« La soif » d'Andrei Guelassimov

Après avoir obtenu son diplôme à l'université technique du pétrole de Oufa, Turine a travaillé dans les exploitations de pétrole en Sibérie, dans le cadre de sa spécialisation.

Rapidement, il se rendit compte que l'art était sa vocation : « Devenir réalisateur ne se fait pas du jour au lendemain ; je ne suis pas le premier à me lancer dans la réalisation de films, armé de mon expérience personnelle et d'une formation. Tout s'est déroulé de manière complexe. Au début, le cinéma n'était qu'un loisir quand j'étudiais encore à l'Institut du pétrole. J'ai réalisé des courts-métrages avec une caméra amateur ; plus tard, j'ai compris que c'était la seule chose que je voulais faire." 

Andrei Guelassimov, directeur de théâtre de formation à Irkoutsk, a débuté sa carrière d'écrivain dans les années 90 par des traductions. 2001 marque la sortie de son premier roman, Fox Mulder a une tête de cochon, un an plus tard, c'est au tour de La soif, l'histoire de jeunes hommes de retour chez eux après la guerre en Tchéchénie (un thème sensible en 2002).

Par la suite, les romans de Guelassimov ont tous rencontré un franc succès. Lors du Salon du Livre de Paris en 2005, Andrei Guelassimov a été reconnu comme l'auteur russe le plus populaire en France, devançant Ludmilla Oulitskaïa et Boris Akounine.

Turine, un débutant, a-t-il su éviter les clichés dans l'adaptation sur grand écran de La Soif ? « Je ne pense pas que nous ayons fait un film totalement novateur, ou inventé un nouveau langage cinématographique », affirme le réalisateur.

« Ce n'était pas notre but. Cependant, nous avons employé certaines techniques, comme des plans filmés par une caméra subjective. Notre mission était de raconter l'histoire d'un homme, et montrer comment il arrive à un désir conscient de vivre. Certains critiques l'ont comparé à « Belorussian Station » et à d'autres grands films, mais j'ai du mal à le juger ».

Lors du Festival du Film de Kinotavr cet été, Andrei Guelassimov a déclaré au cours de la conférence de presse que rien ne l'exaspérait davantage que les “clichés des drames sociaux”.

  Il a cité Elena, le film d'Andrei Zviaguintsev comme un exemple comportant des scènes clichés et des stéréotypes. “Vous voyez une famille pauvre. Le père est au chômage, il reste à la maison et joue aux jeux vidéos. Toute une série de clichés sociaux apparaît : si un homme adulte reste chez lui, est au chômage, et joue aux jeux vidéos, c'est un idiot. Et je suis censé ne pas aimer cette personne ».

La vie de Kostia (diminutif de Konstantin), le personnage principal, est coupée en deux : avant la Tchétchénie et après. Les liens entre ce reclus et le monde extérieur sont très minces. Vétéran de la première campagne de Tchétchénie, il a été gravement brûlé au visage pendant la guerre, et nourrit une aversion tenace envers la vie.

Kostia s'est complètement isolé du monde extérieur, il a coupé les ponts avec tout le monde, même avec sa famille. Enfermé entre les quatre murs de sa maison, il noie le restant de ses jours dans la boisson, en y mêlant des alcools encore plus forts.  Kostia a peur du monde de l'autre côté de la vitre, tout comme le monde craint Kostia.

Guelassimov ajoute : « Je ne sais pas si la société russe va changer d'opinion au sujet de la guerre en Tchétchénie. Personnellement, j'ai changé d'avis. Pendant l'écriture de « La Soif », je travaillais dans une université, et je m'inspirais de mes étudiants qui partaient à la guerre, à l'époque. Mais à ce moment-là, j'étais profondément convaincu qu'il fallait immédiatement tout arrêter. J'avais une conscience pacifiste. Mais 10 ans plus tard, je vois ce qui se passe en Russie … Nous nous sommes en quelque sorte présentés en France avec Zakhar Prilepine, mais ils nous ont tourné le dos à cause de la Tchétchénie [les deux auteurs ont consacré leurs oeuvre à la question de la Tchéchénie au même moment, ndlr]. Zakhar s'est insurgé contre cette réaction et il a dit, “Vous voulez qu'on s'excuse pour la Tchétchénie ? Aucune chance!” J'ai levé la main et j'ai enchéri, “Je suis d'accord. Désolé, mais le Caucase restera russe ». Cette révolution s'est produite dans ma tête au fil des années, passant de l'intelligentia libérale au « patriotisme » d'Etat ».

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