Elections municipales en Russie : quelles leçons en tirer ?

Dessin de Natalia Mikhaylenko

Dessin de Natalia Mikhaylenko

Cinq problèmes du système politique russe ont été mis en évidence par les dernières élections municipales.

Dessin de Natalia Mikhaylenko

Les élections municipales, qui se sont déroulées le 8 septembre dans la plupart des régions de Russie, ont très bien reflété les particularités du système politique russe. Les citoyens ont assisté à un scrutin libre de la pression des autorités, ont éprouvé la différence entre la valeur des votes des Moscovites et celle des suffrages des résidents de la province, ont pu constater l'apathie politique générale, et ont découvert l'incapacité du pouvoir de consolider ses partisans. En conséquence, il est devenu évident que les gens chassés auparavant par les autorités peuvent remporter les élections.

Mais les élections municipales russes du 8 septembre ont aussi mis en lumière cinq problèmes du système politique du pays, dont chacun doit être évoqué et surtout résolu.

L'élections du maire de la capitale russe a montré que la course électorale – de la nomination des candidats jusqu'au dépouillement des votes – peut se dérouler en Russie sans une pression dure de la part des autorités. Il s'agit effectivement d'une première pour la Russie moderne. Le fait que le pouvoir n'a presque pas employé de moyens de pression a surpris à la fois les autorités et l'opposition. Le maire sortant Sergueï Sobianine et son équipe étaient stupéfaits par son score relativement faible, 51,37% des voix, suffisant pour remporter l'élection, mais insuffisant pour asseoir la légitimité de l'administration actuelle de Moscou.

Cependant, c'était également une situation inhabituelle pour l'opposition, notamment pour Alexeï Navalny et ses partisans. M. Navalny peut faire état de fraude électorale, mais ne peut actuellement ni la démontrer ni la prouver de façon convaincante : par rapport à tout ce qui se passait au cours des élections de ces dernières années, les falsifications enregistrées à Moscou durant la dernière course électorale semblaient négligeables. Et quand les élections se déroulent sans pression du pouvoir, il est temps de chercher des alliés et de lutter de manière honnête contre ses adversaires, c'est-à-dire de s'engager dans la politique réelle. Cependant, ni les autorités ni l'opposition n'étaient vraiment prêts à le faire.

Deuxième problème : un écart considérable entre la capitale et la province. Toutes les techniques de fraude, qui n'ont pas ou peu été employées à Moscou, ont été pleinement utilisées durant les élections dans les autres régions. Exclusion des candidats, « filtre local » (c'est-à-dire la nécessité de réunir un certain nombre de signatures des élus locaux) qui permettait aux chefs actuels des régions de choisir par eux-mêmes leurs rivaux, pression exercée sur les adversaires, et fraude électorale à proprement parler : du « carrousel » (le vote dans d'autres arrondissements que le sien par cars entiers) au vote sous pression et à l'élimination d'observateurs de bureaux de votes, les autorités ont eu recours à tous ces moyens lors des élections dans les autres régions. Dans ce contexte, la valeur d'un vote d'un habitant de province était inférieure à celle d'un Moscovite. Cet écart peut avoir un impact, non pas durant les scrutins, mais plus tard : Moscou, la ville la plus riche de Russie, n'est pas vraiment respectée en province. A présent, les résidents des régions russes ont une autre raison pour détester les Moscovites : ces derniers ont plus d'influence sur le gouvernement et, par conséquent, plus de droits.

Troisième problème : le faible taux de participation à travers le pays. À Moscou, c'est peut-être M. Navalny qui en a profité, mais dans les autres régions, ce sont les autorités. Toutefois, quels que soient les résultats du vote, le refus de participer aux élections montre que les citoyens ne s'intéressent pas au système politique. Une telle attitude aux élections est alarmante, à la fois pour le pouvoir et pour l'opposition : il s'avère que les Russes ne prêtent leur oreille ni à l'un, ni à l'autre.

Les médias russes affirment que c'est l'indifférence des citoyens qui est la raison de cet absentéisme, mais il s'agit en fait plutôt de l'incapacité des hommes politiques de fournir des idées intéressantes. Les Russes ne peuvent pas toujours s'abstenir de la politique. Tôt ou tard, il y aura des figures politiques qui trouveront des approches entièrement nouvelles aux citoyens, et le système existant s'effondrera, comme cela s'est passé en Biélorussie et en Italie au milieu des années 1990. La nature de la politique ne supporte pas le vide. Dans le pays où les hommes politiques ne peuvent rien offrir d'intéressant, émergent des acteurs hors-système qui créent très rapidement un nouvel ordre. Et dans ce nouvel État, les anciennes figures politiques n'ont aucune place.

Le prouvent la victoire de l'opposant Evgueni Roïzman aux élections du maire d'Ekaterinbourg et le succès du parti des Patriotes de Russie à Krasnoïarsk. Durant de nombreuses années, les autorités russes ne permettaient pas aux figures de ce genre d'exister au sein du système politique, mais ces interdictions ne fonctionnent plus. Et c'est le quatrième problème.

Cinquième problème : nous ignorons si les autorités comprennent que les règles du jeu qu'elles imposent ne plaisent pas à la minorité vocale et ne servent pas à mobiliser la majorité conservatrice. Des forteresses s'effondrent quand il n'y a personne pour les défendre. Le pouvoir doit viser à faire évoluer le système politique, mais tout ce qui se passe depuis ces dernières années montre que les autorités ne veulent pas le faire, ni même en discuter.

 

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