Exception et multipolarité

Image par Alexeï Iorche

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L’exceptionnalisme, qui a été discuté par Poutine et Obama il n’y a pas longtemps, est l’un des piliers de l’idéologie américaine et l’une des traditions majeures de la politique étrangère des États-Unis.

L’exceptionnalisme peut même être considéré comme la cause principale de la difficulté de la superpuissance à comprendre un monde multipolaire et à se défaire de son attachement au leadership, un attachement qui forme le paradigme de sa politique étrangère et fonde sa philosophie de la participation ou de la non-participation aux relations internationales.

L’exceptionnalisme repose sur l’idée que les États-Unis incarnent le meilleur système politico-social. Le meilleur système de gouvernance. Un système au centre duquel se trouvent l’individu, sa liberté, ses droits et ses intérêts.

Historiquement, dans le contexte de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècles, c’était une réalité. L’exceptionnalisme est ainsi devenu le fondement idéologique de la politique d’isolationnisme des États-Unis, qu’ils ont menée  jusqu’au milieu du XXème siècle.

Dans une situation où le monde était dominé par des empires européens, il n’y avait pas de meilleur moyen de conserver « l’exceptionnalisme » du système américain.

Lorsque les États-Unis sont passés à une politique étrangère internationaliste, l’exceptionnalisme est devenu le fondement de l’attachement des États-Unis à leur statut de leader.

Ce n’est pas un hasard si ce pays n’a  pas pris part à une « régulation » du monde sur des bases égalitaires – selon le schéma qui en ferait un centre parmi d’autres centres d’un monde multipolaire.

Les États-Unis sont passés d’un bond d’une non-participation à une régulation internationale vécue comme « autre », du XVIIIème siècle à la première moitié du XXème siècle, à la création de leur propre ordre international pendant la deuxième moitié du XXème et le début du XXIème siècles.

Cette approche ne laisse pas de place à un dialogue entre égaux, ne permet pas de faire des États-Unis une des sources de régulation parmi d’autes, empêche la participation égalitaire à un système de prise de décision et de fixation des priorités mondiales, interdit de participer à la création et la gestion d’une régulation multipolaire.

Quel autre pays que celui possédant le meilleur système au monde et le mode de vie le plus progressiste pourrait être leader ?

En vertu de leur exceptionnalisme, les États-Unis ne peuvent qu’être leader dans tout processus international, ou ne pas y prendre part du tout. Il n’y a pas de troisième voie : celle de la participation sur une base égalitaire.

L’auteur est Directeur adjoint du Centre des études européennes et internationales à l’Université de recherche nationale – Hautes études économiques.

Source : Russia Direct

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