La leçon d’une École française

Dessin de Alexeï Iorsh

Dessin de Alexeï Iorsh

À l’horizon 2020, le Président Poutine a fixé l’objectif de faire entrer au moins cinq universités russes dans les 100 premiers établissements de l’un des trois classements mondiaux. À cet effet, l’État sélectionnera un petit groupe d’écoles supérieures qui recevront les ressources nécessaires à leur développement.

Avec le temps, cette stratégie devrait permettre dans une certaine mesure de consolider le potentiel scientifique et enseignant de plusieurs bons établissements. Problème : la réforme des « dinosaures » existants relève d’un processus long et pénible qui ne requiert pas que de l’argent.

Pour se faire une place dans les classements mondiaux, les établissements russes devront recruter sur le marché universitaire international des centaines de professeurs, chercheurs et administrateurs. Ce qui impliquera, par voie de conséquence, soit un surdimensionnement des dits établissements, soit la nécessité d’une réduction notable du personnel d’encadrement.

Dans la première hypothèse, les universités se transformeront en mastodontes sclérosés sur le terrain de la science et de l’enseignement. Ou bien, on fera face à la frustration croissante des personnels renvoyés par défaut de compétitivité.

De plus, une stratégie agressive de transfert des principaux cerveaux d’une institution à une autre – « les champions nationaux » – ajoutera au mécontentement dans le milieu universitaire à l’heure où la coopération des matières grises d’un établissement à l’autre marche déjà très mal en Russie. Prenons l’exemple des sciences économiques à Saint-Pétersbourg. Des programmes plutôt médiocres d’accès au mastère d’économie poussent comme des champignons dans les différentes universités de la ville, de plus en plus budgétivores, sans qu’on prenne le temps de se pencher sur la création d’un outil unifié et compétitif au niveau international.

Selon Jacques-François Thisse, économiste en poste à l’antenne pétersbourgeoise de l’École supérieure d’économie, cette situation n’est pas propre à la Russie, car on la retrouve en France. Pour autant, les Français ont su restructurer la recherche et la coopération dans les sciences sociales par le regroupement de différentes universités en centres de recherche pilotes supra-institutionnels.

Ainsi fut créée notamment l’École d’Économie de Paris (EEP) en 2006, sans recourir au pillage des cerveaux ou aux réformes de longue haleine des mastodontes d’un autre âge. En sept ans, elle est entrée dans les 15 premières à l’échelle mondiale.

Les établissements constitutifs de l’EEP continuent de délivrer leurs propres diplômes selon les mormes de leur système d’enseignement. Mais, sous l’égide de l’EEP, les étudiants ont désormais la possibilité d’être formés selon des programmes compétitifs auprès des meilleurs chercheurs et enseignants de différentes écoles de France. Sans froisser personne, l’EEP rapidement taillé la réputation d’un centre scientifique puissant qui offre un pôle de ralliement aux plus grands économistes du pays. Une stratégie à laquelle nous serions bien inspirés de réfléchir à notre tour.

L’auteur est professeur à l’Université européenne de Saint-Pétersbourg.

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