Ilya Glazounov, l'enfant terrible de la peinture russe moderne

Né à Leningrad (Saint-Pétersbourg) en 1930, seul survivant de sa famille pendant le siège nazi de la ville, Ilya Glazounov devint célèbre pendant la période de la perestroïka avec ses toiles troublantes et patriotiques.

Né à Leningrad (Saint-Pétersbourg) en 1930, seul survivant de sa famille pendant le siège nazi de la ville, Ilya Glazounov devint célèbre pendant la période de la perestroïka avec ses toiles troublantes et patriotiques.

Galerie d'Art d'État de l'artiste du peuple soviétique Ilya Glazounov à Moscou
L’un des artistes majeurs et les plus controversés de ces 50 dernières années est décédé le 9 juillet dernier. Ilya Glazounov avait 87 ans. Patriote de la Russie, il a tenté de repenser l’histoire du pays à travers l’art et était célèbre pour ses œuvres portant sur des thèmes religieux et historiques.

Auteur de plus de 3 000 œuvres, il était le fondateur et le recteur de l’Académie de peinture, sculpture et architecture et détenait le titre d’Artiste du peuple de l’URSS (1980). Il avait reçu de nombreuses distinctions russes et étrangères.

Glazounov était au cœur de nombreux scandales et rumeurs, ce qui ne faisait que croître l’intérêt pour ses toiles. Ses admirateurs affirmaient qu’il était l’un des plus grands artistes russes de notre siècle, les critiques soulignaient son pathos insatiable, ses erreurs historiques et la technique plate peu orthodoxe de ses toiles.

Outre ses peintures monumentales, Glazounov est célèbre pour ses illustrations des livres de Fiodor Dostoïevski. C’est l’un des points culminants de son art, et il est le seul artiste à avoir créé des illustrations pour toutes les œuvres de Dostoïevski.

Son épouse était son sujet de prédilection. Il était marié à Nina Vinogradova-Benois, membre de la célèbre famille russe Benois et costumière talentueuse qui a sacrifié sa carrière au service du génie de Glazounov. Elle sacrifiait tout quand la famille traversait des moments difficiles et a supporté le caractère volage et émotionnel de son époux, qui a connu de nombreuses liaisons.

Glazounov a peint un certain nombre de dirigeants soviétiques et socialistes étrangers, comme le dirigeant cubain Fidel Castro…

Il a peint des portraits de nombre de femmes célèbres et belles et certaines, comme l’actrice italienne Gina Lollobrigida, n’ont pas su résister au charme du jeune peintre. En 1961, ils se sont rencontrés à Moscou et, deux ans plus tard, il lui a rendu visite à Rome. Glazounov avouait lui-même qu’il était incapable de résister à la beauté féminine, mais soulignait qu’aucune de ses liaisons romantiques ne pouvait être comparée à son amour pour Nina. Tragiquement, en 1986, elle s’est jetée par la fenêtre et on ignore à ce jour ce qui la poussa à commettre cet acte. Glazounov n’a jamais accepté la thèse selon laquelle il s’agissait d’un suicide.

… ou le premier ministre indien Indira Gandhi.

Glazounov a senti un changement dans les sentiments du public dès les années 1960 – un mécontentement général vis-à-vis de la situation globale et une nostalgie des traditions qui existaient auparavant.

« Glazounov utilisait volontiers la situation politique, mais n’a jamais voulu y disparaître », affirme Borovski. Il ne représentait pas l’histoire en tant que telle  dans ses œuvres, mais les attitudes et les croyances de sa génération quant à des moments historiques particuliers.

Glazounov a exprimé son opinion sur l’histoire russe, sa culture et l’avenir du pays dans son dernier livre, La Russie crucifiée. Dans un entretien, il a affirmé qu’avec ce livre, il voulait « re-raconter » la vraie histoire de la Russie, la version actuelle acceptée par la société comportant selon lui nombre de mauvaises interprétations. « Aujourd’hui, nous avons besoin de retourner à nos racines. Une nation qui ne connaît pas son histoire n’a pas d’avenir », disait-il.

L’élite et le public se rendaient progressivement compte que l’expérience soviétique ne pouvait sans doute pas fonctionner et tentaient de trouver une issue à l’aide de l’histoire. Glazounov a ressenti cette tendance et l’a montrée dans son art.

Ce qui est certain, c’est qu’il se distinguait parmi les artistes de son temps comme un peintre ayant touché la corde sensible du public et de l’élite au pouvoir, se montrant en outre capable de l’utiliser à son avantage.

À la fin des années 1990, après l’effondrement de l’Union soviétique, il a constaté une autre tendance dans l’état d’esprit du public : cette fois, il ne s’agissait pas uniquement de l’histoire, mais aussi d’une compétition entre « nous » et « eux ». Pour Alexandre Borovski, historien de l’art et directeur du département d’art contemporain au musée Russe de Saint-Pétersbourg, Glazounov fut le premier à avoir osé peindre l’histoire contemporaine et son attitude vis-à-vis de certaines personnalités politiques.

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