Coup d’Etat avorté en Turquie: des conséquences pour les relations avec Moscou ?

Un militaire turc près de la place Taksim, à Istanbul.

Un militaire turc près de la place Taksim, à Istanbul.

Reuters
La plupart des experts s’accordent à dire que les événements en Turquie ne seront pas bénéfiques pour les relations avec la Russie.

Une tentative de coup d’Etat militaire s’est produite en Turquie dans la nuit du 15 au 16 juillet. Un groupe de rebelles militaires s’est emparé de plusieurs hélicoptères et a effectué plusieurs frappes sur les bâtiments administratifs à Ankara. A Istanbul, les putschistes ont coupé les ponts sur le Bosphore et ont fait intrusion dans les locaux des principaux médias turcs – la chaîne de télévision TRT et le centre de presse Dogan Media Group, propriétaire de la chaîne de télévision CNN Turk et du principal quotidien d’opposition Hurriyet. Le putsch a fait près 160 victimes et des centaines de blessés.

Le coup d’Etat a été mené par un groupe de membres de la police militaire et de l’armée de l’air, a déclaré Ümit Dündar, chef de l’état-major général de Turquie par intérim.

Plus de 2 800 personnes soupçonnées d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat ont été arrêtées.

La réaction de Moscou

Alors que la communauté internationale a condamné la tentative de coup d’Etat en Turquie, Moscou a affiché une réaction discrète. Il n’y a pas eu de condamnation de la part du Kremlin.

Le porte-parole du président Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a exprimé son inquiétude quant aux événements en Turquie. « Nous espérons que ce qui se passe en Turquie se terminera au plus vite et de la manière la plus légitime et que le pays reprendra le chemin de la stabilité, de la prévisibilité et de l’ordre », a déclaré M. Peskov. Il a également précisé que Poutine n’avait contacté aucune des parties concernées par les événements en Turquie. Au moment de la rédaction de cet article, aucune réaction de M. Poutine n’a été rendue publique.

Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a appelé Ankara à rapidement rétablir l’ordre constitutionnel et a déclaré : « Ces événements montrent que la société et l’armée de la République turque sont traversées par des contradictions puissantes et profondes qui ont donné lieu à ces faits ».

Faits peu favorables aux relations avec la Russie

Fin juillet, le président turc RecepTayyip Erdogan a présenté ses excuses à la Russie pour l’incident du bombardier russe détruit le 24 novembre 2015 qui a provoqué une crise de sept mois dans les relations bilatérales.

Le processus de normalisation des relations a été lancé avec la première conversation téléphonique entre Poutine et Erdogan depuis l’incident, les parties ont convenu d’une rencontre personnelle dans un avenir proche et les restrictions touristiques ont été levées.

« Globalement, la situation ne devrait pas avoir d’impact négatif sur les relations entre la Russie et la Turquie, estime Ilchat Saetov, spécialiste de la Turquie et directeur du Centre d’étude de la Turquie contemporaine. Le dirigeant au pouvoir a exprimé une intention claire de rétablir ces liens. Cependant, l’instabilité générale en Turquie – les attentats, les putschs avortés, la polarisation de la société, etc. – n’est effectivement pas favorable aux relations entre les deux pays. La concentration de tout le pouvoir dans les mains du président turc accroît le risque de décision irréfléchies et les autorités russes prendront ce facteur en compte ».

Iouri Mavachev, spécialiste du Proche-Orient et de la Turquie et expert au Club géopolitique du Caucase, partage cet avis. « Les 7 derniers mois de la crise russo-turque ont forcément eu une influence sur l’avis d’une partie de la société russe. Ainsi, dans les premières heures de la tentative de coup d’Etat, plusieurs représentants de la communauté d’experts russe avaient plutôt un avis favorable sur les événements. Ils ont estimé que le putsch avait des prémisses profondes reflétant les problèmes accumulés dans la société turque. Ces avis montrent que la société russe n’est pas complètement convaincue que les dirigeants du pays cherchent réellement à rétablir de bonnes relations en tentant compte des erreurs du passé », a précisé l’expert.

Kerim Has, expert en politique eurasienne du think tank indépendant Organisation de recherches stratégiques internationales, basé à Ankara, se montre optimiste. Il estime que les événements donneront une impulsion à la normalisation des relations avec Moscou.

« Les autorités turques lanceront une politique plus indépendante visant à renforcer la sécurité dans le pays. En revanche, une baisse du nombre de touristes russes et un report de la levée des sanctions russes constitueraient un facteur négatif », estime M. Has.

Hassan Oktay, analyste turque et directeur du Centre d’études stratégiques du Caucase à Ankara, indique à son tour que les événements n’auront pas d’impact négatif sur les relations avec Moscou. « La tentative de coup d’Etat a échoué. Les instigateurs sont arrêtés. La démocratie a triomphé », résume l’expert. 

 

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