concerne la société ukrainienne Naftogaz, qui gère les infrastructures gazières du pays, elle est déficitaire depuis plusieurs années et accuse des pertes de plusieurs milliards d’euros par an.

Ce déficit était comblé par le gouvernement ukrainien, mais le pays s’enlisant dans les dettes, le cabinet des ministres reste impuissant. Cela étant, les problèmes dans le domaine du transit sont inévitables. Des problèmes que South Stream s’engageait à résoudre, mais qu’il ne résoudra plus.

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