Russie-France : conserver les liens malgré la crise

Image par Serguei Elkine

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Le président François Hollande détient le « record des mécontents » de la Ve République. D’après un récent sondage, 74% des Français ne sont pas satisfaits des actions du chef de l’État. Un résultat plus impressionnant encore que celui de Nicolas Sarkozy à la fin de son mandat de cinq ans.

Le chômage, la dette publique qui ne diminue pas, la politique fiscale controversée, les scandales de corruption impliquant des collègues du président : tout cela, combiné avec la loi sur le mariage pour tous qui a divisé l’opinion, pousse beaucoup de gens à penser que le gouvernement ne sait pas quoi faire.

Encore plus surprenant est le fait que la France soit presque effacée de la scène politique européenne.

Sarkozy avait été accusé d’être tombé sous la coupe d’Angela Merkel et d’avoir complètement fusionné la position de la France sur les questions de l’intégration européenne et l’avenir de la monnaie unique avec celle de l’Allemagne. Mais la France était toutefois au premier plan : l’ex-président montrait qu’il aspirait avec la chancelière allemande à rénover l’Europe.

Arrivé au pouvoir, Hollande avait l’intention de promouvoir sa propre vision de réformes européennes, différente de celle de Berlin. Néanmoins, Paris n’a pas réussi à promulguer l’idée d’abandonner la politique d’austérité et de favoriser la croissance économique, bien que certains pays de l’Europe du Sud soient favorables à une telle approche.

La France n’a pas osé devenir leader d’une fronde anti-allemande. Donc, quand Berlin a décisivement lancé l’assainissement de la zone euro (à en juger par ses actions à Chypre), Paris est devenu quasiment invisible.

Pour compenser les échecs dans les domaines les plus importants, Hollande se montre très actif face aux conflits internationaux. L’intervention au Mali, grâce à laquelle le gouvernement malien a réussi à reprendre le contrôle de la plupart des régions occupées par des islamistes, est vraiment populaire en France, même parmi les opposants au chef de l’État. Toutefois, l’opération n’a pas permis au président de faire basculer l’opinion publique.

En outre, l’actuel hôte de l’Élysée a pris une position très ferme sur la Syrie. Avec David Cameron, M. Hollande insiste sur la levée de l’embargo européen sur la livraison d’armes aux rebelles syriens, initiative qui n’est pas vraiment soutenue par les autres pays européens. Même les Etats-Unis sont de plus en plus sceptiques vis-à-vis de ceux qu’ils avaient initialement assistés en Syrie.

La France joue désormais le rôle d’une province politique, ce qui est très inhabituel pour ce pays. L’Allemagne est maintenant au poste de leader de l’Europe, tandis que le Royaume-Uni est le principal opposant.

Les analystes français demandent quand même de ne pas dramatiser, en estimant que le « moment allemand » ne durera pas longtemps et que l’Allemagne sera en tout cas forcée de chercher un soutien de Paris, si Berlin ne veut pas faire peur à toute l’Europe par la possibilité d’un « Quatrième Reich ». C’est vrai, mais dans ce cas, Paris doit avoir une position cohérente sur les principaux problèmes européens, ce qui n’est pas évident pour l’instant.

Pour la Russie, tout cela est très important. Paris est un partenaire de longue date de Moscou, les deux parties ayant maintenu des relatons très particulières à travers les siècles. Quant à la Ve République, son histoire montre parfaitement que Paris considère ses relations avec Moscou comme un élément important de la stabilité européenne et comme un moyen de rappeler que la France est un État puissant et important. Et la Russie l’apprécie.

Mais dans le sillage d’une transformation fondamentale inévitable de l’Europe, la Russie et les autres partenaires de la France doivent comprendre sa vision de l’avenir de l’UE et de son rôle dans cet avenir. Se limiter aux relations bilatérales, très appréciées par nous, c’est désormais insuffisant.

Aucun État européen, même aussi puissant que l’Allemagne, ne peut agir en dehors du contexte paneuropéen, quel qu’il soit. Et on peut le dire sans aucune prétention : Moscou veut que Paris redevienne un des leaders de l’Europe unifiée, car plus la politique russe est soutenue en Europe, mieux c’est.

Les relations russo-françaises sont actuellement à la croisée des chemins, comme toute l’Europe et même le monde entier. Les intérêts économiques évidents coexistent avec une divergence idéologique et politique due aux processus intérieurs qui se produisent en Russie comme en France. Les deux pays sont à la recherche d’une nouvelle identité, chacun à leur manière. C’est un processus difficile, mais tôt ou tard, les deux pays parviendront à trouver un consensus social. L’essentiel est que le lien existant entre les deux partenaires ne soit pas perdu avant l’accomplissement de ce processus. 

Fedor Loukianov, président  du Conseil pour la politique étrangère et la politique de défense de la Russie

Version intégrale en russe sur le site de Rossiyskaya Gazeta

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