Russie, Arabie saoudite : le dialogue malgré tout

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) accueille le ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salmane à Sotchi, en Russie.

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) accueille le ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salmane à Sotchi, en Russie.

Reuters
La Russie et l’Arabie Saoudite occupent des positions diamétralement opposées sur la question syrienne, mais cherchent à conserver des relations bilatérales stables. RBTH se penche sur le présent et l’avenir des relations russo-saoudiennes avec le concours d’experts arabistes russes.

Le roi d’Arabie saoudite Salmane lors d’une rencontre avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry à Diriyah, en Arabie saoudite. Crédit : Reuters

L’actuel roi d’Arabie saoudite Salmane est monté sur le trône le 23 janvier 2015, suite au décès de son frère Abdallah. Comme son prédécesseur, Salmane est âgé (80 ans) et n’est pas en bonne santé.

Pour autant, en un an de règne, la politique extérieure de Riyad a connu un tournant : l’Arabie saoudite est entrée en guerre au Yémen, a rompu ses relations avec l’Iran et continue à soutenir activement l’opposition syrienne afin d’obtenir le départ de Bachar el-Assad. Moscou s’oppose à cette approche et estime qu’Assad doit faire partie de la « solution politique » à la crise syrienne.

Prince puissant

Les experts russes estiment que les changements dans la politique extérieure du royaume sont l’œuvre du prince Mohammed ben Salmane, fils du roi actuel. Selon les normes saoudiennes, le prince est très jeune (30 ans), mais il concentre un grand pouvoir : il occupe le poste de ministre de la Défense et dirige la cour royale et le Conseil économique. Plusieurs analystes considèrent Mohammed comme le successeur potentiel du roi Salmane.

Dans un entretien avec RBTH, Grigori Kossatch, professeur de l’université d'État des sciences humaines de Russie et orientaliste, qualifie Mohammed de « personnalité forte en phase avec son temps » et reconnaît le rôle central du prince dans le « principe de rigidité » qui caractérise la politique du royaume depuis l’arrivée sur le trône du roi Salmane. Kossatch a précisé que le prince Mohammed accordait une grande attention à la Russie : l’année dernière, il a rencontré Poutine deux fois en Russie – à Saint-Pétersbourg et à Sotchi.

Divergences sur la Syrie

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) accueille le ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salmane à Sotchi, en Russie. Crédit : Reuters

Lors de la rencontre de Sotchi, Mohammed ben Salmane a mis Poutine en garde sur les « conséquences dangereuses » de l’opération militaire russe en Syrie ; auparavant, le ministère saoudien des Affaires étrangères avait déploré le lancement de l’opération et appelé Moscou à cesser les frappes aériennes.

Plusieurs mois après, les deux parties campent sur leurs positions : l’Arabie saoudite insiste sur le départ du président Assad ou sa destitution de force, la Russie estimant de son côté que l’actuel régime syrien doit faire partie du règlement politique de la crise.

L’arabiste Alexandre Axionenok, expert du Conseil russe des affaires internationales, considère que l’approche de Riyad vis-à-vis de la question syrienne n’est pas productive. « Le renversement du régime d’Assad par la force, évoqué par le ministre saoudien des Affaires étrangères, ne conduira qu’au chaos total, à l’instar de ce qui s’est passé en Irak », explique Axionenok à RBTH.

Le professeur Kossatch estime que la divergence de vues sur le règlement syrien n’empêche pas le dialogue entre Moscou et Riyad, les poussant au contraire à rechercher des options mutuellement acceptables : « C’est l’intransigeance de la Russie qui a poussé le royaume à soutenir le cessez-le-feu en Syrie ». Par ailleurs, Kossatch estime que la trêve ne signifie pas que les Saoudiens aient renoncé à renverser Assad.

Coopération méfiante

Outre la crise syrienne, l’Arabie saoudite s’inquiète des relations de partenariat qui lient la Russie et l’Iran. Alexandre Axionenok explique : avec la levée des sanctions économiques contre l’Iran, l’Arabie saoudite redoute un renforcement futur des positions de l’État chiite, avec lequel Riyad est en lutte pour l’influence au Proche-Orient. Les relations entre la Russie et l’Iran sont perçues par les Saoudiens comme un partenariat stratégique, ce qui vaut à Moscou la méfiance du royaume.

L’expert estime que la méfiance des Saoudiens est excessive et qu’il ne faut pas percevoir la Russie comme l’allié de l’Iran dans toutes les questions : « La Russie a beau avoir une relation spéciale avec l’Iran, les pays ont tout de même des divergences. De plus, ces relations ne peuvent être construites au détrimentdes intérêts de la sécurité de l’Arabie saoudite ».

Les experts en sont convaincus : malgré les contradictions, la Russie et l’Arabie saoudite peuvent parfaitement travailler ensemble. « À la fin de l’année dernière, Moscou a organisé un forum d’affaires russo-saoudien, le dialogue entre la Russie et le Conseil de coopération des États arabes du golfe se poursuit et l’Arabie saoudite y joue un rôle central », explique Grigori Kossatch en énumérant les différentes formes de coopération. Kossatch a également souligné l’importance de la coopération dans le domaine énergétique, notamment l’accord entre la Russie, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Venezuela portant sur le gel de la production du pétrole en 2016 à son niveau du mois de janvier.

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