Présidentielle américaine : ce qui attend la Russie après le 8 novembre

Les candidats à la présidence US Donald Trump (à gauche) et Hillary Clinton.

Les candidats à la présidence US Donald Trump (à gauche) et Hillary Clinton.

AP
L’apogée du thriller politique aux États-Unis a donné lieu à une pléthore de prévisions pour l’avenir, selon le candidat qui s’installera à la Maison Blanche. Les universitaires américains, européens et russes nous exposent leurs points de vue, mêlantconfusion, appréhension et… un peu s’espoir.

Alors que les États-Unis se préparent à se rendre aux urnes pour élire le successeur du président Barack Obama, la « croyance commune » de l’Occident selon laquelle l’administration russe aurait soutenu un candidat contre l’autre, et même tenté d’utiliser des cyberattaques pour influencer les électeurs, doit être rejetée comme subterfuge des médias visant à influencer une opinion publique crédule.

En revanche, Moscou se demande dans quelle mesure l’inertie liée au torrent de rhétorique anti-Kremlin qui a marqué la campagne se poursuivra si Hillary Clinton assume la présidence.

Pourtant, nombre d’intellectuels universitaires ont tendance à affirmer que cela n’a pas d’importance et que Moscou ferait mieux de saluer la candidate démocrate, compte tenu de sa grande expérience.

Trump : alarmiste insulaire ou mauvais pragmatique ?

La Russie « a besoin de quelqu’un de prévisible », affirme Peter Kuznick, professeur au département d’histoire à l’American University, Washington, D.C. et directeur de l’Institut des études nucléaires.

Contrairement à Clinton, « Trump est capable de tout. Il parle d’utiliser les armes nucléaires. De manière si cavalière. Il ne sait pas ce que c’est. (Nikita) Khrouchtchev disait qu’après avoir été briefé sur les armes nucléaires en 1952, il n’a pas pu dormir pendant des jours », indique Kuznick.

« Trump fait appel aux pires instincts dans la politique américaine. Il fait appel à toutes les tendances rétrogrades. Il joue également sur les peurs : l’idée que tout le monde en a après nous. Les noirs sont dangereux. Les immigrés sont dangereux. Les étrangers sont dangereux », poursuit-il.

« C’est une sorte de mentalité insulaire, d’une certaine manière proche du fascisme. Il n’y a rien de positif dans son message », souligne Kuznick.

Ce verdict est contesté par d’autres experts. « Trump a de nombreux handicaps, mais sur les questions de sécurité, il parle comme un homme d’affaires. Ceci est à moi, ceci est à toi, le reste est négociable », nous a indiqué Eduard Lozansky, ancien dissident soviétique et actuel président de l’American University de Moscou, lors de la 6e édition du Forum eurasien à Vérone, Italie, en octobre dernier.

« Comme beaucoup de gens, je considère Trump comme une personne vulgaire et impétueuse, il incarne tous les pires aspects de la culture américaine. Mais sur un certain nombre de sujets, pour moi, Trump a été absolument admirable », a-t-il ajouté.

John Laughland, journaliste britannique de droite, écrivain et directeur des études à l’Institut de la démocratie et de la coopération à Paris, voit lui aussi Trump d’un bon œil.

« Trump a dit à plusieurs reprises, bien qu’il ait été attaqué pour cela, qu’il voulait trouver un arrangement avec la Russie et que sa priorité était la lutte contre l’État islamique et non contre la Russie, affirme Laughland. Je ne vois pas en quoi ces propos en font un fou, au contraire, c’est parfaitement raisonnable ».

Le bureau ovale plus conciliant ?

Le général Joseph F. Dunford, chef d'État-major des armées des États-Unis et directeur du puissant think tank Center for Strategic and International Studies, a récemment fait des prévisions claires : si les États-Unis instaurent une zone d’exclusion aérienne en Syrie, c’est-à-dire précisément ce qu’Hillary Clinton compte faire si elle est élue, « c’est la guerre ».

Cependant, Xavier Moreau, analyste politique français, indique qu’à ses yeux, un conflit militaire entre la Russie et les États-Unis est peu probable : « Non, je ne crois pas qu’ Hillary Clinton lancerait la Troisième Guerre mondiale », a-t-il affirmé.

« Les États-Unis sont dans une situation économique catastrophique avec des millions de chômeurs ; un Américain sur six vit grâce aux coupons alimentaires, comme pendant la dernière guerre ; la dette nationale globale est faramineuse. Ce sont les questions sur lesquelles Clinton devra travailler en priorité », a-t-il dit.

Eduard Lozansky ne partage pourtant pas cet avis. « Parfois, lorsqu’on entre en fonction au bureau ovale, on se ramollit, affirme-t-il. Mais Hillary Clinton y a déjà mis les pieds. Ce n’est pas une novice. Elle a été à la Maison Blanche et au Département d’État américain et elle a poussé pour les guerres en Irak, en Libye et en Syrie. Il faut donc regarder la réalité en face ».

John Laughland pense que « le danger est réel », arguant que « les institutions américaines et britanniques se préparent mentalement à un conflit avec la Russie ».

Mais tout n’est pas si sombre. Le professeur Kuznick, qu’on ne peut guère qualifier d’ardent admirateur de Hillary Clinton, insiste sur le nouvel équilibre des pouvoirs au sein du camp démocrate.

« Il y a beaucoup d’influence progressiste autour d’Hillary Clinton actuellement… Il y a beaucoup de gens raisonnables qui feront pression sur Hillary pour la pousser vers la gauche et l’éloigner de la confrontation [avec la Russie] », affirme M. Kuznick.

Autour du cygne noir

« Trump ne doit pas être idéalisé », indique Elena Ponomareva, professeure à l’Institut d'État des relations internationales de Moscou et présidente de l’Institut international de développement de la coopération scientifique, également basé à Moscou.

Cependant, si Hillary Clinton devait s’installer au bureau ovale, il y aurait un risque de « confrontation accélérée avec la Russie ». Avec Donald Trump comme président, en revanche, les relations bilatérales seraient « complexes, mais ouvertes à des accords », sachant que les groupes industriels américains et même l’armée ont intérêt à gagner de l’argent grâce à une coopération sérieuse avec la Russie.

Il pourrait y avoir une troisième option, ajoute Mme Ponomareva. « Comme Hillary est à la fois malade et ambitieuse, les États-Unis pourraient se retrouver dans le scénario d’Un crime dans la tête », empruntant la métaphore d’un roman de Richard Condon publié en 1959.

Essentiellement, cela signifie qu’une fois que le «  cygne noir » (Hillary Clinton , ndlr) aura fait son entrée en scène, le « cheval gris » deviendra l’acteur N°1. Dans ce cas, il s’agirait du sénateur de Virginie Tim Kaine. C’est la grande inconnue, car personne ne connaît l’identité des personnes qui se cachent derrière lui, indique Elena Ponomareva.

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