Moscou se repositionne en acteur majeur

Un Tu-160 russe escorté par un Su-30SM dans le ciel syrien.

Un Tu-160 russe escorté par un Su-30SM dans le ciel syrien.

AP
L’intensification de l’activité diplomatique de la Russie au Proche-Orient et dans la région Caspienne ces deniers mois est ici analysée et interprétée par trois spécialistes.

Les leaders iranien, azéri et russe (de gauche à droite) réunis à Bakou. Crédit : Alekseï Nikolski/RIA NovostiLes leaders iranien, azéri et russe (de gauche à droite) réunis à Bakou. Crédit : Alekseï Nikolski/RIA Novosti

Le mois d’août a été riche en événements plaçant la Russie en Une des journaux : rencontre de Vladimir Poutine avec ses homologues arménien, azéri, iranien et turc en l’espace de trois jours, l’utilisation de la base iranienne de Hamadan pour effectuer des frappes sur les positions de Daech en Syrie et les exercices surprise dans la Caspienne.

Un trio Russie-Turquie-Iran ?

Le 9 août, Vladimir Poutine a accueilli à Saint-Pétersbourg son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Et quoique cette rencontre – la première après des mois de crise entraînée par la destruction d’un bombardier russe par la chasse turque – ait porté davantage sur des questions de coopération économique, les spéculations allaient bon train au sujet d’un éventuel accord entre la Russie et la Turquie avec la participation de l’Iran dont Moscou et Ankara se sont rapprochées dernièrement.

Toutefois, les experts estiment qu’il n’est pas question d’une alliance entre les trois pays. « Il n’y aura aucune union. La politique russe dans la région est très pragmatique. La Russie souhaite parler à tout le monde et préserver de bonnes relations avec tout le monde. L’Iran et la Turquie se fixent leurs propres objectifs dans la région. En outre, Ankara exploite la Russie quand elle veut intimider l’Occident en montrant qu’elle pourrait facilement se rapprocher davantage de Moscou », fait remarquer Nikolaï Kojanov, spécialiste du Proche-Orient et expert du Programme Eurasie de Chatham House.

Crédit : Aliona RepkinaCrédit : Aliona Repkina

Les parties prises dans l’engrenage du conflit syrien manœuvrent à la recherche d’une coopération avantageuse, estime de son côté Igor Istomine, de l’Institut des relations internationales de Moscou. « Le leadership dans la région est convoité par trois pays – la Turquie, l’Iran et l’Arabie saoudite. Moscou le réalise clairement et essaie d’éviter une coopération étroite avec l’un d’eux. La Russie n’a pas besoin d’alliés au Proche-Orient. Elle souhaite prendre ses distances et atteindre ses propres objectifs », souligne l’expert.

La région de la Caspienne : intérêts stratégiques plus qu’économiques

Entre 1991 à 2012, le Proche-Orient a cessé de faire partie de la sphère d’influence de Moscou, qui se contentait alors du rôle de simple observateur dans la région, rappelle M. Kojanov. Quant à la Caspienne, elle n’a jamais cessé de présenter un intérêt pour le Kremlin.

« La Russie a toujours accordé une importance primordiale à la Caspienne, rappelle Alexeï Fénenko, expert de l’Institut des problèmes de la sécurité internationale. Surtout dans les années 1990, quand Moscou estimait que la région recelait d’énormes réserves d’hydrocarbures. Il s’est révélé toutefois que les ressources n’y étaient pas vraiment abondantes. Mais du point de vue de la sécurité, il n’y a pas lieu de parler d’une nouvelle intensification des activités de la Russie dans la région : Moscou y a toujours été actif ».

L’Occident doit-il s’inquiéter ?

Les pays occidentaux suivent de près les faits et gestes de la Russie au Proche-Orient et dans la région de la Caspienne. Les experts affirment toutefois que leurs préoccupations ne sont pas tout à fait fondées.

« Pour les pays européens, la présence de la Russie au Proche-Orient ne présente aucun danger, estime Igor Istomine. C’est peut-être une menace pour les États-Unis, mais une menace uniquement pour leur statut et leur réputation ».

Nikolaï Kojanov estime pour sa part que la Russie présente davantage de risques pour la région si ses intérêts sont ignorés. « Il faut parler avec Moscou. Il faut tenir compte de ses intérêts. La Russie ne fera pas partie de l’équipe, certes, mais il est possible de coopérer avec elle sur un large éventail de problèmes. L’Occident doit comprendre que ses préoccupations relatives à une activité plus intense de la Russie au Proche-Orient peuvent être à la fois justifiées et injustifiées », conclut-il.

Dossier : Opération russe en Syrie

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