« L’exception » nationale, un concept répandu et dangereux

Image par Alexeï Iorche

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Les récents propos de Barack Obama à propos d’une hypothétique « exception » américaine ont suscité de nombreuses réactions de rejet. Dirigeants politiques, philosophes, politologues…de nombreuses personnalités ont condamné cette vision que l’Amérique a d’elle-même. A juste titre ? Oui et non. 

Non parce que les Etats-Unis demeurent aujourd’hui la seule superpuissance sur la scène internationale.

Du point de vue économique, Washington reste au premier rang. La Chine, confrontée à de graves difficultés intérieures, n’est pas nécessairement assurée de rattraper un jour le grand rival.

Quant à l’Union européenne, ectoplasme politique, elle dispose peut-être du premier Produit Intérieur Brut mais elle n’est pas une puissance. A moyen ou long terme les inégalités de plus en plus criantes de leur société ou la dette extérieure, qui atteint des sommets, obligeront sans doute les Américains à repenser leur modèle économique. Mais cela ne signifie pas qu’ils perdront pour autant leur leadership.

Sur le plan militaire, indépendamment d’un arsenal nucléaire surpuissant, l’Amérique dispose des forces conventionnelles les plus imposantes. Porte-avions, bombardiers stratégiques B-2, drones HALE (High Altitude Long Endurance)…

A l’instar de l’Angleterre victorienne, les Etats-Unis sont seuls en mesure de frapper vite et fort sur quelque point du globe que ce soit, tout en étant assurés d’une relative impunité. 

Oui, parce que ces atouts n’autorisent en rien la Maison Blanche à se comporter vis-à-vis des autres nations suivant des règles qui ne vaudraient que pour elle. Nul n’est au-dessus des lois.

Et rien n’est plus dangereux que de le croire. Que ce soit du point de vue des nations impactées par une diplomatie unilatérale ou de celui qui se croit supérieur.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. En prétendant avoir le droit d’agir différemment des autres en fonction d’une singularité qui reste à démontrer, Washington affirme implicitement que les autres Etats, acteurs de seconde zone, ne jouent pas dans la même cour.

Plus encore, les Etats-Unis signifient aux autres qu’ils ne peuvent prétendre agir sur un pied d’égalité pour des raisons d’ordre moral. L’argument traditionnel de tous les impérialismes pour justifier leur soif de domination.

Or ce type de discours se retourne toujours contre ceux qui le tiennent. Car la prétention à une quelconque suprématie de ses valeurs par rapport à celle des autres est aussi insupportable à autrui qu’une tentative de le contraindre à agir sous la tutelle d’une autorité étrangère et autoproclamée.

Soyons cependant honnêtes : L’Amérique est loin d’être la seule nation qui prétende à un statut singulier. Aux côtés des puritains protestants WASP, qui se croient investis par Dieu d’un magistère moral, de nombreux Juifs –qu’ils soient ou non citoyens israéliens- se considèrent fréquemment comme le « peuple élu ».

Sur le front de la religion et du Moyen-Orient les Wahhabites et Salafistes, partisans d’une Oumma unie autour de la Charia et exerçant sa suprématie dans le monde, s’imaginent eux aussi chargés d’une mission divine.

Et ceux qui relèguent la religion dans la sphère privée ne renoncent pas nécessairement à imposer leur modèle de société et à prodiguer des leçons de morale aux autres.

L’Union européenne est championne en la matière et en son sein la France tout particulièrement. Depuis 1789 nous nous croyons détenteurs du meilleur modèle social, gardiens du temple des Droits de l’homme. Nous sommes si souvent persuadés d’être meilleurs que nous sommes considérés comme arrogants par la plupart des autres peuples.

Arrogants et un tantinet ridicules tant nous ne sommes plus que l’ombre de la grande puissance qui, dans la foulée de 1789, pensait devoir convertir le monde aux « idées des lumières », par la force et la guillotine si nécessaire.

C’est sans doute ce qui nous différencie des Américains. Ces derniers, dans une certaine mesure ont encore les moyens de leur arrogance. Ce qui la rend particulièrement insupportable. Et leur attire sans cesse plus d’ennemis. 

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