La Russie sort gagnante du sommet Poutine-Abe

Vladimir Poutine et Shinzo Abe  à Tokyo, le 16 décembre.

Vladimir Poutine et Shinzo Abe à Tokyo, le 16 décembre.

kremlin.ru
Les experts interrogés par RBTH sont mitigés sur le sommet de deux jours qui a réuni le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe. Ils s’accordent pourtant à dire que les deux pays ont progressé dans la résolution du litige territorial.

L’annonce d’un « régime économique spécial » dans les Kouriles du Sud et la création d’un fonds d’investissement conjoint : telles sont les deux principales percées du sommet Russie-Japon qui s’est tenu les 15 et 16 décembre, estiment les analystes.

Taguire Khouziyatov, professeur d’économie à l'Université fédérale d'Extrême-Orient, indique que les deux pays ont réalisé un « tournant » lors du sommet. La Russie et le Japon« sont enfin capables de se voir mutuellement comme des partenaires stratégiquement importants et ont commencé à créer un niveau tout à fait inédit d’interaction », a-t-il ajouté.

« Globalement, l’issue est bien plus positive pour la Russie que pour le Japon », nous indique James Brown, professeur associé à Temple University. Pour lui, Moscou a apprécié l’accueil chaleureux que Vladimir Poutine a reçu dans la capitale du G7 pour la première fois depuis le déclenchement de la crise en Ukraine.

La visite atténue, d’une certaine manière, les tendances antirusses au sein du G7 »,  affirme Dmitri Streltsov, de l’Institut d'État des relations internationales de Moscou (MGIMO).

Investissements et accords

« Plusieurs accords économiques très prometteurs ont été conclus, notamment un accord sur la création d’un fonds d’investissement conjoint », indique Brown.

« Cet accord créera un système de garanties pour les investisseurs japonais et permettra à la coopération russo-japonaise de décoller », affirme Streltsov. « Les investisseurs japonais ont des difficultés en Russie à cause de la méconnaissance de leurs droits et l’instabilité liée au climat d’investissement dans le pays. L’accord donnera également un coup de pouce à notre coopération économique », a-t-il ajouté.

68 accords pour 300 milliards de yens (environ 2.4 milliards d’euros) ont été signés en marge du sommet. Les accords comprennent la création de plateformes d’investissement conjointes, le rachat de 10% du groupe russe R-Pharm par Mitsui et un prêt de 200 millions d’euros au projet Yamal LNG par la Japan Bank for International Cooperation (JBIC).

Arrière-goût amer

La première visite de Vladimir Poutine au Japon en plus de dix ans. Crédit : Michael Klimentyev / RIA NovostiLa première visite de Vladimir Poutine au Japon en plus de dix ans. Crédit : Michael Klimentyev / RIA Novosti

Cependant, le Japon s’attendait sans doute à obtenir davantage lors du sommet, indique Brown.

« Entretemps, Japon sera déçu car les avancées sur la question territoriale sont insuffisantes », dit-il. « C’était leur priorité. Ils espéreront que la décision de discuter du développement économique conjoint dans les îles permettra de progresser vers une solution finale. Il reste toutefois beaucoup d’incertitudes quant à la création d’un cadre légal mutuellement acceptable pour permettre un tel développement conjoint », ajoute Brown.

Cependant, aucun analyste ne s’attendait à la résolution du différend territorial ni à la signature d’un traité de paix pendant cette visite.

« Certains disent que rien de sensationnel ne s’est produit », indique Khouziyatov.

« Si par sensationnel, ils entendent la signature immédiate d’un traité de paix et la résolution de la question des îles Kouriles du Sud, on aurait difficilement pu imaginer une telle issue ». 

Streltsov est convaincu que l’activité économique conjointe dans les îles pourrait mener les parties sur la bonne voie pour conclure un traité de paix. « C’est également un pas vers une compréhension qui nous rapproche de la signature d’un traité de paix et d’amitié avec le Japon », a-t-il ajouté.

Le premier pas a été fait et il a exigé de la volonté politique tant de la part du Japon que de la Russie.

« Nous devons rendre hommage aux dirigeants des deux pays », affirme Khouziyatov. « Le premier ministre japonais a initié le rapprochement et le président russe a saisi la balle au vol et l’a fait avancer. Sans leur volonté politique, un tel progrès aurait été impossible ». 
 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

À ne pas manquer