L’épopée d’un chasseur d’étoiles en Russie

J’ai pris cette photo dans le Caucase. Mes amis et moi avons traversé à pied la Gorge du Guam et j’ai quitté le groupe dans la matinée pour me rendre aux Falaises de l’Aigle. Comme je ne savais pas où était le sentier, j’ai dû me repérer « à l’azimut », comme disent les explorateurs, en m’orientant grâce à une lumière dans les faubourgs du village. Le crépuscule est tombé rapidement. La lune a un peu brillé avant de disparaître derrière l’horizon. Sur la partie de la falaise qu’elle éclairait, quelque part à ma droite, un oiseau a piaillé toute la nuit. Les Falaises de l’Aigle, alors c’était peut-être un aigle. Ma lampe à gaz n’en était clairement pas ravie.

J’ai pris cette photo dans le Caucase. Mes amis et moi avons traversé à pied la Gorge du Guam et j’ai quitté le groupe dans la matinée pour me rendre aux Falaises de l’Aigle. Comme je ne savais pas où était le sentier, j’ai dû me repérer « à l’azimut », comme disent les explorateurs, en m’orientant grâce à une lumière dans les faubourgs du village. Le crépuscule est tombé rapidement. La lune a un peu brillé avant de disparaître derrière l’horizon. Sur la partie de la falaise qu’elle éclairait, quelque part à ma droite, un oiseau a piaillé toute la nuit. Les Falaises de l’Aigle, alors c’était peut-être un aigle. Ma lampe à gaz n’en était clairement pas ravie.

Oleg Gourov
Le photographe et amoureux des voyages russe Oleg Gourov est un vrai chasseur d’étoiles. Durant ses voyages en Russie, il a réuni une sublime collection de photographies et de leurs histoires. « Je me retrouve souvent tout seul, loin de tout, au milieu de la nuit. Alors que je me fraie un chemin dans les buissons, lampe-torche en main, je me demande si tout cela en vaut la peine. Je ne sais pas ce qui me donne l’énergie de continuer. C’est sans doute juste de l’obstination et une attitude déterminée. Je n’abandonne jamais. C’est parfois effrayant, mais plus la route est difficile, meilleures sont les photos et mes souvenirs ».
À titre de comparaison, voici quelques photographies d’étoiles plus au sud, dans le Caucase, dans la vallée de la Tsitse. Cette gorge profonde et lugubre est encaissée dans des pentes abruptes n’a pas le moindre sentier, ni humain, ni animal. Nous avons dû suivre le lit de la rivière, passant de berge en berge. Nous nous sommes arrêtés dans un endroit relativement plat. J’ai décidé de faire un timelapse de nuit alors que la Voie Lactée « flottait » au-dessus des falaises de la gorge. L’appareil photo devait être installé au beau milieu du lit de la rivière. J’ai mis un système de chauffage sur la lentille pour que la buée ne se condense pas et ne gâche pas les photos.
Pendant l’été 2015, je suis parti voyager dans le nord de la Russie avec des amis. Nous avions préparé notre itinéraire à l’avance. En arrivant à Kargopol, nous étions sûrs d’y passer la nuit. Mais notre amie avait décidé de nous faire une surprise en nous invitant chez elle, dans le petit village de Ldina (Gavrilovskaya), à 50 kilomètres de Kargopol. Nous avons dîné avec notre hôtesse, Nadejda Fiodorovna, et sa famille, et écouté leurs histoires sur la région et les gens du pays. C’est alors que je me suis apercu qu’il n’y avait pratiquement aucun éclairage dans le village et que tout était entouré de forêts. J’ai tout de suite su que je ne dormirais pas cette nuit-là.
C’était le second jour de mon voyage sur l’Elbrous. Gravir la pente raide dans la neige avec un sac à dos pesant pendant 9 heures de suite était très éreintant, même avec des pauses. Mais le soir venu, nous avions une vue magnifique du lac Syltrankel, un bon dîner et des sacs de couchage secs. Quand vous êtes sur les pistes, vous appréciez les choses simples de tous les jours. Avant de me coucher, j’ai décidé de prendre une lampe de poche et d’aller me promener autour du camp pour filmer. Il y a un nuage de tempête à gauche de la photo. À peine 15 minutes plus tard, c’était le déluge.
Un ami m’avait parlé du lac Khyzhi, un lac peu connu du Caucase, à environ une heure de bus de Touapse. Alors que j’installais mon appareil photo, le ciel s’est assombri d’un coup et les étoiles ont commencé à apparaître. Il était facile de trouver l’Etoile Polaire et de la combiner avec le sommet d’un arbre. Quand l’appareil photo s’est déclenché, j’ai tranquillement monté ma tente et je me suis glissé dans mon sac de couchage. Les prises de vues continues sont contrôlées par une télécommande qui permet de programmer le nombre de clichés nécessaire : cette image est composée de 909 photos prises cette nuit-là.
Après un voyage d’acclimatation aux Falaises de Lentsa, nous avons une journée de repos. La soirée était magnifique. J’ai décidé d’aller me promener autour du camp. « L’abri » nord (un terme touristique) sur les flancs du Mont Elbrous est un grand amas chaotique de pierres venues ici dieu sait quand et comment, peut-être amenées par un glacier ou de la lave venue du cratère est de l’Elbrous. Je voulais saisir cette beauté lunaire en photo.
La Colline du Chameau se trouve sur la rive droite de la Volga, dans le parc national de Samarskaya Louka. On peut rejoindre les villages environnants depuis Samara en bateau. Le nom provient de sa forme inhabituelle à deux sommets rappelant les bosses d’un chameau. Les amateurs d’escalade viennent s’y entraîner. Des randonneurs passaient toute la nuit, je n’ai donc pas pu laisser la caméra dehors. Le bleu brillant du ciel provient de l’aube à 3h du matin. Elle est à peine visible à l’œil nu, mais avec des expositions plus longues, l’appareil photo saisit bien plus de lumière que l’œil humain.
Dans le village de Tornovoïe, dans la région de Samara, j’ai été frappé par cette Moskvitch abandonnée. Cette seule photo est un condensé de 820 clichés. La nuit était claire, presque sans nuages, et on voit bien les étoiles. Les interruptions dans les lignes d’étoiles sont dues au passage de deux motos. Certaines photos étaient surexposées et inutilisables.