Le Dégel, ou l'amour ressuscité

« Tu me réveilleras à l’aurore, / Tu m’accompagneras pieds nus à la porte. / Jamais tu ne m’oublieras. / Jamais tu ne me reverras. / Te protégeant contre le rhume, / Je penserai : Dieu Très-Haut ! / Jamais je ne t’oublierai. / Jamais je ne te reverrai ». Andreï Voznessenski, La Saga / Une baiser sous la pluie, 1966.

« Tu me réveilleras à l’aurore, / Tu m’accompagneras pieds nus à la porte. / Jamais tu ne m’oublieras. / Jamais tu ne me reverras. / Te protégeant contre le rhume, / Je penserai : Dieu Très-Haut ! / Jamais je ne t’oublierai. / Jamais je ne te reverrai ». Andreï Voznessenski, La Saga / Une baiser sous la pluie, 1966.

VSEVOLOD TARASEVICH / MAMM – MDF / RUSSIAINPHOTO.RU
La fin du régime stalinien et l’avènement de Nikita Khrouchtchev à la tête de l'Union soviétique entame une nouvelle page de l’histoire de l’URSS, le Dégel (1953-1965). RBTH évoque le plus beau des sentiments de l’homme à travers les photos de Soviétiques.
Après la mort de Staline, l’écrivain soviétique Ilia Ehrenbourg publie la nouvelle Le Dégel. « Trop souvent nous disons une chose, mais dans la vie nous faisons autrement », constate l’un des personnages de cette œuvre. Le récit se concentre sur des Soviétiques qui s’avouent enfin que leurs sentiments sont plus complexes que les directives imposées par le parti. Sur la photo : Deux amoureux aux pied du mur du Kremlin, Moscou, 1960.
On ne peut que s’imaginer les Soviétiques qui visionnaient, le cœur palpitant, le film Quand passent les cigognes (1957) consacré à la fidélité soumise à rude épreuve pendant la guerre, épreuve parfois impossible à endurer. L’héroïne du film, Veronika, n’a pas pu rester fidèle à son homme. Mais a-t-elle cessé de l’aimer ? Quand passent les cigognes est l’unique long métrage soviétique à avoir décroché la Palme d'or au festival de Cannes. Sur la photo : Au cinéma, 1961.
A-t-on aimé en URSS auparavant ? Bien sûr. Mais c’était un amour un peu différent, un amour trempé par les séparations de la Seconde Guerre mondiale et marqué par les problèmes de l’après-guerre. En outre, épuisés émotionnellement par la menace de répressions, les Soviétiques manifestaient très timidement leurs sentiments en public. Sur la photo : Un instant de complicité à l’entrée, 1963.
Toutefois, il est impossible d’affirmer que le Dégel a radicalement transformé les idées des Soviétiques sur l’amour. Certes, ils commencent à manifester plus ouvertement leurs sentiments et à les accepter de manière moins univoque, mais ils restent toujours très attachés à des relations pures et à la fidélité. Sur la photo : À deux dans une île, 1965.
Ilia Ehrenbourg a réussi à deviner l’état d’esprit de toute une décennie d’histoire soviétique. Le pays commençait en effet à dégeler : la libéralisation venait de démarrer, les premiers détenus politiques étaient libérés et l’URSS se tournait vers le monde occidental. Le dégel dans la vie politique fut suivi d'un dégel dans la vie privée. Sur la photo : Elle et lui, 1965.
Les Soviétiques sont emportés à cette époque par un vent de poésie. C’est précisément la fin de la période du Dégel qui voit apparaître la pléiade des poètes des années 1960, dont Evgueni Ievtouchenko, Andreï Voznessenski, Bella Akhmadoulina ou Robert Rojdestvenski. Ces talents, qui chantent bien entendu l’amour, font salle comble. Dans leurs œuvres, ils expriment les sentiments d’amour de toute une génération qui a aimé pendant le Dégel. Sur la photo : Sur les bords de la Neva, Saint-Pétersbourg, 1965.
« Ne disparais pas. Disparaître ne prend qu’un instant / Mais dans les siècles, nous rencontrer, comment ? / Ton sosie ou le mien, est-ce possible ? / Dans nos enfants seulement ». Evgueni Ievtouchenko, Ne disparais pas. Sur la photo : Une soirée dansante, 1965.
« J’ai vécu si longtemps que mon cœur s’est blasé / Mais il a tenu bon face à tous les revers / Il se plie de nouveau à la grâce, au pouvoir / Ces deux-là sous la lune, ne seraient-ce pas toi et moi ? » Bella Akhmadoulina, Pas un mot d’amour ! Mais je n’en souffle mot… Sur la photo : Une nuit de fête, 1965.
« L’amour viendra / Mais si toujours / Vous le prenez de haut / C’est que sur cette Terre / Vous n’avez pas vécu / Et je vous plains de tout mon cœur ». Robert Rojdestvenski, L’amour viendra. Sur la photo : Tous les deux, 1965.
« Seraient-ce tous les baisers qui se réveillent brûlant mes lèvres. / Seraient-ce toutes les cours qui agitent les manches de chemises / Pour me convaincre en cette nuit nue et excitante / De ne pas chercher à quitter mon amour pour un autre ». Evgueni Ievtouchenko, Deux amours Sur la photo : La perspective de Leningrad, 1962.