Présidentielle: ce qu’en pense la communauté française de Moscou

Des entrepreneurs expatriés livrent leur ressenti et leur vision​.

Des entrepreneurs expatriés livrent leur ressenti et leur vision​.

Reuters
Entre les deux tours de la présidentielle, une journaliste a pris le pouls des milieux d’affaires français à Moscou.

Les faits – Dimanche 23 avril, quelque 3 000 Français de Russie ont voté Fillon à 44,34%, Macron à 23,20%, Le Pen à 13,82% et Mélenchon à 9,08%, au premier tour de la présidentielle. Rares sont les campagnes présidentielles aussi fertiles en péripéties que celle de 2017. Cette dernière n'a donc pas laissé indifférents les expatriés de l'Hexagone.

À Moscou, la communauté d'affaires française ne fait pas exception, d'autant plus que la levée des sanctions contre la Russie demeure une préoccupation pour beaucoup. Certains ont accepté de partager leurs pensées sur la campagne, leurs attentes vis-à-vis du futur président et leur vote, en tant que citoyens.

Jean-François Bodrero, 31 ans, pâtissier

La présidentielle de cette année me fait penser à Santa Barbara, tellement elle est riche en péripéties. Elle s'est davantage jouée sur le show. La seule chose que je souhaiterais du prochain président de la République, c'est la levée des sanctions contre la Russie. À cause des sanctions, nous n'avons plus de bons produits laitiers provenant d'Europe, tels que la crème, le lait, ou le beurre. De plus, je pense que la levée des sanctions sera profitable à l'économie française ainsi qu'à l'économie russe. Les discours de Macron n'ont ni queue ni tête. Il dit toujours des choses qui ne veulent rien dire à la fin. Il vient de nulle part, mais s'est trouvé on ne sait comment au milieu de tous, il a eu beaucoup de chance. Je ne voterai sûrement pas pour lui.

Gilles Chenesseau, 59 ans, directeur commercial chez l'agence Tsar Voyages

J'espère que la France se réconciliera avec elle-même après les élections, et qu'on reviendra tous à soutenir le(a) président(e) quel qu'il(elle) soit. En tant que citoyen français, je suis sensible plus que tout à la puissance de la France à l'étranger. Macron me semble être le candidat le plus équilibré, le plus en phase avec son époque, parce qu'il répond à un positionnement que souhaitent beaucoup de Français depuis longtemps, c'est-à-dire un positionnement centriste qui se détache des idéologies. En outre, il considère la Russie comme un partenaire nécessaire, un pays qui pèse sur la scène internationale qu'il ne faut pas ignorer, cette vision pragmatique me convient aussi.

F. D., 40 ans, entrepreneur

Auparavant, à six mois des élections présidentielles, je savais pour qui j'allais voter, tandis que cette année, ce n'est pas le cas. Avant le premier tour, j'hésitais entre Hamon et Macron. Or, je me suis dit que si jamais Le Pen passe au second tour, quel que soit le candidat en face d'elle, je voterai pour lui. Mon candidat idéal, c'était Hollande. Je trouve qu'il a fait un bon quinquennat. Je me souviens de l'état dans lequel la France était en 2012, aujourd'hui j'estime que la France va mieux, qu'il y a des réformes qui ont été passées et qui sont utiles. Les sanctions ? C'était la pire des réponses à apporter à un pays comme la Russie, car elles n'ont fait que renforcer l'attachement des Russes à la politique de Poutine. Du prochain président de la République, j'attends un dialogue intelligent et constructif avec la Russie, qui s'effectuera dans le respect des obligations internationales.

Nicolas Ducret, 37 ans, directeur général adjoint de la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe

À cause de toutes ces affaires judiciaires des candidats, la campagne électorale n'a pas été portée sur des questions de fond. Il y a eu un traitement de la campagne par les journalistes qui n'allait pas du tout dans le débat, mais se concentrait sur les problèmes précis de chacun des candidats. C'est dommage. Je souhaiterais que le prochain président de la République soit quelqu'un qui ait du bon sens et qui ne soit pas idéologique, surtout qui puisse en finir avec cette grande idéologie de diversité qu'on nous impose. Il faut arrêter les sanctions contre la Russie, elles ont créé du bien à l'économie russe, mais que des effets négatifs pour l'économie française. Ce n'est pas en isolant un pays qu'on développe un vrai dialogue.

Eric Le Provos, 52 ans, restaurateur

La présidentielle de cette année est exceptionnelle : l'internet est devenu un outil agressif de la campagne et a fait exploser les histoires sales. On s'est retrouvé pratiquement au même jeu mesquin qui s'était passé aux États-Unis, notamment entre Clinton et Trump. Nos candidats n'ont pas arrêté de se battre comme des enfants. Sauf François Asselineau, qui avait, à mes yeux, une carrure de président. L'idée qui m'a séduit le plus chez lui était le Frexit. C'est-à-dire sortir de l'UE, de l'Euro et de l'Otan, ainsi que de redonner la souveraineté – une liberté économique et diplomatique – à la France. Asselineau avait également une vision plus grande concernant la levée des sanctions contre la Russie, pays avec lequel il veut reprendre des rapports sains.

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