Thierry Mariani : « Pour la Crimée, la messe est dite »

Simféropol, Russie, le 29 juillet 2016 : Le député Thierry Mariani (Les Républicains) lors de la rencontre avec le chef de l’administration de la Crimée, Sergueï Aksionov.

Simféropol, Russie, le 29 juillet 2016 : Le député Thierry Mariani (Les Républicains) lors de la rencontre avec le chef de l’administration de la Crimée, Sergueï Aksionov.

Alexei Pavlishak/TASS
Une délégation de parlementaires français s’est rendue une nouvelle fois en Crimée du 29 au 31 juillet. L’un des objectifs de cette visite était de préciser la situation des minorités ethniques de la péninsule.

Onze parlementaires français se sont rendus pour une visite de trois jours en Crimée sur l’invitation de la Douma (chambre basse du parlement russe) et de la Fondation russe pour la paix. C’est la deuxième visite de Français dans la péninsule suite à l’intégration de cette dernière à la Russie. Comme l’année dernière, l’initiative du voyage revient, du côté russe, à Leonid Sloutski, le président de la commission de la Douma pour les affaires de la CEI, et du côté français, à Thierry Mariani, député Les Républicains et ex-ministre des Transports. La délégation française comptait onze membres dont la moitié s’était déjà rendue en Crimée l’année dernière. Les six autres se rendaient en Crimée pour la première fois.

Le séjour a démarré avec une visite du mémorial Krasnoïé consacré aux victimes du nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. Les parlementaires ont ensuite rencontré des responsables locaux, notamment le chef de l’administration de la presqu’île, Sergueï Aksionov, et le procureur Natalia Poklonskaïa. Les délégués se sont également rendus au cimetière militaire français et ont participé aux solennités de la Journée de la Marine à Sébastopol.

Se posant pour objectif de préciser la situation en Crimée, les Français se sont entretenus avec les habitants de la péninsule, leur ont posé de nombreuses questions et les réponses ont été « satisfaisantes », a déclaré Thierry Mariani.

« Nous avons vu que la Crimée est dans une situation normale. Par rapport à l'année dernière, aujourd'hui les responsables et les gouverneurs [locaux] se projettent plus dans l'avenir parce qu'ils sentent une stabilité désormais assurée, a indiqué Thierry Mariani. On nous a parlé de la construction d'écoles, de la réhabilitation des routes, de l’équipement publique, on nous a parlé des droits des minorités qui sont dans une situation proche de la normale. On a vu des gens préoccupés plutôt de leurs vacances que de leur sécurité ».

La délégation française au cimetière militaire français de Sébastopol. Crédit : Alexei Pavlishak/TASSLa délégation française au cimetière militaire français de Sébastopol. Crédit : Alexei Pavlishak/TASS

Les parlementaires se sont concentrés cette année sur les problèmes des minorités ethniques. Ils ont décidé de savoir comment vivent les Tatars et les Juifs. Aussitôt dit, aussitôt fait : les Français ont été emmenés dans la synagogue de Sébastopol, dans plusieurs écoles où l’enseignement est fait en tatar (la Crimée peut se vanter d’avoir actuellement trois langues officielles : le russe, l’ukrainien et le tatar, ndlr), dans la bibliothèque tatare et au théâtre. « Aujourd'hui, il est mieux d’être Tatar en Crimée que Russe en Lettonie », a affirmé Thierry Mariani.

Le programme du séjour prévoyait également une visite à la section de l’Alliance française de Sébastopol. Pour les Criméens qui, après le rattachement de la presqu’île à la Russie, n’ont pas la possibilité d’obtenir un visa Schengen en tant que citoyens de Russie, l’Alliance française reste l’unique lien avec la France. Le centre continue de déployer ses activités, mais éprouve de grandes difficultés : du point de vue administratif, il relève toujours de Kiev, ce qui engendre de sérieux problèmes, comme, par exemple, l’impossibilité d’organiser des stages pour les étudiants.

Mais malgré les divergences entre la France et la Russie, les parlementaires français estiment qu’il est possible de développer la coopération économique franco-russe en Crimée. « Je n'ai qu'un souhait, c'est revenir en Crimée pour aider au développement », a dit Nicolas Dhuick, le député-maire de Brienne-le-Château. En quoi aider la Crimée ? A résoudre le problème de ravitaillement en eau, à développer l’agriculture et le tourisme, à moderniser les infrastructures et le secteur énergétique. « Dans tous ces domaines nous avons des grands groupes français comme Viola, Total, Bouygues, Vinci, mais aussi des petites et moyennes entreprises », a fait remarquer M. Dhuick.

Cette visite de parlementaires, comme celle de l’année dernière, a provoqué l’indignation du ministère français des Affaires étrangères et soulevé un tollé dans la presse nationale. Les parlementaires français se proposent néanmoins de faire, à leur retour, un compte rendu de leur visite aux médias régionaux. Ils sont également fermement décidés à lutter contre les sanctions imposées à la Russie. « Nous continuerons à faire des propositions pour la levée des sanctions », a affirmé Michel Voisin, président de la délégation française à l'Assemblée nationale, en évoquant la résolution contre la prolongation des sanctions antirusses adoptée au mois d’avril à la majorité des voix par l’Assemblée nationale.

Selon les parlementaires français, tant qu’il y aura dans le monde des problèmes comme la guerre dans le Donbass ou l’islamisme radical, des problèmes exigeant une coopération étroite entre les deux pays, il est irrationnel de dépenser ses forces pour délibérer de la question criméenne. « Il faut passer à autre chose que la Crimée, a noté Thierry Mariani. On continue à perdre des années en expliquant les conditions [du référendum de Crimée], tandis que pour la Crimée, la messe est dite ».

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