Iatseniouk démissionne: quelle influence sur les relations Moscou Kiev ?

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk lors d'une réunion gouvernementale à Kiev.

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk lors d'une réunion gouvernementale à Kiev.

Reuters
En Russie, les discussions sur la démission du premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et l’impact qu’elle pourrait avoir sur les relations entre les deux pays, qui traversent un moment difficile, battent leur plein. Bien que la plupart des hommes politiques et des experts russes soient sceptiques vis-à-vis du premier ministre ukrainien, ils ne croient pas que son départ puisse réellement améliorer les relations entre Moscou et Kiev ni régler le problème de l’insurrection dans le Donbass.

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a annoncé qu’il quitterait son poste le 10 avril prochain. Le 12 avril, la Rada (parlement monocaméral) examinera sa demande de démission et la nomination d’un nouveau premier ministre. Iatseniouk devait être remplacé par le président de la Rada Volodymyr Groïsman, un homme politique proche du président Petro Porochenko.  

Arrivé dans la foulée du soulèvement de la place Maïdan, Arseni Iatseniouk n’a jamais été apprécié par les milieux politiques russes durant son mandat de premier ministre, principalement à cause de ses déclarations agressives vis-à-vis de la Russie et des dirigeants russes. Le départ de M. Iatseniouk n’a suscité aucun regret au sein de l’establishment politique russe.

« Il n’y aura plus d’hystérie »

Le secrétaire de presse du président russe Dmitri Peskov a déclaré que « Iatseniouk ne s’est pas distingué par sa contribution à la normalisation des relations entre nos deux pays. Ni par une quelconque contribution au règlement de la crise ukrainienne. Je parle de la situation dans le sud-est du pays ».

Les experts russes précisent que le départ de Iatseniouk ne changera pas les relations russo-ukrainiennes en profondeur, mais devrait avoir un certain impact psychologique. Avec le départ de Iatseniouk, les relations entre Moscou et Kiev devraient se libérer « de l’hystérie et de l’émotivité excessive qui règnent dans les échelons supérieurs du gouvernement ukrainien », estime Vladimir Jarikhine, directeur adjoint de l’organisation non-gouvernementale Institut des pays de la CEI.

Aucune chance pour les accords de Minsk

Le Kremlin souligne attendre en premier lieu des progrès dans la mise en œuvre des accords de Minsk – la feuille de route du règlement du conflit du Donbass – du successeur de Iatseniouk.

Cependant, les experts russes doutent qu’une évolution positive soit possible. La démission de Iatseniouk ne change rien au rapport réel des forces politiques à Kiev, souligne Igor Bounine, directeur général du fonds indépendant Centre des technologies politiques. Le nouveau gouvernement s’appuiera sur la coalition de deux partis – le parti de Iatseniouk Front populaire et le Bloc Petro Porochenko pro-présidentiel. Par ailleurs, il ne disposera pas de la majorité constitutionnelle, nécessaire, selon M. Bounine, « pour le règlement de nombreux problèmes, dont celui du Donbass ».

Conformément aux accords de Minsk, l’Ukraine s’est engagée à inscrire dans sa constitution une disposition sur le statut spécial du Donbass. Celle-ci doit être approuvée par une majorité qualifiée – deux tiers des voix. Les analystes estiment que Porochenko sera incapable d’obtenir le soutien des députés, même s’il cherche réellement à mettre en œuvre les accords de Minsk. La plupart des députés ukrainiens campent actuellement sur des positions plus radicales et rejettent les articles des accords de Minsk ayant trait au statut des régions séparatistes.

Consolidation du pouvoir dans les mains de Porochenko

Le départ de Iatseniouk ne mettra pas fin au conflit politique qui secoue Kiev depuis de longs mois, assurent les analystes, mais il renforcera les positions du président Porochenko. Le candidat le plus probable au poste de premier ministre, le président du Parlement Volodymyr Groïsman, a occupé, pendant plusieurs années, le poste de maire de Vinnytsia, ville natale de Petro Porochenko. Les avis des observateurs sur les conséquences d’une telle consolidation du pouvoir entre les mains du président sont partagés.

M. Jarikhine estime que le renforcement de Porochenko suite au départ de Iatseniouk entraînera l’affaiblissement du groupe pro-américain au sein de la classe politique ukrainienne. Dès lors, les Européens pourront plus facilement faire pression sur Kiev pour obtenir le respect des accords de Minsk.

Selon d’autres analystes, la consolidation du pouvoir entre les mains de Porochenko pourrait, au contraire, repousser davantage la mise en œuvre des accords de Minsk. Pavel Sviatenkov, collaborateur de l’organisme indépendant Institut de stratégie nationale, explique que le président ukrainien se dit formellement intéressé par la mise en œuvre des accords de Minsk, alors qu’en réalité, il cherche à résoudre la crise du Donbass par la force. À cet égard, le départ de Iatseniouk pourrait lui ouvrir de nouvelles opportunités. 

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