Moscou courtise ardemment Pékin

Image par Natalia Mikhaylenko

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Cap à l’Est. Le lancement de la construction du gazoduc « Force de Sibérie », l’offre de Vladimir Poutine ouvrant le gisement de Vankor aux investisseurs chinois, l’empressement de Gazprom à signer dès le mois de novembre un accord sur les exportations de gaz vers la Chine via l’Altaï, tous ces éléments attestent de la nouvelle orientation du commerce extérieur russe vers l’Orient.

Le fait que la Russie ait levé les mesures de restrictions politiques préexistantes concernant l’entrée des investisseurs chinois dans la production de pétrole et de gaz est une conséquence directe des tensions politiques récentes avec l’Occident.

Il est important de rappeler qu’une grande partie de ces mesures auraient de toute façon été prises tôt ou tard par la Russie. Pour les exportateurs de ressources, l’Asie représente l’avenir : à elle seule, la Chine est aujourd’hui le plus grand consommateur d’énergie au monde. L’Europe est déjà derrière nous.

Cependant, dans un contexte de paix, la réorientation vers l’Est aurait sans doute été plus lente, accompagnée d’un jeu politique complexe impliquant l’Union européenne, les États-Unis et le Japon.

Dans le même temps, la Russie aurait souhaité conserver au maximum sa liberté d’action en limitant la présence de capitaux chinois dans le secteur énergétique. La nature et les effets de cette réorientation dépendent aussi de facteurs conjoncturels.

L’accélération de la construction de ces gazoducs coûteux vers la Chine, conjuguée à l’accès des Chinois aux actifs stratégiques que représentent les matières premières, constitue un événement qui ne relève déjà plus de l’économie, mais de la sphère politique et stratégique mondiales.

La série d’accords énergétiques russo-chinois déjà conclus ou qui le seront cette année signe le début d’une redistribution des cartes, à l’aube de l’affrontement qui s’amorce en vue d’un nouvel ordre mondial. Les parties ne seront pas seulement liées à une infrastructure de gazoducs coûteuse.

Sur fond de dégradation des relations entre la Russie et l’Europe et d’une détérioration des relations sino-américaines, le développement d’une coopération industrielle russo-chinoise est logique. La chaîne d’approvisionnement va elle aussi connaître un bouleversement. Au terme de la crise ukrainienne, il est peu probable que les relations avec l’Europe retrouvent leur niveau précédent.

Grâce à sa coopération avec la Chine, la Russie pourra sans doute être en mesure de réduire les coûts économiques d’une nouvelle guerre froide avec l’Occident. Toutefois, à plus long terme, cette perspective pourrait lui coûter son statut d’acteur indépendant sur la scène politique internationale.

Vassili Kachine est chercheur au Centre d’Analyse des Stratégies et Technologies.

Article publié le 02 septembre 2014

Source : Slon.ru

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