Conférence de Genève sur la Syrie : la paix pour le pays ou l’épée pour Assad ?

Dessin de Niyaz Karim

Dessin de Niyaz Karim

Le règlement de la crise syrienne a franchi une nouvelle étape. Mais si les participants de la prochaine conférence internationale de Genève, baptisée « Genève 2 », ne proposent que d’augmenter la pression sur Bachar el-Assad, la paix en Syrie, déchirée par le conflit, ne sera pas atteinte pour longtemps.

Le 7 mai, durant la visite du chef de la diplomatie américaine John Kerry en Russie, Moscou et Washington ont décidé d’organiser une conférence internationale sur la Syrie. Une situation sans précédent : pour la première fois depuis le début de la crise, John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov ont fait une déclaration conjointe afin d’inciter les autorités syriennes et l’opposition à prendre part à la réunion.

Une semaine plus tard, les médias ont annoncé que la conférence devrait se tenir à Genève sous l’égide de l’ONU au niveau ministériel. Moscou a en outre déclaré qu’il était nécessaire d’attirer à la réunion les principaux pays de la région, notamment l’Iran et l’Arabie saoudite.

Il s’agit au fond d’un « Genève 2 », c’est-à-dire de la répétition d’une réunion similaire ayant eu lieu dans cette ville il y a un an. À l’époque, tous les participants de l’événement se sont prononcés pour le lancement d’un dialogue politique entre les parties belligérantes. Cependant, ce dialogue n’a toujours pas été lancé.

La raison principale de cette impasse est la divergence entre Moscou et l’Occident. Les pays occidentaux et leurs alliés insistent sur le retrait du président syrien Bachar el-Assad en tant que condition sine qua non du règlement de la crise dans le pays. Moscou, pour sa part, prône une résolution du conflit sans pression extérieure. En d’autres termes, la Russie essaie de contrer la stratégie du renversement de régimes à l’aide d’une intervention militaire, employée durant les 25 dernières années en Yougoslavie, en Irak et en Libye.

A en juger par le manque d’enthousiasme pour les propos de John Kerry, démontré par le président russe Vladimir Poutine au cours de leur réunion au Kremlin le 7 mai, Moscou et Washington ont toujours des divergences extrêmes sur cette question, et aucune des parties ne semble prête à céder. Mais cela n’empêche pas les leaders mondiaux d’effectuer des manœuvres diplomatiques : le Premier ministre britannique David Cameron a récemment visité la Russie et les États-Unis ; le chef du gouvernement israélien Benyamin Netanyahou s’est rendu à Moscou et à Pékin ; le Premier ministre turc a effectué une visite à Washington ; quant aux chefs des diplomaties russe et américaine, ils sont en contact permanent. Mais l’essentiel, semble-t-il, est toujours le problème d’el-Assad.

Le ministre syrien de l’Information Omran al-Zoubi a récemment déclaré que les autorités syriennes ne prendront pas part à la conférence de Genève si les participants décident d’aborder les questions de la présence de Bachar el-Assad au pouvoir ou de la possibilité d’une modification de la constitution du pays.

Cependant, John Kerry a laissé entendre que les États-Unis voudraient voir parmi les participants de « Genève 2 » le chef de l’État syrien. « Si le président Assad refuse de prendre part à la conférence, ce sera une autre erreur grave de sa part », a-t-il déclaré. D’après le haut responsable, s’il ne participe pas aux négociations, « l’opposition obtiendra plus d’aide et, malheureusement, nous ne pourrons pas mettre fin aux violences ».

Autrement dit, l’Occident menace le président syrien d’augmenter son soutien à l’opposition avec un possible redoublement de l’aide financière en provenance des Etats-Unis avant 2014, ainsi que d’une levée d’embargo sur les armes par l’UE.

En outre, les adversaires du président cherchent à exercer une pression sur lui via l’Onu. Le 16 mai, l’Assemblée générale a adopté une résolution condamnant les forces fidèles à Bachar el-Assad, proposée par le Qatar et l’Arabie saoudite. Il est à noter quand même que la situation est actuellement plutôt défavorable pour les monarchies du Golfe.

Avec 107 voix pour, 12 contre (y compris la Russie et la Chine) et 59 abstentions, le nombre des pays soutenant ce genre de résolutions semble être en baisse (en 2012, 133 États se sont prononcés pour un document similaire).

Tout aussi importante est la menace d’une invasion. Les preuves solides de l’usage d’armes chimiques par Damas pourraient devenir un prétexte pour une intervention militaire. Mais les preuves ne sont pas toujours nécessaires : il suffit de rappeler les « armes de destruction massive » en Irak.

Une véritable épée de Damoclès pèse ainsi sur el-Assad. Et ce danger peut sans doute le frapper sans résolution du Conseil de sécurité de l’Onu. Cela est devenu évident après les raids aériens organisés par Israël en Syrie les 3 et 5 mai. La Turquie, elle aussi, menace la Syrie ayant accusé les services spéciaux syriens d’avoir organisé l’attentat du 11 mai dans la ville de Reyhanli.

Ainsi, l’alternative à des négociations est évidente pour el-Assad. Mais si les participants de la conférence de Genève ne proposent que d’augmenter la pression sur le leader syrien, on peut oublier un règlement rapide de la crise dans le pays.

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